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4 juin, parNos peines
Retour de la mission d’information parlementaire
10 juin 2006

Un quart des habitants touchés par le chikungunya, un système sanitaire dépassé, une population pauvre : les signaux d’alerte sont inquiétants à Mayotte, d’autant que les risques d’une nouvelle flambée épidémique sont loin d’être écartés.
Les dernières auditions de la mission d’information parlementaire à Mayotte ont eu lieu hier. Elles ont concerné les professionnels de santé, les Ordres des médecins et des pharmaciens, et le président du Conseil général. Elles montrent que "la gravité de la situation n’est pas dite" par les services de l’État, explique Huguette Bello, députée de La Réunion, membre de la délégation de la représentation nationale.
Les Mahorais sont en effet confrontés à un système de soins qui n’est pas adapté. 10 médecins libéraux, 2 pharmaciens, 19 dispensaires, une sécurité sociale qui peine à se mettre en place et 250 lits d’hôpitaux pour 180.000 habitants sont autant d’indices de ce fait. Huguette Bello décrit "une population pauvre, avec au moins 40% de chômeurs, qui patiente 4 à 5 heures devant un dispensaire avant d’avoir accès à des soins gratuits, beaucoup de diabétiques". Pour la députée, le chikungunya a agi comme un révélateur de la très mauvaise santé des Mahorais. Décrit comme "obsolète", ce système de santé demande par exemple à une femme enceinte d’avancer 300 euros pour être suivie pendant sa grossesse. Avec un SMIC à 650 euros, rares sont celles qui peuvent se permettre une telle dépense. Résultat : 10 à 20% des accouchements ont lieu à domicile.
Des heures d’attente pour consulter
Par ailleurs, les médecins relèvent la difficulté de procéder à des évacuations sanitaires vers La Réunion pour les cas graves : un seul avion par jour et des refus d’accueillir des malades de la part des hôpitaux de Saint-Pierre et de Saint-Denis. Une situation qu’Huguette Bello qualifie de scandaleuse.
Depuis le début de l’épidémie de chikungunya, plus de 40.000 personnes ont été touchées dans l’île aux Parfums, et 10% d’entre elles développent des formes graves et invalidantes. C’est considérable, et cela devient intenable avec un système de soin sous-dimensionné.
Pour sa part, lors de son audition, le président du Conseil général a déploré que les services de l’État ne travaillent pas avec les collectivités locales. Les cadres mahorais sont écartés, a-t-il affirmé aux parlementaires, les représentants de l’État font seuls leurs conférences de presse. Lorsque le directeur de la DASS communique à la télévision, il a recours à un interprète pour que la population puisse comprendre le message. L’État communique seul, déplore le président de la collectivité. À tel point que les élus apprennent les décisions de la DASS par la télévision.
Pas de travail commun avec l’État
Les collectivités doivent souvent avancer des moyens de lutte. Le président du Conseil général a expliqué que sa collectivité a dû prendre dans ses fonds propres pour payer des éducatrices de santé. Or, à Mayotte, les collectivités locales ont un budget réduit.
Le président du Conseil général a fait part aux parlementaires de son inquiétude quant aux produits utilisés, et par rapport aux décharges à ciel ouvert, lieu de prolifération des rats vecteurs de la leptospirose.
Huguette Bello a pu constater le décalage entre la situation décrite par les représentants de l’État et ce que vivent les Mahorais. Alors que l’été approche, les risques d’une nouvelle flambée du chikungunya sont là, et les Mahorais se demandent comment ils vont pouvoir faire face.
Manuel Marchal
Les prochaines étapes de la mission
Après être venue sur le terrain de l’épidémie, la mission parlementaire d’information sur le chikungunya auditionnera jeudi les ministres de la Santé et de l’Outre-mer.
Le rapport comportant les recommandations de la mission sera ensuite rédigé et examiné par la Commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale. Une fois validé, il sera publié, au plus tard au mois d’octobre. C’est ensuite de la responsabilité des ministères de prendre en considération les préconisations de la mission, précise Huguette Bello, parlementaire réunionnaise, membre de la délégation qui a participé aux auditions à La Réunion et à Mayotte.
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