Santé

La pharmacopée traditionnelle source de développement socio-économique

80% des Africains recourent à ces remèdes

Témoignages.re / 27 juillet 2020

Le recours à une médecine traditionnelle de qualité peut faciliter la fourniture de soins de santé, en particulier dans les zones rurales éloignées où les systèmes de soins de santé conventionnels sont limités, estime l’Organisation mondiale de la Santé. « La médecine traditionnelle de qualité peut bénéficier à une grande partie de la population car elle est la principale, voire la seule, source de soins de santé pour environ 80 % des personnes en Afrique. », précise l’OMS.

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L’Afrique a une longue histoire de médecine traditionnelle et de praticiens, qui jouent un rôle important dans la prestation de soins aux populations, et les médecines traditionnelles, complémentaires et alternatives présentent de nombreux avantages, estime l’OMS.
Plusieurs pays et institutions du continent africain ont proposé des thérapies traditionnelles pour la Covid-19 en Afrique du Nord, en Afrique de l’Ouest, en Afrique centrale, en Afrique de l’Est et en Afrique australe.
« Des essais cliniques rigoureux pour en évaluer la sécurité et l’efficacité seront essentiels, comme c’est le cas dans d’autres domaines de la médecine », a souligné l’envoyé spécial de l’OMS pour la Covid-19, Dr John Nkengasong.
Des efforts de recherche de thérapies traditionnelle pour la Covid-19 sont en cours dans plusieurs pays, dont la Guinée équatoriale, Madagascar, le Nigeria et l’Ouganda, selon Dre Kasilo.

Une pharmacopée avérée

Selon la spécialiste en médecine traditionnelle, l’Afrique dispose d’une pharmacopée avérée, avec plus de 89 médicaments issus de la pharmacopée traditionnelle dans 14 pays pour lesquels l’OMS a soutenu la recherche et le développement conduisant à leur autorisation de mise sur le marché.
Une quarantaine de ces médicaments figurent également sur les listes nationales de médicaments essentiels et font désormais partie de l’arsenal qui permet de traiter les patients atteints d’un large éventail de maladies comprenant les infections liées au VIH, le diabète, la drépanocytose et l’hypertension, à l’instar du « NIPRISAN » au Nigeria et du « FACA » au Burkina Faso, tous deux contre la drépanocytose, ainsi que de l’ « HEPATOSOR » un sirop utilisé contre l’hépatite virale (A, B, C, D et E) au Cameroun.

Les avantages de la médecine traditionnelle en Afrique

La stratégie régionale sur la médecine traditionnelle en Afrique est ancrée dans des principes de complémentarité et fondée sur l’intégration de la médecine traditionnelle dans les systèmes nationaux de santé, explique l’OMS.
Reposer sur la médecine traditionnelle en Afrique présente plusieurs bénéfices dont la diversité, la flexibilité, la disponibilité, des prix abordables, l’acceptation générale par les communautés africaines et le coût comparativement faible par rapport aux médicaments modernes, signale la docteure en pharmacologie clinique.
Pour Dre Kasilo, il ne fait aucun doute que les thérapies traditionnelles et complémentaires, dont la sécurité, l’efficacité et la qualité ont été démontrés, vont contribuer à atteindre les objectifs de la couverture sanitaire universelle.
« La fabrication et la commercialisation à grande échelle des médicaments issus de la pharmacopée traditionnelle, qui impliquent la culture des plantes médicinales ainsi que les processus de récolte et de post-récolte, présentent des avantages en termes de développement socio-économique », ajoute Dre Kasilo.

Dans les Objectifs de développement durable

La Conseillère régionale de l’OMS estime que ce développement socio-économique pourrait à son tour contribuer à la réalisation des Objectifs de développement durable 3, sur l’amélioration de la santé et du bien-être ; des Objectifs de développement durable 1 et 2, sur la réduction de la pauvreté et de la faim ; ainsi que de l’Objectif de développement durable 4 sur l’éducation de qualité des communautés locales ciblées.
« Aujourd’hui, alors que nous sommes confrontés à une pandémie qui ravage le monde entier, nous avons un besoin urgent d’approches permettant d’étendre les solutions au-delà des frontières, et pour ce faire, les résultats des études doivent pouvoir être reproduits, y compris en termes de dosage », explique Dre Kasilo.
Elle souligne toutefois qu’il faut « redoubler d’effort pour mobiliser des fonds pour la recherche, car la médecine traditionnelle est souvent sous-financée dans le secteur de la santé ».