Santé

La Réunion à 200 km de Maurice « Covid-free » : quel avenir pour le tourisme d’importation ?

Deux stratégies différentes donnent des résultats opposés : catastrophe sanitaire et économique à La Réunion, vie sans virus à Maurice

Manuel Marchal / 9 mars 2021

Pour 9 cas de COVID-19 détectés en dehors d’une quarantaine, les autorités de Kanaky-Nouvelle Calédonie ont décidé de confiner tout le pays pendant 2 semaines pour casser immédiatement les chaînes épidémiques. A Maurice, la découverte de 3 cas dans une société d’importation de fruits et légumes a entraîné la mise sous scellé de toute la cargaison et la fermeture des frontières. Voici comment vivent des pays qui refusent de faire entrer le coronavirus et qui ont appris à vivre sans le virus depuis près d’un an.

JPEG - 113 ko

Dans deux jours, cela fera un an que le premier cas de coronavirus a été officiellement annoncé dans notre île. Il s’agissait d’un voyageur de retour dans l’île après un séjour en Occident. Au même moment, la Chine était en passe de gagner la bataille de Wuhan, ville où le premier foyer important a été découvert. Pour gagner cette bataille, une région de plusieurs dizaines de millions de personnes a été placée en quarantaine. Lorsqu’il a été avéré que la COVID-19 circulait en Europe, la menace était sérieuse, en particulier dans les pays insulaires qui ne pouvaient compter que sur leurs propres systèmes de santé. La plupart de ces pays a décidé la fermeture des aéroports, à l’exception des vols de rapatriement assortis de quarantaines de 2 semaines strictes pour les passagers, avec un test de dépistage à la sortie de cette période.

C’était le choix à Maurice, aux Seychelles, en Kanaky Nouvelle-Calédonie, en Polynésie et en Nouvelle-Zélande notamment. Une fois passée la première version du virus au milieu de l’an passé, tous ces pays étaient préservés. Avant que de nouvelles épidémies soient déclenchées par des mutations de la COVID-19, ces pays ont suivi des stratégies diverses. Les Seychelles et la Polynésie ont ouvert aux touristes en assouplissant les quarantaines, elles durent faire face à l’entrée du virus sur leur territoire. En Kanaky Nouvelle-Calédonie, la quarantaine a été maintenue. Elle fut même imposée à un ministre français en visite officielle : deux semaines sans sortir.

Mesures simples pour éviter l’entrée du virus

Le résultat est le suivant : à l’exception des entreprises liées au tourisme des étrangers, la vie est restée normale. Maurice a vu l’organisation de plusieurs manifestations regroupant des dizaines de milliers de personnes, elles n’ont pas été suivies d’apparition de nouveaux cas de COVID-19. En Kanaky Nouvelle-Calédonie, un referendum marqué par un taux de participation de plus de 80 % n’a pas été le point de départ de nouvelles contaminations. Autrement dit, là où les autorités ont refusé de laisser entrer le coronavirus, la population peut continuer à mener toutes ses activités, sans couvre-feu ni interdiction des rassemblements. Quel contraste avec La Réunion où tout ceci était possible, à condition de prendre la mesure de bon sens choisie par nos voisins mauriciens.
Et pour maintenir cette qualité de vie qui fait d’eux des pays « Covid-free », Maurice et Kanaky Nouvelle-Calédonie maintiennent une vigilance élevée.
Vendredi dernier, la découverte de plusieurs cas de COVID-19 dans une société d’importation de fruits et de légumes à Maurice a eu un impact considérable. Pour 3 cas détectés en dehors d’une quarantaine, plus de 200 salariés ont été placés en quarantaine en dehors de leur domicile, la société a été temporairement fermée et toutes les marchandises importées ont été placées sous scellés. Par ailleurs, les frontières du pays sont de nouveau fermées.

Tout faire pour empêcher le virus de circuler

En Kanaky-Nouvelle Calédonie, ce sont 9 cas détectés en dehors des sorties de quarantaine qui ont amené les autorités à prendre une décision radicale : deux semaines de confinement, fermeture des écoles. Le but est de casser dès le départ les chaînes épidémiques afin qu’au bout de ces deux semaines, la population puisse reprendre ses activités normales sans contrainte. Il est à noter que les autorités de ce pays d’Océanie n’ont pas choisi une stratégie graduée qui aurait pu être le port du masque obligatoire puis le couvre-feu. Elles ont choisi le confinement car c’est la mesure qui limite le plus la circulation des personnes et donc du virus, ce qui signifie qu’elles sont prêtes à en supporter le prix. Mais il y a fort à parier qu’aussi bien à Maurice qu’en Kanaky-Nouvelle Calédonie, une fois passée la période de haute vigilance, il sera de nouveau question de destination « Covid free ». Ce ne sera pas le cas d’autres pays, dont La Réunion, où la stratégie a été de laisser entrer le virus au nom du maintien d’une « continuité territoriale » avec un des pays les plus infectés au monde par la COVID-19. Se pose alors la question de l’avenir du tourisme pour un pays comme La Réunion contaminé encore par la COVID-19, dont le voisin le plus proche est un pays COVID-free ?

M.M.