La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République française comme La Réunion
5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
95 lits de réanimation pour traiter toutes les pathologies nécessitant ces soins de dernier recours
25 août 2020, par

95 lits de réanimation, c’est la capacité totale de prise en charge du Centre hospitalier universitaire de La Réunion sur ses sites Nord (CHU Bellepierre à Saint-Denis) et Sud (CHU Terre-Sainte à Saint-Pierre). Avec ces 95 lits, La Réunion doit être capable d’accueillir les cas graves de coronavirus, et aussi tous les patients ayant une pathologie nécessitant des soins en réanimation. Il est urgent d’anticiper dès maintenant des moyens supplémentaires afin d’augmenter la capacité de ce service de soins de dernier recours, pour éviter à tout prix que des soignants soient contraints de décider qui a le droit ou pas d’être admis en réanimation. Cela suppose également d’éviter que l’épidémie soit accélérée par l’entrée sur le territoire de plus de 1000 personnes par jour sans test ni quarantaine obligatoires après leur arrivée.
« Il est rappelé que la capacité totale en réanimation du CHU pourrait atteindre 85 lits sur les deux sites du CHU, et jusqu’à un maximum de 95 lits. » : cette information est extraite d’un communiqué diffusé hier par le CHU de La Réunion qui détaille les mesures prises pour s’adapter à la vague épidémiologique qui touche La Réunion.
La Réunion est intégrée à la République française, et est une collectivité isolée dans le Sud-Ouest de l’océan Indien. Le territoire le plus proche administré par la France est Mayotte, aux capacités de soins si réduites que des personnes atteintes par la COVID-19, notamment des cas graves, ont été évacuées à La Réunion pour éviter la saturation de l’hôpital de Mayotte. Cela signifie que pour le moment, La Réunion ne peut compter que sur des propres ressources en termes de lits de réanimation pour faire face à cette crise. En effet, un pont aérien vers la France pour assurer les évacuations sanitaires semble difficilement concevable, compte-tenu des près de 10.000 kilomètres séparant le CHU de La Réunion du Centre hospitalier universitaire français le plus proche.
Mais actuellement, la France connaît une seconde vague de contamination dont l’ampleur reste à connaître. Cela amène naturellement à se demander si dans un tel contexte, la France peut se permettre de se passer de moyens de réanimation pour les envoyer à 10.000 kilomètres des supplémentaires.
Voici donc quelles sont les ressources maximales avec lesquelles les Réunionnais doivent faire face :
« Il est rappelé que la capacité totale en réanimation du CHU pourrait atteindre 85 lits sur les deux sites du CHU, et jusqu’à un maximum de 95 lits. »
Hier, 8 lits de réanimation étaient occupés alors qu’il est clair que le gros de l’épidémie reste encore à venir.
Ce nombre de 95 lits est capital, il situe un niveau critique, d’autant plus que les cas graves de la COVID-19 ne sont pas les seuls patients à nécessiter des soins en réanimation. Plus le nombre de patients admis en réanimation augmentera, plus les soignants devront choisir qui aura droit à des soins et qui ne pourra pas y accéder. Ces choix dramatiques ont déjà été une réalité dans les pays européens les plus touchés par l’épidémie de coronavirus, notamment en Italie et aussi en France.
Pour retarder voire éviter ce moment où il faudra choisir qui aura une possibilité de continuer à vivre et qui mourra, il est urgent d’augmenter le nombre de lits de réanimation à La Réunion. Est-ce possible à brève échéance en comptant uniquement sur les capacités des hôpitaux publics et privés de La Réunion ?
Rappelons que le premier « cluster » identifié à La Réunion depuis le premier cas en date du 11 mars est daté du 29 juillet, 18 jours après une décision appliquée depuis le 11 juillet : plus de quarantaine et de test de dépistage obligatoires après leur entrée dans le territoire pour les plus de 1000 passagers arrivant tous les jours de France, pays déjà gravement touché par une seconde vague de contamination avant cette décision.
Manifestation, cette décision fait débat au sein de la communauté médicale. Interrogée hier par Réunion Première, Christine Kowalcsik, présidente de l’Union régionale des médecins libéraux de La Réunion, est en désaccord avec l’attitude de l’ARS « qui baisse les bras sur le test J+7 » recommandé aux passagers arrivant dans notre île, mais réalisé en pratique par une minorité des personnes concernées.
Or, laisser entrer sur un territoire insulaire densément peuplé un groupe dont 33 personnes sur 10.000 sont contaminées en moyenne à leur arrivée ne peut que contribuer à accélérer la saturation des services de réanimation.
M.M.
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