Le 24 septembre 2001, l’OMS avait donné l’alerte

Le bioterrorisme peut utiliser le Chikungunya

17 octobre 2005

Le 24 septembre 2001, 13 jours après l’attaque contre les Twin Towers, la directrice générale de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) déclarait : ’nous devons nous préparer à la possibilité que certaines populations soient contaminées de façon délibérée par des agents biologiques ou chimiques’. Au nombre des agents infectieux, l’OMS citait le virus du Chikungunya. La Réunion a été avertie en même temps que le reste du monde. Malheureusement, il apparaît qu’il n’a pas été tenu compte des mises en garde de l’OMS.

Cette alerte avait pourtant suscité une véritable psychose aux États-Unis vis-à-vis du bioterrorisme. En France, un sondage IFOP paru le 29 septembre 2001 indiquait que 41 % des Français estimaient "probable" une attaque bioterroriste contre la France.
Le 27 septembre 2001, “Le Monde” publiait un entretien avec le directeur de la division des maladies infectieuses de l’OMS, M. David Heyman. Celui-ci déclarait : " l’essentiel dans le domaine [du bioterrorisme] est de ne pas faire de différence entre ce qui peut être la conséquence d’actions terroristes délibérées et ce qui est le résultat de phénomènes naturels". Ainsi, en moins d’une semaine, les plus hauts dirigeants de l’OMS ont exhorté tous les pays à renforcer les infrastructures existantes de santé publique, notamment les systèmes de surveillance, les centres antipoisons et les moyens de lutte contre les agents transmissibles. Pour ces responsables de la Santé mondiale, seul le renforcement de ces structures de surveillances permettrait d’améliorer la prévention et la réponse à apporter à la menace bioterroriste.
Dans son rapport adressé à tous les États (1), l’OMS a identifié 15 agents bactériens, 2 fongiques, 24 viraux -dont le virus du Chikungunya- et 3 protozoaires susceptibles d’être utilisés un jour à des fins terroristes (voir encadré).

Riposte molle

Officiellement, l’épidémie de Chikungunya aurait été détectée le 27 mars 2005. Mais, cette maladie nous est présentée comme peu grave. Il s’agit, insiste-t-on, d’une maladie bénigne.
C’est à n’y rien comprendre, le 24 septembre 2001, l’OMS alerte tous les réseaux de surveillance du monde entier pour leur recommander une extrême vigilance car les attaques bioterroristes pourraient -entre autre- utiliser le virus du Chikungunya pour cibler des populations civiles. Et, malgré ces appels, trois ans et demi plus tard, lorsque la maladie fait son apparition à La Réunion, non seulement personne ne paraît s’en émouvoir sérieusement mais, plus grave, personne n’est prêt à faire face et la riposte est des plus molles.
Et, de grâce, qu’on ne vienne pas nous dire que l’OMS s’est trompée. En effet, lorsque l’épidémie de Chikungunya s’est déclarée aux Comores, une équipe de spécialistes dépêchée par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), et renforcée dix jours plus tard par deux experts américains du CDC-Atlanta, est arrivée à Moroni dès le 9 mars où elle a séjourné près de 3 semaines, à la demande du gouvernement comorien, pour une étude plus approfondie de la maladie (2).

Il y a urgence !

À La Réunion, l’expertise de l’OMS a-t-elle été demandée ? Nul ne le sait. Puis, au gré des bulletins de la Cellule d’Intervention Régionale en Épidémiologie (CIRÉ Réunion-Mayotte (3)), on nous a rassurés : avec l’arrivée de l’hiver austral, l’épidémie allait s’éteindre. L’hiver se passe et le chigungunya fait de la résistance alors, les premiers jours d’octobre, il faut se rendre à l’évidence : c’est l’OMS qui avait raison. Les mises en garde du directeur de la division des maladies infectieuses de l’OMS : " l’essentiel dans le domaine [du bioterrorisme] est de ne pas faire de différence entre ce qui peut être la conséquence d’actions terroristes délibérées et ce qui est le résultat de phénomènes naturels " auraient du être prises au sérieux.
Alors c’est vrai, le chikungunya ne tue personne directement, mais cette maladie secoue terriblement ses victimes au point que les médecins redoutent que les plus âgées ne décèdent si une autre maladie infectait leur organisme déjà très affaibli.
De plus, en pleine bataille pour combler le déficit -présenté comme abyssal - de la Sécurité sociale, on a manqué au devoir de prévention et au principe de précaution. Résultat des courses, si on ne met pas un terme immédiat aux atermoiements qui perdurent depuis mars dernier, si des moyens ne sont pas dégagés pour des mesures radicales capables d’éliminer le moustique Ædes Albopictus, porteur du virus chikungunya, ce sont des centaines et des centaines d’arrêts de travail qu’il faudra indemniser. Mais si un plombier, un solariste, un chef d’entreprise, un avocat, un transporteur, un médecin, sont rendus indisponibles pour une assez longue période, qui va leur venir en aide ?
Et tout cela parce qu’on a laissé péricliter le service de la prophylaxie mis sur pied de façon systématique par le Dr Raymond Vergès et qui, avec des moyens bien moins sophistiqués, est parvenu à éradiquer le paludisme.
Beaucoup de temps a été perdu. Les bras et la volonté de protéger La Réunion sont là. Sachons les mobiliser, il y a urgence !

Aimé Habib

1 - Le rapport de l’OMS est disponible sur Internet à l’adresse : http://who.int/emc/pdfs/BIOWEAPONS_ FULL_TEXT2.pdf
2 - Pana Moroni - 24/03/2005
3 - La CIRÉ dépend de la DRASS.


Agents biologiques répertoriés par l’OMS comme susceptibles d’être utilisés à des fins terroristes

BACTÉRIES, RICKETTSIOSES ET CHLAMYDIA
Bacillus anthracis (anthrax ou charbon)
Bartonellea quintana (fièvre des tranchées)
Brucella species (brucellose)
Burkholderia mallei (morve)
Burckholeria pseudomallei (mélioïdose)
Francicella tularensis (tularémie)
Salmonella typhi (thyphoïde)
Shigella species (shigellose)
Vibrio cholerae (choléra)
Yersinia pestis (peste)
Coxiella burnetti (fièvre Q)
Orientia tsutsugamushi (fièvre fluviale du Japon)
Rickettsia prowazeki (typhus exanthématique)
Rickettsia rickettsii (f. des montagnes Rocheuses)

PROTOZOAIRES
Naeglaeria fowleri (méningite à amibes)
Toxoplasma gondii (toxoplasmose)
Schistosoma species (bilharziose)

CHAMPIGNONS
Coccidioides immitis (coccidiomycose)
Histoplasma capsulata (histoplasmose)

VIRUS
Hantavirus (f. épidémique hémorragique/
syndrome de détresse respiratoire de l’adulte)
Fièvre Crimée-Congo
Fièvre de la vallée du Rift
Fièvre d’Ebola
Fièvre de Marburg
Chorioméningite lymphocytaire
Junin (f. hémorragique d’Argentine)
Machupo (f. hémorragique de Bolivie)
Fièvre de Lassa
Encéphalite à tique (verno-estivale russe)
Dengue
Fièvre jaune
Fièvre hémorragique d’Omsk
Encéphalite japonaise
Encéphalite équine de l’est des E-U.
Chikungunya
O’nyong-nyong
Encéphalite équine du Vénézuela
Variole
Autres poxviroses (monkeypox/whitepox)
Grippe


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