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La gestion de l’épidémie creuse l’écart entre les classes sociales
11 décembre 2021, par

Depuis l’importation du coronavirus à La Réunion en raison du refus des autorités d’empêcher la maladie d’entrer dans notre pays, la vie de beaucoup de Réunionnais a changé. Pour la majorité de la population, le port en permanence du masque et le respect des « gestes barrière » de la sortie du domicile au retour est devenu une réalité qui n’est pas celle des classes privilégiées. Le coronavirus favorise la séparation de deux mondes à La Réunion.
En mars 2020, les premiers cas de coronavirus ont été dénombrés à La Réunion. Les mesures prises à l’époque ont permis de juguler cette première épidémie. Mais le relâchement des restrictions de voyage au moment des grandes vacances en France ont favorisé le retour à un trafic de près de 30 vols par semaine en provenance des aéroports parisiens. Résultat : en août 2020, malgré le respect des consignes par la population, les Réunionnais ont été confrontés à la circulation du virus dans leur pays. Cette situation n’a pas cessé et la situation sanitaire ne cesse de s’aggraver.
Les mesures dites de « freinage » rendent le port du masque obligatoire dans tous lieux publics et dans les transports collectifs. Elles ont complètement changé la vie de la majorité de la population, celle qui se situe sous le seuil de pauvreté ou juste au-dessus. Rappelons qu’à La Réunion, 30 % des familles n’ont pas de voiture. Elles constituent donc l’essentiel des usagers des transports collectifs.
Le port du masque de la sortie du domicile au retour est donc une réalité quotidienne.
Prenons l’exemple d’une personne pauvre qui doit se rendre au CCAS. Le masque est obligatoire durant tout le voyage en bus. Une fois sur place, il faut attendre parfois des heures sous le soleil ou la pluie qu’une place se libère dans la salle d’attente. Avant d’entrer, un agent veille à ce que chaque personne se lave bien les mains. Au moment du rendez-vous, une seule personne à la fois est admise dans le bureau. Elle doit s’asseoir sur une chaise posée derrière une ligne située à un mètre du bureau. A cela s’ajoute une vitre en plexiglas pour séparer le travailleur social de l’usager, tous deux masqués. Si elle veut faire des achats, là aussi le masque est obligatoire.
Le retour se fait dans les mêmes conditions que l’aller : masque obligatoire dans la rue, dans le bus, puis de l’arrêt de bus au domicile.
Pour une personne moins défavorisée, le transport s’effectue dans un véhicule personnel où le masque n’est pas obligatoire. Le masque n’est pas non plus obligatoire si la personne travaille seule dans un bureau, ou si elle a réussi à basculer en télétravail.
Le pouvoir d’achat de cette personne lui permet d’aller manger régulièrement au restaurant, où le port du masque en continu est impossible. A condition d’être vaccinée, elle peut donc accéder à tous ses lieux de loisir et cerise sur le gâteau, a même la possibilité de voyager dans des pays très contaminés comme en Europe, sur la foi d’un résultat négatif à un test de dépistage.
A part donc quelques contraintes marginales, l’épidémie de coronavirus n’a rien changé pour cet autre monde.
La séparation est également très marquée dans les activités de loisir. Pour le moment, le peuple réunionnais résiste à un des aspects les plus cruels de la société de consommation capitaliste occidentale importée à La Réunion : l’abandon des personnes âgées dans des EHPAD par leurs enfants. A La Réunion, nombreux sont encore les Réunionnais à décéder dans leur domicile entourés par plusieurs générations et leurs voisins. Cette résistance donne aux personnes âgées une place qu’elles n’ont plus en Occident et qui était valorisée par un rendez-vous hebdomadaire traditionnel : le pique-nique. C’était un moment de rencontre privilégié entre les générations, la rencontre entre les générations et la solidarité dans la préparation du repas. C’était aussi le moyen pour ces Réunionnais de sortir de l’ordinaire, en s’appropriant des lieux comme les plages ou les sites touristiques des Hauts
Mais pour lutter contre l’épidémie, les pique-niques sont interdits, ce qui prive la majorité des Réunionnais de ce moment essentiel.
Pendant ce temps, les autorités sanitaires ont autorisé le Grand Raid et le Sakifo. Ce sont des manifestations totem de loisirs occidentaux importés, où il faut payer un ticket d’entrée onéreux pour participer. Pour assister aux 3 jours de concert de Sakifo, il faut débourser 85 euros et ajouter la nourriture et le transport. Ce n’est pas à la portée de beaucoup à La Réunion. Les organisateurs revendiquent 12.000 billets vendus. Ce sont donc des milliers de personnes venues faire la fête qui se concentrent sur une plage de Saint-Pierre avec la bénédiction des autorités sanitaires. En effet, pour ces dernières, il est plus risqué d’attraper le coronavirus en participant à un pique-nique familial qu’à un festival de musique regroupant des milliers de fêtards dans un petit espace.
Tout ceci montre bien comment le coronavirus est en train de séparer clairement deux mondes à La Réunion : les pauvres et les autres.
M.M.
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