Risque de légionellose

Le Préfet fait appliquer la loi

9 septembre 2005

La décision du Préfet Cayrel, mercredi après-midi, de faire suspendre l’activité d’une partie de l’un des deux groupes turbo-alternateurs de la centrale du Gol a provoqué un branle-bas de combat dans l’usine du Sud et dans plusieurs services de l’Etat pendant toute la journée d’hier. Pour autant, les autorités se veulent rassurantes : les mesures prises ne font que découler des mesures législatives et réglementaires encadrant la lutte contre la légionellose, une des 22 maladies à déclaration obligatoire.

Depuis mercredi après-midi, la tour aéroréfrigérante d’un des deux groupes turbo-alternateur de la centrale thermique du Gol est arrêtée sur décision préfectorale. Sa décision, le préfet l’a prise au vu d’analyses dont l’inspecteur des installations classées (le directeur de la DRIRE) l’a saisi le jour même : des prélèvements réalisés en août dans le bassin réfrigérant révélaient un taux de présence d’une bactérie de l’eau (la légionelle) cinq fois supérieur au seuil maximal toléré.
Hier encore, le préfet ne s’expliquait pas comment des analyses faites le 11 août, dont le résultat est connu depuis le 29, avaient pu ne lui être communiquées que le 7 septembre. Selon les textes, il aurait dû être prévenu dès le rendu des résultats. Il attendait sur ce point un rapport circonstancié de la DRIRE, qui devait lui être remis dans la journée et a évoqué des "transactions" entre les services de contrôle et l’exploitant, dans la phase qui a suivi le rendu des observations de la DRIRE aux dirigeants de la Centrale (voir le point de vue de la CGTR) . Les services de contrôle ont bien émis des observations : étaient-elles à la hauteur ? Ont-elles été suivies ?
Sans attendre, Laurent Cayrel a donné des instructions à la DRIRE et à la DRASS : raisons du branle-bas qui a agité ces deux services pendant la journée de jeudi, passée en réunions à répétition et en visites de terrain.
La DRIRE a notamment reçu pour instruction de mener des contrôles dans toutes les entreprises utilisant des tours réfrigérantes (voir encadré sur l’inventaire) .

48 heures d’arrêt

Quant à a DRASS, elle a été chargée d’opérer à compter d’hier un suivi de la situation sanitaire du personnel travaillant sur le site (45 salariés dans la Centrale et environ 200 alentours, dans l’usine sucrière et les chantiers d’extension). Elle a saisi à cette fin le médecin de Saint-Pierre de la médecine du travail, le Dr. Charmet, qui s’est rendue sur place. L’autre moyen de vigilance est le réseau “sentinelle”, constitué des médecins du secteur, appelés à exercer la plus grande vigilance.
Les autorités se voulaient rassurantes hier, mais le délai observé dans la transmission des résultats d’analyse (9 à 10 jours) couvre le temps d’incubation de la maladie (2 à 10 jours) et la crainte inavouée est de se trouver face à des symptômes d’atteintes pulmonaires qui, s’ils ne sont pas détectés très tôt, peuvent être mortels dans 15% à 20% des cas - mais 80% ou 90% chez des personnes fragilisées, âgées, immunodépressives ou chez les grands fumeurs.
En prenant la situation en main de façon énergique, le préfet Laurent Cayrel a réagi par analogie au dernier cas relevé en France, dans le Pas-de-Calais (novembre 2003 - janvier 2004).
Il observe que ses services ne lui ont fait connaître que 3 cas déclarés à La Réunion depuis le début de l’année 2005, le dernier datant de juin. "Je serai très transparent sur le sujet. S’il y a d’autres cas, je le ferai savoir" a-t-il déclaré hier à “Témoignages”, en insistant sur "la responsabilité des entrepreneurs".
Les mesures d’arrêt et de désinfection au Gol pourraient durer environ 48 heures et la réactivation se fera sous étroite surveillance.

P. David


La légionellose : Ce qu’il faut savoir

C’est une infection provoquée par des bactéries de l’eau de type Legionella dont l’espèce la plus fréquente est la Legionella pneumophila. Cette bactérie prolifère dans une eau de 25° à 45°, ou en présence de dépôts de tartre, de résidus métalliques comme le fer ou le zinc ou au contact de matériaux comme le caoutchouc ou le PVC.
La contamination de l’homme se fait par inhalation d’eau contaminée sous forme d’aérosols, de brumisation ou de gouttes, comme pendant une douche. Mais le fait de boire de l’eau contaminée ne transmet pas la maladie, qui n’est pas contagieuse. Selon l’Organisation mondiale de la santé, le risque de déclencher la maladie est très faible pour la population générale si la concentration en légionelles est inférieure à 1000 UFC (Unités Formant Colonies) par litre d’eau.

La légionellose présente une forme bénigne et une forme grave, qui peut être mortelle. La forme bénigne (95% des cas) ressemble à une grippe, dont on guérit spontanément en 2 à 5 jours. Le diagnostic est rarement porté dans ces cas. La forme grave, appelée légionellose, survient souvent chez des personnes fragilisées. Elle se caractérise par une pneumopathie (infection pulmonaire) aiguë pouvant entraîner le décès dans un peu plus de 15% des cas. Le délai d’incubation est de 2 à 10 jours. Décrite pour la première fois en 1976, la légionellose a été diagnostiquée en 1998, en France, dans 1.200 cas. C’est une maladie à déclaration obligatoire auprès de la DRASS (décret n° 87-1012 du 11 décembre 1987).
(Source : Services Santé-Environnement et DRASS de Haute-Normandie)


Les normes de surveillance selon les installations

Des guides techniques ont été préparés par des experts auprès du Conseil supérieur d’Hygiène publique de France et du Ministère de l’Environnement. Ils définissent notamment trois niveaux de surveillance - niveau cible, niveau d’alerte et niveau d’action - avec des seuils de concentration variant selon les installations.
Pour les tours aéroréfrigérantes, l’arrêt technique assorti d’une désinfection correspond au niveau le plus élevé, décidé à partir d’un niveau de concentration de 100.000 UFC (unité formant colonie) par litre.
Dans les réseaux d’eau chaude sanitaire, le seuil maximal toléré est de 10.000 UFC par litre.
(Source : Services Santé-Environnement et DRASS de Haute-Normandie)


Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?


Témoignages - 82e année


+ Lus