Pesticides

Les Antilles en péril

22 septembre 2007

Le rapport présenté par le cancérologue, Dominique Belpomme, a mis en lumière la menace de survie voire le danger de mort qui pèse sur les populations des Antilles à cause de l’usage extensif et immodéré des pesticides dont le plus usité a été le chlordécone. Éclairage.

En ce temps-là, il était de bon ton de déverser sur les bananeraies et autres cultures vivrières des flots de pesticides par épandage pour tenter d’endiguer les parasites dont le charançon noir, qui contrariaient le développement normal de la banane, de l’ananas et autres produits agricoles. Les planteurs ont épandu le chlordécone, l’HCH Béta et les autres pesticides tous azimuts dans leurs champs. En ce temps-là, il était question de sauvegarder les intérêts économiques de quelques-uns. En ce temps-là, il s’agissait de préserver une filière agricole qui générait des milliers d’emplois directs et indirects. Mais, en ce temps-là déjà, quelques écologistes avertis tiraient la sonnette d’alarme pour alerter la population et les pouvoirs publics sur la menace prégnante et grave que représentait l’usage extensif des pesticides en Guadeloupe et à la Martinique. Rien n’y faisait. Les autorités publiques faisaient la sourde oreille et ne voulaient point prêter foi aux " allégations " de ces écolos considérés comme des cassandres aimant jeter l’huile sur le feu. L’heure était plus à la survie de la filière agricole qu’à de supposés problèmes sanitaires.

Le silence coupable des élus locaux

Récemment encore, deux personnalités martiniquaises, l’écrivain Raphaël Confiant et le journaliste Louis Boutrin publiaient un pamphlet intitulé "Chronique d’un empoisonnement annoncé" dans lequel ils fustigeaient les carences des autorités publiques dans cette affaire et stigmatisaient l’irresponsabilité des gros planteurs békés qui ont préféré préservé leurs intérêts économiques et financiers au détriment de la santé des Guadeloupéens et des Martiniquais. A cette chaîne d’irresponsabilité, il faut ajouter le silence coupable voire la complicité de certains élus locaux - obnubilés par le chantage à l’emploi pratiqué par les bananiers - qui n’ont pas su relayer à temps les montées au créneau régulières des écologistes. Ces derniers faisaient pourtant apparaître le grave danger de santé publique encouru par les populations. Malgré une enquête fouillée et un excellent travail d’investigations qui s’appuient sur des faits et des dossiers très documentés, les auteurs n’ont guère réussi à émouvoir l’opinion publique hexagonale. Pis. La plainte déposée par les écologistes antillais pour "empoisonnement" végète à la Cour de Cassation, la plus haute autorité judiciaire française. Et quand on connaît les délais que met en général cette juridiction pour statuer, on n’est pas prêts de voir l’instruction de cette affaire menée à son terme.

Une bombe à retardement sanitaire

Il a fallu le rapport accablant du cancérologue, Michel Belpomme, pour que la machine médiatique s’emballe et que les pouvoirs publics condescendent à se pencher sérieusement sur le dossier. Il faut dire que Michel Belpomme n’y va pas avec le dos de la cuillère. Le cancérologue parle ni plus ni moins de scandale de pesticides pire que celui du sang contaminé et de "bombe à retardement sanitaire". L’expert n’hésite pas à évoquer un "désastre sanitaire et agricole", en s’inquiétant notamment du nombre accru des cancers de la prostate et du sein aux Antilles provoqués par le chlordécone, l’HCH Béta (interdits en 1993 et utilisés clandestinement jusqu’en 2002) et du paraquat, un herbicide récemment prohibé. Pour l’homme de science, les pesticides hautement toxiques sont fortement rémanents et ont pollué durablement les sols antillais. Or, en matière de pollution, les îles sont plus fragiles que les continents. D’autant que Le chlordécone est l’arbre qui cache la forêt puisque la Martinique, par exemple, a été polluée, dixit Michel Belpomme, "par plus de cent pesticides". Dès lors, il ne faut pas s’étonner que la Martinique présente la « deuxième incidence du cancer de la prostate dans le monde derrière les États-Unis », rappelle le biochimiste, Philippe Irigaray, le coauteur du rapport. Le rapport des deux chercheurs évoque également des problèmes de fertilité et de malformations. Bref, les Antilles sont en péril et l’avenir de ses enfants mal engagé.

Les tergiversations des pouvoirs publics

Et pendant ce temps-là, les pouvoirs publics commencent à s’agiter en soufflant le chaud et le froid. Ainsi, tandis que Michel Barnier, le Ministre de l’Agriculture et de la Pêche, invoque une situation "très grave" et parle de "désastre sanitaire", alors que le secrétaire d’État à l’Outre-mer, Christian Estrosi, se dit favorable à la constitution d’une enquête parlementaire réclamée par les élus des DOM, destinée à faire toute la lumière sur cette affaire, le ministre de la Santé, Roselyne Bachelot semble vouloir minimiser l’ampleur du cataclysme et tient des propos rassurants par l’entremise du directeur de l’Institut de veille sanitaire, Gilles Brücker, qui affirme « qu’il n’y avait de catastrophe sanitaire aux Antilles ». Reste que désormais les autorités publiques, élus locaux et décideurs économiques des Antilles, ne pourront plus faire l’impasse sur ce qu’il convient de considérer comme un empoisonnement massif sous peine de se retrouver devant le tribunal de l’histoire - à défaut de Cour d’Assises - pour non assistance à population en danger de mort.

(Sources Dom Hebdo)


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