Santé

Les Réunionnais responsables de l’entrée à La Réunion de 200.000 touristes de France sans test COVID obligatoire à l’arrivée ?

La directrice de l’ARS Mayotte affirme que « 200.000 touristes ont atterri » à La Réunion « pour les vacances de Noël ! »

Manuel Marchal / 25 février 2021

La France est un des pays les plus durement touchés par le coronavirus, qui y est devenu quasiment endémique. C’était déjà le cas à la fin du mois de décembre. Or, à en croire la directrice de l’ARS de Mayotte, 200.000 touristes sont venus dans notre île durant cette période. Rappelons qu’aucun test ou quarantaine n’étaient obligatoires à l’arrivée dans notre pays à ce moment pour les passagers venant de France. Difficile de croire que ces 200.000 cas potentiels ne soient pour rien dans la situation actuelle. Deux mois plus tard, les Réunionnais sont une fois de plus accusés d’être responsables de l’amplification de la crise qui permet désormais à un État d’imposer un couvre-feu à la population.

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En 1975, après avoir refusé le résultat du référendum d’autodétermination des Comores qu’il avait lui-même organisé, le gouvernement français a organisé la sécession de Mayotte de la République des Comores. 45 ans plus tard, un des pays les plus riches du monde n’a été capable de construire qu’un seul hôpital aux normes européennes pour une île peuplée aujourd’hui par plus de 250.000 habitants. Il n’est donc pas étonnant que la moindre crise sanitaire signifie une saturation de cet hôpital, en particulier du service de réanimation.
Conséquence de la pénurie de moyens, il est nécessaire de recourir à des évacuations sanitaires. Celles-ci n’ont pas pour destination les îles voisines ou Madagascar mais La Réunion, située à deux heures de vol. D’après les propos du Dr. Blondé, chef du service de réanimation de l’hôpital de Mayotte, publiés dans le « JIR » d’hier, sans ces évacuations vers La Réunion, « il y aurait une dizaine de morts par jour ».
Dans son édition du 23 février, le Journal de Mayotte publie une interview de Dominique Voynet, directrice de l’Agence régionale de Santé. Dans cet entretien, il est notamment question de la nouvelle flambée épidémique dans l’île de l’archipel comorien, et de la prise en charge des patients admis en réanimation en raison d’une forme grave de la COVID-19. Voici les propos qui lui sont attribués :

« Deuxièmement, nous assistons à un réveil de l’épidémie à La Réunion, avec notamment la présence du variant Sud-Africain. Il circule d’ailleurs dans la zone, et je trouve assez paradoxal qu’une partie de l’opinion réunionnaise n’accepte plus de recevoir des Mahorais, quand 200.000 touristes ont atterri sur leur île pour les vacances de Noël ! »

« 200.000 touristes ont atterri sur leur île pour les vacances de Noël ! »

La directrice de l’ARS Mayotte donne une information capitale : 200.000 touristes sont venus à La Réunion durant les vacances d’été. Rappelons qu’à ce moment, les passagers pouvaient sortir de l’aéroport et se mêler immédiatement à la population sans aucun test obligatoire à l’arrivée, et sans quarantaine. La seule obligation était de présenter un résultat de test négatif à la COVID-19 à l’embarquement.

Rappelons également que dans plusieurs pays, il existe un véritable trafic de faux-tests. C’est ce que souligne entre autres un reportage de la BBC. Là où les tests ne sont pas remboursés, des passagers préfèrent dépenser 50 euros pour un faux affichant la non-présence du virus dans leur organisme plutôt que de payer le double sans avoir la certitude d’avoir un résultat négatif. La fraude est facile, car les compagnies aériennes n’ont aucun moyen de savoir si le papier qui est présenté n’est pas un faux. Qui peut croire qu’un tel trafic n’existe pas en France ?

Par ailleurs, même si un passager a véritablement fait un test avec un résultat négatif, cela ne veut pas dire qu’il n’est pas déjà contaminé. C’est ce que rapportent les nombreux cas de personnes qui ont choisi volontairement de se faire dépister quelques jours après leur arrivée à La Réunion, et qui ont appris qu’elles étaient déjà porteuses de la maladie dans l’avion, ce que le test pré-embarquement n’avait pas permis de signaler.
Enfin, pour faciliter les voyages vers La Réunion, il était même possible de recourir à un test moins fiable que le PCR, mais qui ouvrait le même droit d’embarquer.

Les conditions de la catastrophe

Par conséquent, ce sont donc 200.000 personnes à l’état sanitaire inconnu qui ont débarqué pendant la période des fêtes à La Réunion. Aussitôt sorties de l’aéroport, elles pouvaient se rendre dans un des centres commerciaux proches de l’aéroport. Dans un rayon de 10 kilomètres, 4 centres pouvaient accueillir entre plus de 2.000 et près de 4.000 personnes. Comment imaginer qu’avec l’autorisation d’un tel brassage, de nouvelles chaînes de contamination parties d’un de ces 200.000 passagers n’aient pas émergé ?
Il ne faut pas perdre de vue que la France est un des pays les plus contaminés dans le monde par la COVID-19. Près d’un an après le premier cas officiel, déjà plusieurs dizaines de milliers de personnes y sont mortes, et le virus y est devenu largement endémique.
Dans ces conditions, laisser venir d’un pays aussi peu sûr 200.000 personnes, selon le chiffre de Dominique Voynet, n’est-ce pas créer les conditions de la catastrophe ?

Responsabilité ?

Après coup, il est scandaleux de rendre une fois de plus responsable les Réunionnais en affirmant que l’épidémie est une épidémie de cas autochtones.
Deux mois après ce rush de touristes vers La Réunion, sa population est soumise à un couvre-feu. Tout ceci va encore lourdement hypothéquer les chances de reprise d’une activité normale. Pourtant, tout près de nous, l’île Maurice est dans une situation totalement différente, car ce sont les Mauriciens qui ont la responsabilité de décider de la fermeture ou pas de la porte d’entrée de toutes les épidémies : l’aéroport. Dans le Pacifique, les habitants de Kanaky-Nouvelle Calédonie et de Polynésie ont aussi la même possibilité que les Mauriciens, alors qu’ils vivent dans des collectivités de la République, comme La Réunion.

M.M.



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  • Vous faites un raisonnement sur la base d’une déclaration de madame Voynet. Cela signifie que vous prenez ses chiffres pour vrais. Êtes-vous sûr que c’est le vrai nombre de voyageurs touristiques recensés en décembre ? Sinon, à quoi sert votre démonstration si elle s’appuie sur des chiffres approximatifs ? Faut arrêter de tenter de faire croire que des, j’ai écrit « des » et non pas « les », réunionnais, comme des mahorais, ne sont pas en partie responsables de l’aggravation de l’épidémie.

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