La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République française comme La Réunion
5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
23 novembre 2015

Mesdames, Messieurs,
L’abus d’alcool est un important problème de santé publique dans notre région. Personne parmi vous ne peut ignorer la souffrance et la détresse des nombreuses familles réunionnaises concernées par l’alcoolisme d’un proche.
Aujourd’hui les alcools produits localement bénéficient d’une importante exonération d’octroi de mer interne. Ce régime de faveur rend possible la commercialisation de boissons très fortement alcoolisées à des prix très bas. Cette exonération est de l’ordre de -50 % pour un produit comme le rhum. Est-il normal de trouver dans le commerce un litre de rhum titrant 49° à moins de 7 euros ? Un tarif comme celui-ci est une incitation, un encouragement à la consommation. Un produit équivalent, contenant une telle quantité d’alcool ne pourrait être commercialisé à moins de 14 euros sur le reste du territoire national.
L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) ainsi que de nombreuses études scientifiques nous montrent que l’augmentation du prix des boissons alcoolisées est l’un des moyens les plus efficaces pour réduire l’usage nocif de l’alcool [1].
La santé ne relève pas directement des compétences de la Région mais en vous engageant à taxer davantage ces produits en fonction de leur titre alcoolique vous avez la possibilité de mettre fin à une grave inégalité dont est victime la population réunionnaise. La Région ne peut continuer à se faire le complice indirect d’une incitation à l’abus d’alcool alors que notre population est si durement frappée par les ravages de l’alcoolisme. Car la réalité est la suivante : La Réunion se situe aujourd’hui aux premières places nationales pour ce qui concerne la mortalité liée à l’abus d’alcool [2].
Nous vous demandons de vous positionner et de vous engager clairement sur ce sujet. La Constitution française garantit à ses citoyens la protection de la santé (article 11) et l’égalité des droits. En modifiant les conditions de l’octroi de mer sur les alcools produits localement, vous avez la possibilité de protéger davantage la santé de la population réunionnaise et de réparer une importante inégalité. Vous pourriez également envisager de consacrer ces recettes au renforcement des actions de prévention des conduites addictives qui demeurent insuffisantes dans notre région.
La protection de la filière canne-sucre-rhum ne devrait pas se traduire par la distribution massive d’alcools bas de gamme aussi facilement accessibles à des prix défiants toute concurrence. Ces alcools ruinent la santé d’une part conséquente de notre population. De plus, le coût financier et social de l’alcool est bien plus important que ses bénéfices pour notre société [3]. Il faut aujourd’hui encourager la production de produits orientés vers l’export et la haute qualité. Le sacrifice de la santé des réunionnais pour la défense d’intérêts bassement mercantiles est devenu insupportable à un nombre croissant de nos concitoyens qui orienteront leur vote vers celles et ceux qui s’engageront à protéger la population.
Dr David Mete, pour la Fédération Régionale d’Addictologie de La Réunion (FRAR)
Rapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
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