Santé

Lutte contre la COVID-19 : Madagascar rappelle à l’Occident que la solidarité est inscrite dans l’humanité

Quand quelques pays riches s’accaparent plus de la moitié des futurs vaccins, Madagascar a donné gratuitement un remède contre le coronavirus

Manuel Marchal / 19 septembre 2020

Le monde traverse une période de crise qui permet aux différents régimes de révéler leur nature profonde. Un petit groupe de pays riches a d’ores et déjà accaparé plus de la moitié des futurs stocks de vaccins contre la COVID-19, tandis que Madagascar a mis à disposition gratuitement des dizaines de milliers de tisanes Covid-Organics livrées dans une vingtaine de pays d’Afrique. Entre la prédation des régimes occidentaux et la solidarité exprimée par un pays en développement pour sauver des vies menacées par le coronavirus, il existe un fossé. Madagascar ne rappelle-t-il pas à l’Occident que le fondement même de la nature humaine repose sur la solidarité, un principe qui a permis à notre espèce de survivre à toutes les catastrophes qui ont touché la Terre depuis plus de 200.000 ans.

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Jeudi, l’ONG Oxfam a révélé le résultat significatif d’une enquête : un petit groupe de pays riches représentant 13 % de la population mondiale a déjà mis la main sur plus de la moitié des futurs stocks de vaccins contre la COVID. Autrement dit, l’Ancien monde reste guidé par le capitalisme qui repose sur la prédation des richesses humaines et naturelles de la planète au profit de quelques-uns. 500 ans après que la grande majorité de la population du Nouveau Monde fut exterminée en quelques décennies par des virus inconnus pour eux apportés par quelques milliers d’Européens, l’espèce humaine est confrontée à une pandémie. Et là encore, la prédation occidentale s’accomplit au vu et au su de tous, sans que cela émeuve outre mesure l’opinion publique telle que présentée au travers du prisme des médias occidentaux.

Remède malgache donné à plus de 20 pays

Sur l’utilisation ou pas d’un vaccin, la question fait débat. Mais si l’on considère le vaccin en tant que remède contre la COVID-19, alors il existe des données permettant de comparer l’attitude de l’ancien monde à celle d’un pays en développement.
Au début de l’épidémie de coronavirus, le gouvernement de Madagascar a soutenu la recherche autour de l’artemisia et d’autres plantes médicinales. L’IMRA, Institut fondé par Albert et Suzanne Rakoto Ratsimamanga, a réussi à mettre au point un remède amélioré, en suivant les recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé pour ce type de produit : le COVID-Organics.
Le remède fut rapidement mis en production et diffusé à Madagascar. Il fit également l’objet de l’intérêt d’autres pays où la médecine traditionnelle n’a pas été réduite au silence par la puissance de l’industrie pharmaceutique étrangère. La politique de Madagascar a été la suivante : offrir 10.000 doses de tisanes COVID-Organics pour chaque pays venant en prendre livraison à l’aéroport d’Ivato, ainsi qu’un autre chargement destiné à la diaspora malgache vivant dans ce pays. Une vingtaine d’Etats africains ont été concernés par ces dons. Par ailleurs, Madagascar compte développer une industrie pharmaceutique sur la base des recherches effectuées sur la pharmacopée traditionnelle. Un médicament injectable est en phase de test clinique, il est candidat au « Solidarity Trial », un concours sous l’égide de l’OMS visant à trouver un vaccin contre la COVID-19 puis de le diffuser à grande échelle.

L’OPA de l’Occident sur les vaccins

L’Occident est bien loin de ses préoccupations, il a fait l’OPA sur la recherche des laboratoires privés, s’apprêtant à rejouer le scandale des médicaments contre le VIH-SIDA. Les premiers ARV étaient vendus à prix d’or, y compris pour les pays en développement. Ceci a immanquablement créé une pénurie, empêchant la majorité des patients d’accéder à un traitement qui aurait pu leur sauver la vie. Le bilan est éloquent, avec plus de 30 millions de morts du SIDA dont l’essentiel dans les pays en développement.
Une période de crise permet de faire ressortir plus facilement la réalité d’un régime, un simple virus est en train de montrer qu’un vieux fond datant d’un demi-millénaire persiste chez les dirigeants de l’Occident. Un vieux fond qui renvoie à une époque où l’Occident appelait science et religion à son secours pour justifier les massacres commis dans le Nouveau Monde et en Afrique. Ce vieux fond qui s’est brutalement réveillé est le sentiment de supériorité, idéologie de l’expansion coloniale occidentale. Sinon comment expliquer cette inégalité qui passe comme une lettre à la Poste : à lui seul, un habitant du Royaume-Uni, ancienne Métropole, a la certitude de disposer de 5 doses de vaccin, tandis que dans le même temps 9 habitants du Bangladesh, ancienne colonie du Royaume-Uni, doivent se partager une seule dose de vaccin, indique l’étude d’Oxfam.

Remèdes héritages d’une biodiversité préservée

Alors que le monde traverse une période charnière, le message venu de Madagascar repose à l’Occident la question de fond : quel est le comportement le plus humain à adopter dans une telle crise ? L’Occident renvoie encore l’image de l’éternel prédateur, alors que fondamentalement, l’espèce humaine vit en harmonie avec la nature. Garder cette harmonie, tel était le défi quotidien de la totalité de l’espèce humaine pendant la majorité de son histoire, et pour survivre, la seule issue était la solidarité. Il fallait préserver l’équilibre, et donc être solidaire non seulement de ses proches, mais aussi de la flore et de la faune en y prélevant l’essentiel avec précaution.
Le capitalisme a accéléré la perte de cet équilibre, l’Occident a été pionnier dans ce domaine avec à la clé un anéantissement de sa biodiversité. Mais il existe encore des espaces où la gestion raisonnée a permis de préserver une riche biodiversité. C’est notamment le cas à Madagascar et dans l’archipel voisin des Mascareignes dont fait partie La Réunion. Cette biodiversité a permis à Madagascar de développer un remède qui a ensuite été partagé gratuitement avec les États qui le désiraient.

Solidarité caractéristique de l’espèce humaine

La traduction d’un tel fait, c’est qu’il n’est pas question de prédation mais de partage, de solidarité. Ce n’est pas la compétition guidée par l’esprit de la loi du plus fort, mais le renforcement des liens pour relever un défi commun : sauver des vies menacées par le coronavirus.
Ainsi Madagascar rappelle à l’Occident que le fondement même de la nature humaine repose sur la solidarité, un principe qui lui a permis de survivre à toutes les catastrophes qui ont touché la Terre depuis plus de 200.000 ans.

M.M.