Santé

Mort d’une fillette de 10 ans

Nouvel épisode tragique dans l’épidémie de chikungunya

Témoignages.re / 22 février 2006

Tricia, 10 ans, est décédée ce lundi 20 février d’une méningo-encéphalite alors qu’elle était hospitalisée en réanimation pédiatrique au CHD de Bellepierre. La petite fille présentait les symptômes de la maladie de chikungunya depuis une semaine.

Des examens cliniques sont en cours afin de déterminer si les causes de la mort de la jeune bénédictine Tricia, décédée avant hier matin sont dues au virus du chikungunya. L’information a été annoncée hier par l’Agence régionale d’hospitalisation (ARH) de La Réunion.
C’est le jeudi 16 février que la fillette a été reçue au service réanimation pédiatrique du CHD de Bellepierre. Le Docteur Jean-Luc Alexandrini, responsable du service, a retracé hier les quelques jours d’hospitalisation de la petite fille : "Lors du bilan d’entrée, nous avons eu la mise en évidence d’une méningite sans germe bactérien. Des antibiotiques et des médicaments anti-viraux lui ont été administrés. Au fil des jours, nous avons eu une évolution péjorative de la situation et les résultats du scanner cérébral étaient mauvais".
Toujours selon le docteur Alexandrini, l’enfant aurait présenté un œdème cérébral le 19 février avant de succomber à un arrêt cardiaque le lendemain.

Comme Dylan

Tricia avait contracté le virus du chikungunya depuis une semaine, elle avait d’abord été soignée à domicile. Du paracétamol lui avait été prescrit pour soulager douleurs, fièvre et maux de tête. Une amélioration passagère de son état de santé lui avait d’ailleurs permis de retourner à l’école les 13 et 14 février. Une rémission de courte durée puisque 2 jours après l’enfant été hospitalisé dans un état préoccupant.
La famille n’a pas souhaité qu’une autopsie soit effectuée.
Le directeur de l’ARH, Antoine Perrin, a déclaré : "une enquête sérologique est en cours afin de déterminer le lien direct avec le virus du chikungunya, les résultats définitifs seront connus dans une quinzaine de jours".
Ce cas s’apparente à celui du petit Dylan, qui lui aussi ne présentait aucune pathologie particulière : "nous avons en effet la même configuration, Dylan a lui aussi succombé à une méningo-encéphalite mais de façon plus brutale".
Rappelons que selon les chiffres officiels, 110.000 personnes sont atteintes de la maladie à La Réunion.


La peine et la colère de la famille Nalem

Sitôt informé du décès de la jeune Tricia Nalem, âgée de dix ans, notre camarade Gilbert Ramin s’est rendu hier au domicile de ses parents, dans la cité Labourdonnais, en ville de Saint-Benoît. Un endroit qu’il connaît bien puisque ce quartier a fait partie de sa tournée de facteur pendant une trentaine d’années.
Le responsable de la section communiste de Saint-Benoît a présenté ses condoléances et toute sa sympathie à la famille, qui terminait sa veillée mortuaire avant les obsèques de Tricia célébrées hier après-midi en l’église bénédictine. La peine de tous les proches de la défunte était immense. D’autant plus qu’ils ne comprenaient pas ce qui s’était passé et que personne ne leur a expliqué les causes réelles de ce drame.
La famille a reçu le soutien de nombreuses personnes, en particulier les habitants du quartier et les élèves de la classe de Tricia à l’école primaire de Girofles, accompagnés de leur professeur et du directeur de l’établissement que fréquentait la jeune fille, M. Langevilliers.
En plus de sa peine, la famille de Tricia a fait part à Gilbert Ramin de sa colère parce qu’elle a le sentiment qu’on ne lui a "pas dit la vérité" et que l’on "n’a pas fait tout ce qu’il fallait pour sauver Tricia de la mort".
Et de raconter à Gilbert Ramin le film des événements : Tricia est tombée malade mercredi soir, elle souffrait d’un mal de tête. Les douleurs étant persistantes et plus fortes jeudi matin, ses parents ont emmené l’enfant chez le docteur Say Liang Fat de Saint-Benoît.

Une crise de convulsion

Après avoir vu l’état de la malade, le médecin l’a tout de suite fait hospitaliser à la clinique de Saint-Benoît. Mais comme le scanner était en panne, elle a été aussitôt transférée au CHD de Bellepierre à Saint-Denis, où elle a été mise sous surveillance dans le service de pédiatrie. En raison de son état de faiblesse, elle a été perfusée avec du sérum. Devant la suspicion de méningite, elle a subi un examen au scanner ; mais celui-ci n’a rien donné.
Dans la nuit de dimanche à lundi, elle a eu une crise de convulsion. Cependant, lundi matin à 4 heures, lorsque la famille a appelé pour avoir des nouvelles de Tricia, on lui a dit qu’il n’y avait rien de particulier et qu’elle allait bien, mais de venir la voir quand même. Et lorsque la famille est arrivée à l’hôpital, elle a vu que la fillette était en train de mourir. Le décès est survenu lundi vers midi.

Ne dites rien à la presse

Bien sûr, la tristesse de tous les proches était terrible après cette mort inexpliquée. Mais hier midi, soit seulement vingt-quatre heures plus tard, le CHD a appelé la famille pour lui dire que Tricia est décédée du chikungunya. Et d’ajouter : ne dites rien à la presse, laissez le docteur parler.
Devant ces faits, tels qu’on les lui a rapportés, Gilbert Ramin dit "comprendre le sentiment de colère et de révolte des parents de Tricia et de tous ses proches". Il leur a exprimé sa "solidarité dans leur demande que toute la vérité soit faite sur la perte de leur petite".

L. B.


Mauvaises conditions sanitaires dans une école

Plusieurs personnes de Saint-Benoît ont alerté “Témoignages” pour dénoncer les mauvaises conditions sanitaires qui règnent dans l’école primaire du Petit Saint-Pierre et qui favorisent l’extension du chikungunya. Une école qui accueille 325 élèves.
Selon ces personnes, depuis un bon moment, il n’y a plus d’employé communal pour assurer l’entretien et la propreté de cette école. Au point qu’une charogne de volaille gît depuis plus d’une semaine sur le toit des toilettes des garçons. Par ailleurs, des herbes envahissent une classe.
La Mairie de Saint-Benoît a déjà été alertée sur ces problèmes à plusieurs reprises. En vain.
Hier après-midi, des enseignants et des parents d’élèves se sont réunis pour demander ensemble que le nécessaire soit fait par la commune afin d’améliorer les conditions sanitaires dans cet établissement. Ils ne comprennent pas que les autorités demandent aux gens de se mobiliser pour nettoyer leur lieu de résidence et qu’en même temps, ces mêmes autorités ne font pas le nécessaire dans les établissements publics qui relèvent de leur responsabilité.

L. B.