Les questions du temps présent
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Pour protéger la santé et l’environnement
4 mars 2006

Un ingénieur du ministère canadien du Développement durable fait part de ses réactions suite à un article dans le journal “Témoignages” à propos du fénitrothion. Il explique l’ampleur des ravages de ce produit, et note que lorsqu’il passe dans le sol, le fénitrothion se transforme et son produit de dégradation ’présente une toxicité aiguë environ 10 fois supérieure à celle du fénitrothion’. Pour cette raison, et beaucoup d’autres expliquées ci-après, le produit utilisé pour la démoustication est le Bti au Canada. Les intertitres sont de ’Témoignages’.
J’ai pris connaissance par Internet d’un article publié dans l’édition du journal “Témoignages” du lundi 20 février 2006 à propos d’une personne qui dénonce l’utilisation du fénitrothion pour lutter contre les moustiques. Mon témoignage vient appuyer cette contestation et faire connaître la situation de cet insecticide au Canada et particulièrement au Québec. Je travaille depuis 18 ans au ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs du Québec (une province du Canada) au Service des pesticides pour les milieux forestier et aquatique.
Au Canada, tout pesticide mis en marché doit respecter les exigences de la Loi sur les produits anti-parasitaires administrée par le gouvernement du Canada au ministère de la Santé. Cette loi exige que tout pesticide passe par un processus, qu’on appelle processus d’homologation, qui permet de connaître les impacts sur la santé et sur l’environnement reliés à l’utilisation d’un pesticide. Le fénitrothion a fait l’objet d’une évaluation et un document a été produit.
Fénitrothion : 3 grammes tuent
Les conclusions rapportées dans ce document, disponible par Internet sur le site de l’Agence responsable de cette homologation, confirment les appréhensions soulevées dans l’article de “Témoignages”. Ce produit est interdit d’application en milieu résidentiel et n’est homologué (ou permis) qu’en milieu forestier sur des insectes particuliers et respectant des mesures de mitigation importantes. Par exemple, la dose maximale est fixée, on doit respecter 200 mètres des habitats aquatiques et les travailleurs qui ont des contacts importants avec le feuillage après le traitement doivent porter des gants et une combinaison pendant un mois après l’application. On apprend qu’une mortalité chez l’humain est possible à des doses d’à peine 3 grammes et que le produit de dégradation du fénitrothion, le fenitrooxone, présente une toxicité aiguë environ 10 fois supérieure à celle du fénitrothion.
Voir le document sur ce site Internet de l’Agence de Réglementation de la lutte antiparasitaire :
http://www.pmra-arla.gc.ca/francais/pdf/pacr/pacr2003-08-f.pdf
Au Québec, le fénitrothion a été utilisé largement pour lutter contre un insecte ravageur des forêts dans les années 1970 à 1985, la tordeuse des bourgeons de l’épinette. Suite à des audiences publiques sur ces traitements, l’utilisation du fénitrothion a été bannie en forêt contre cet insecte depuis 1987 et a été remplacée par le Bacillus thuringiensis var. kurstaki.
Remplacé par le Bti depuis 19 ans
Pour la lutte contre les moustiques pour des raisons de nuisance ou récemment pour des raisons de protection de la santé publique (le virus du Nil occidental), le Québec s’est tourné vers l’utilisation de larvicides et particulièrement du Bacillus thuringiensis var. israelensis (Bti). Leurs utilisations nécessitent en plus un certificat d’autorisation du ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs. Le document en référence sur le Bti dans l’article “Témoignages” est disponible sur le site Internet du ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs. Il a été produit par deux professeurs de l’Université du Québec à Trois-Rivières reconnus pour leur expertise dans la lutte contre les insectes piqueurs et leur connaissance sur le Bacillus thuringiensis var. israelensis. Une simple comparaison entre le document sur l’évaluation du fénitrothion et celui produit par ces deux chercheurs devrait convaincre quiconque sur le choix du produit à utiliser contre les moustiques.
Le document sur le Bacillus thuringiensis var. israelensis et le contrôle des insectes piqueurs au Québec est disponible à cette adresse :
http://www.mddep.gouv.qc.ca/pesticides/virus-nil/bti/index.htm
Il est vrai cependant que je ne connais pas toute la problématique entourant le choix du fénitrothion pour l’Île de la Réunion et que certains paramètres pourraient influencer le choix de l’insecticide à utiliser. Reste qu’au point de vue strictement environnemental et de la protection de la santé humaine, le choix est facile.
Bien à vous,
Jean-François Bourque, ingénieur forestier
Ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs du Québec
Service des pesticides
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