Cameroun

Propager l’information contre le sida

7 août 2008

Dans l’ouest du Cameroun, des animateurs relais, formés par une association de femmes, expliquent aux villageois les risques de certaines pratiques très répandues comme la scarification et les autopsies traditionnelles ou le lévirat.

Ambiance studieuse, ce samedi de fin juin, à l’école publique de Bamessingue ville, à plus de 300 km au nord de Douala, dans la province de l’Ouest. Une vingtaine de spectateurs, dont quelques adolescents, suivent attentivement des exposés sur le VIH/sida. Sélectionnés dans les villages voisins, ils sont guérisseurs, ménagères, infirmiers, enseignants, cultivateurs, élèves, etc. Les questions fusent : « Pourquoi le moustique ne transmet-il pas aussi le sida ? » « Ne peut-on pas se servir du singe ou du moustique pour trouver un vaccin ? », André Lontsi, l’un des formateurs, répond en substance : « Retenez que le sida ne peut être transmis que par les différentes voies (sanguine, sexuelle, de la mère à l’enfant, Ndlr) que je vous ai présentées tantôt. » Il ajoute que les scientifiques ne négligent aucune piste pour découvrir un jour un vaccin.
Initiés par l’Association femmes et développement Bamessingue de Yaoundé (AFDB), ces séminaires visent à former des animateurs qui, à leur tour, en formeront d’autres dans les différents villages. L’accent est mis sur l’étroite relation entre certaines pratiques traditionnelles, comme les scarifications et les autopsies, et la propagation du virus. L’autopsie villageoise consiste à disséquer le corps d’un défunt, afin de rechercher la cause mystique du décès.
« Le département des Bamboutos compte parmi les plus touchés par la pandémie à cause de ces pratiques », explique Joséphine Pimagha, porteuse de ce projet SAVV (Scarification, autopsies villageoises et VIH/sida), soutenu par l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et le ministère français des Affaires étrangères, dans le cadre du projet Promotion de la culture scientifique et technique (PCST).

« À pas mesurés »

À l’école publique de Bamessingue, le deuxième exposé du jour déchaîne les passions. « Vous semblez dire que ces pratiques doivent être stoppées et proscrites », lance François Saah, un participant, « pourtant vous dites aussi que notre rôle sera d’amener les gens à comprendre les dangers qu’ils encourent, afin qu’ils prennent des dispositions pour éviter de s’infecter ou de propager des maladies. Il y a là comme un paradoxe ! » Joséphine Pimagha explique la démarche : « Les réticences des chefs de village et des gardiens de la tradition nous ont obligés à revoir nos intentions. Ces pratiques sont si ancrées dans nos traditions qu’il faut s’y attaquer à pas mesurés. » L’objectif est, qu’une fois conscients des risques, les gens s’y opposent d’eux-mêmes et cessent de solliciter les scarificateurs et les praticiens des autopsies villageoises.
Honorine Ekonso, une institutrice, suggère d’orienter ceux qui vivent de ces pratiques vers d’autres activités génératrices de revenus puisqu’ils en retirent pour l’instant des gains substantiels : 30.000 à 50.000 Fcfa (45 à 75 euros) à chaque autopsie. Une idée retenue par l’AFDB, qui promet de l’intégrer à de prochaines activités.

Vers le grand public

En attendant, les formations continuent. « Nous avons observé la même soif de connaître et de partager dans les quatre sites retenus dans ce département. Nous avons formé quarante animateurs qui en formeront à leur tour vingt autres par village », se réjouit Joséphine Pimagha. Tous ont désormais la lourde tâche de faire comprendre aux populations qu’utiliser une même lame sur plusieurs personnes et manipuler du sang sans protection favorisent la contamination par le VIH. Autre pratique à risques : le lévirat, une coutume qui consiste à prendre en secondes noces l’épouse de son frère décédé, sans que les deux conjoints aient fait auparavant un test de dépistage.
La non-croyance en l’existence du virus continue également de faire des ravages. Encore aujourd’hui, certains persistent à ironiser sur le « système imaginé pour décourager les amoureux » ou à croire que la maladie résulte d’un sort jeté par un sorcier ! C’est dire l’importance de la sensibilisation à plus grande échelle, qui devrait commencer mi-août par des séances publiques dans les marchés et sur les places des fêtes dans les villages. Des prospectus seront distribués et des films diffusés. On jouera également des pièces de théâtre, avant de faire du porte-à-porte.

Charles Nforgang, syfia.info


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