La Réunion face au désespoir

Quand le système néocolonial mine la santé mentale des Réunionnais

11 octobre 2025, par Manuel Marchal

À l’occasion de la Journée internationale de la santé mentale, les chiffres publiés par Santé Publique France résonnent comme un cri d’alarme pour La Réunion. En 2023, 83 personnes ont mis fin à leurs jours sur l’île, un nombre en augmentation, touchant surtout les hommes et les tranches d’âge actives, entre 25 et 64 ans. Derrière ces statistiques se cache une réalité sociale douloureuse : un pays rongé par le sous-développement, le chômage de masse et l’absence d’horizon pour une jeunesse en quête de sens.

Depuis des décennies, le système économique imposé à La Réunion perpétue une dépendance structurelle à la France. Cette logique néocoloniale maintient de nombreux compatriotes dans un état d’assistanat et de précarité : les emplois stables sont rares, les salaires souvent inférieurs à la moyenne française, et les perspectives professionnelles s’effritent. Pour beaucoup, l’émigration devient la seule voie d’avenir, laissant derrière eux un vide social et affectif profond.

Dans ce contexte d’inégalités, la santé mentale s’effondre. En 2024, près de 5 % des Réunionnais ont admis avoir eu des pensées suicidaires, et plus de 900 passages aux urgences ont été recensés pour tentatives de suicide ou automutilations, surtout chez les jeunes filles. Ce chiffre dramatique traduit un désespoir collectif : celui d’une population confrontée à la marginalisation, à la perte de repères et à un sentiment d’abandon institutionnel.

Les mécanismes d’aide existent — le numéro national 3114, le dispositif VigilanS — mais ils peinent à répondre à une souffrance enracinée dans des inégalités historiques. Tant que La Réunion restera prisonnière d’un système importé, dépendant et injuste, la crise de la santé mentale continuera d’être le miroir d’un mal plus profond : l’impasse du néocolonialisme

M.M.

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