La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République française comme La Réunion
5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
Tribune libre
9 juillet 2014

Dans la suite de sa tribune libre sur la gratuité des soins en santé mentale, le Dr. J.F. Reverzy explique que psychanalyse et psychiatrie ne sont pas les premiers recours en cas de souffrance psychique à La Réunion, et apporte un éclairage sur la pratique anargyre.
Serait ce le tiers–Etat ? Il n’est pas certain que chaque patient conscientise la solidarité nationale, quand il franchit le seuil d’un cabinet. Tout au plus perçoit il une sorte de droit inaltérable qui lui évite de s’engager dans le processus thérapeutique et de donner une contribution personnelle.
Les populations immigrées venues de régions voisines sous développées médicalement sont les premières à ressentir cet accès comme un don de l’Etat français.
La souffrance psychique, à La Réunion comme ailleurs, cherche surtout d’autres recours et d’autres voies en première instance : religieuses, parapsychologiques et autres : voyantes, guérisseurs et devineurs, médiums, prêtres, fundis, pusaris ou imans seront les premiers consultés. Ils sont légions. Hormis les prêtres, la plupart d’entre eux ne pratiquent pas la gratuité et s’ils le font, il est souvent question de dons parallèles. Leurs tarifs, non discutés, peuvent être exorbitants quelquefois. Le médecin ou le psy gratuit le matin, le devineur ou le marabout à 100 euros et plus le soir.
Le tiers est ici le Bondié et c’est le patient qui paye.
L’Eglise chrétienne et surtout en Orient et en Russie, vénère les Saint dits anargyres : Come et Damien, Cyr et Anaclet, Agapet et Pantalaléon, Hermolaus etc. Anargyres, car aux premiers temps du christianisme, ils pratiquaient la médecine et la pratiquaient gratuitement. Ils furent persécutés et même dénoncés quelquefois par des confrères jaloux aux autorités païennes de l’Empire et martyrisés. Leur don de soi, dans la gratuité de leurs soins, se faisait au nom de la charité et de l’identification, au Christ guérisseur. C’est bien là la seule gratuité qui prenne du sens. Cette position, si on la généralise sur un mode laïc, n’implique que le thérapeute lui même et son patient. La pratique anargyre est un idéal personnel du thérapeute, un don de soi propre au sacerdoce médical. Un réseau médical présidé par Georges Federman, grand défenseur des roms et éminent psychiatre du Bas Rhin, organise ainsi dans ce département frontalier une aide médicale gratuite et illégale aux sans papier, par conviction politique et par compassion.
C’est dire que la pratique du tiers Payant généralisé, si elle se justifie dans les soins primaires, ne peut donc être que relativisée en terme de médecine mentale ou de psychothérapie ; Elle ne saurait devenir une position de principe : Elle doit s’adapter à chaque cas de figure. Dans tous les cas, l’argent ne doit pas être un écran ou un obstacle à l’engagement d’une psychothérapie, tout autant que la gratuité.
Dr J.F. Revezy, psychanalyste
Psychiatre honoraire des hôpitaux
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