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Rapport mondial sur le paludisme 2023 : appel à une action concertée pour faire face aux menaces croissantes

Tribune du Dr Martin Lukindu, chercheur postdoctoral, Target Malaria, Uganda Virus Research Institute

vendredi 26 janvier 2024, par Dr Martin Lukindu


Le Rapport mondial sur le paludisme 2023 de l’Organisation mondiale de la santé, publié fin 2023, dresse un tableau inquiétant de la situation mondiale du paludisme en 2022. Malgré les efforts continus, le paludisme reste un défi de santé publique important, avec une incidence et une mortalité liées au paludisme plus élevées aujourd’hui qu’elles ne l’étaient avant le début de la pandémie de COVID-19. Ce scénario est exacerbé par l’impact croissant du changement climatique, qui, parallèlement à d’autres défis, menace d’annuler les progrès dans la lutte contre la maladie.


Par rapport à 2021, le rapport indique une augmentation des cas de paludisme dans le monde, qui ont atteint environ 249 millions en 2022. Les décès dus à la maladie dans le monde ont été estimés à 608 000, soit une augmentation de près de 6 % depuis 2019. Le fardeau toujours élevé du paludisme est particulièrement alarmant.
La région africaine a supporté de manière disproportionnée le poids du fardeau du paludisme en 2022, représentant 94 % des cas mondiaux de paludisme et 95 % de tous les décès dus au paludisme. Environ 78 % de ces décès sont survenus chez des enfants de moins de cinq ans. L’Ouganda fait partie d’un groupe de cinq pays, dont l’Éthiopie, le Nigeria, le Pakistan et la Papouasie-Nouvelle-Guinée, identifiés par le rapport comme représentant collectivement la majorité de l’augmentation des cas de paludisme dans le monde.

Changement climatique facteur critique

Le rapport de cette année met particulièrement l’accent sur le changement climatique en tant que facteur critique menaçant les progrès dans la lutte contre le paludisme. Les perturbations liées au climat, telles que les événements météorologiques extrêmes, ont exacerbé la propagation de la maladie. Par exemple, les inondations de 2022 au Pakistan ont entraîné une augmentation de plus de 2 millions de cas de paludisme, soulignant à quel point le changement climatique peut influencer directement la transmission du paludisme. Un autre exemple notable est l’expansion du paludisme dans les hauts plateaux africains, des régions auparavant moins touchées en raison de leur climat plus frais. De tels changements soulignent à quel point le changement climatique peut avoir un impact sur la dynamique de la transmission du paludisme et compliquer davantage les efforts visant à contrôler et éliminer la maladie.

Résistance aux insecticides et médicaments

Outre le changement climatique, d’autres défis menacent les efforts de lutte contre le paludisme. La résistance croissante aux outils de lutte disponibles, tels que les insecticides et les médicaments antipaludiques, reste une préoccupation croissante. Le rapport souligne également la menace posée par l’émergence et la propagation du moustique Anopheles stephensi en Afrique de l’Est, une espèce particulièrement apte à se reproduire en milieu urbain et très résistante aux insecticides. Ces facteurs, associés aux défis du système de santé et à un déficit de financement important — qui a atteint 3,7 milliards de dollars en 2022 — dressent le tableau d’une lutte contre le paludisme qui devient de plus en plus complexe.

Dans l’ensemble, malgré des efforts soutenus, le monde n’est toujours pas sur la bonne voie pour atteindre les objectifs de la Stratégie technique mondiale de l’OMS contre le paludisme 2016-2030. En 2022, il y a eu plus de 58 cas de paludisme pour 1 000 personnes à risque, soit plus du double du taux cible. De même, le taux mondial de mortalité due au paludisme s’élève à environ 14 décès pour 100 000 personnes à risque, soit plus du double de l’objectif d’un peu moins de 7.

Premier vaccin contre le paludisme

Malgré ces défis, des réalisations ont également été enregistrées. Les progrès récents incluent le lancement du premier vaccin contre le paludisme, RTS, S/AS01, et l’approbation par l’OMS d’un deuxième vaccin, R21/Matrix-M. En outre, le déploiement de nouvelles moustiquaires imprégnées d’insecticide à double ingrédient actif et la prévention élargie du paludisme chez les enfants à haut risque ont constitué des avancées cruciales offrant de nouvelles voies pour lutter contre la maladie.

Le rapport souligne que la voie vers l’élimination du paludisme nécessitera une approche globale et intégrée. Cela signifie accroître considérablement le financement et l’engagement politique pour soutenir la lutte contre la maladie. Cela signifiera également utiliser les données de manière stratégique et exploiter l’innovation pour développer de nouveaux outils de lutte contre le paludisme susceptibles de compléter les interventions existantes et de relever des défis croissants. Pour progresser, le rapport recommande que l’innovation se concentre sur le développement de produits plus efficaces et abordables, moins sensibles aux changements de température.

« S’unir contre le paludisme »

Comme l’a noté le directeur régional de l’OMS pour l’Afrique, le Dr Matshidiso Moeti :
« Pour avancer vers un avenir sans paludisme, nous avons besoin d’un effort concerté pour lutter contre ces diverses menaces qui favorise l’innovation, la mobilisation des ressources et les stratégies de collaboration. »

La lutte contre le paludisme, en particulier dans le contexte du changement climatique, exige un engagement renouvelé à développer des outils nouveaux et améliorés, à améliorer stratégiquement les stratégies d’intervention, à stimuler activement le financement et à faire progresser la recherche. Aujourd’hui plus que jamais, il est temps de s’unir contre le paludisme, en mettant davantage l’accent sur l’innovation et la collaboration, en Afrique et dans le monde.

Dr Martin Lukindu


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