Santé

Réunionnais bloqués en France : Paris doit assumer et non mépriser

Embarquements impossibles faute de résultats de test de dépistage COVID-19 rendus en moins de 72 heures

Manuel Marchal / 18 septembre 2020

De nombreux Réunionnais candidats au retour dans leur pays subissent les conséquences de la pénurie de moyens pour les tests de dépistage et ne peuvent pas embarquer dans le vol prévu ce qui entraîne des conséquences dramatiques. Cette situation découle d’une politique mise en œuvre à La Réunion et dans d’autres pays ayant le statut de « département d’outre-mer » : l’intégration et l’assimilation à la France avec pour effet le non-développement du pays et le chômage de masse qui en découle, l’exil d’une bonne partie de la jeunesse vers la France depuis 50 ans et un pont aérien transportant plusieurs milliers de personnes dans les deux sens chaque jour. Il a suffi d’un simple virus pour désorganiser ce système bien huilé. Responsable de cette situation, Paris doit assumer et non pas mépriser.

JPEG - 72.1 ko
Image Réunion Première.

Mardi à l’Assemblée nationale, le député Philippe Naillet a posé une question au ministre de la Santé au sujet de Réunionnais voulant rentrer dans leur île mais qui subissent des difficultés à cause du protocole sanitaire. Tout passager voulant venir dans notre île doit présenter un résultat négatif à un test de dépistage datant de 3 jours : « il convient également de reconnaître un manque criant d’anticipation sur l’ensemble de la chaîne. Ces dernières semaines, les délais d’obtention d’un rendez-vous puis des résultats se sont grandement allongés. En région parisienne, certains laboratoires ne garantissent plus la réception des résultats du test avant sept jours. Par ailleurs, des cas de fraude au récépissé ont déjà été constatés. Il s’agit d’un véritable parcours du combattant car, sans résultat, l’accès au vol est interdit, et commence alors le début de la galère.
Cette situation, vécue par des centaines d’ultramarins ces derniers jours, entraîne des frais supplémentaires non prévus en hébergement et pour l’achat ou la modification de billets. Des familles doivent parfois aller jusqu’à s’endetter. Certaines d’entre elles, comprenant des enfants, subissent parfois une attente de plusieurs jours dans un hall d’aéroport. Cette difficulté majeure, qui n’est pas acceptable, remet bien sûr en cause l’application pratique de votre décret, pourtant nécessaire à la maîtrise de l’épidémie dans nos territoires ».

Voici un extrait de la réponse d’Olivier Véran, ministre de la Santé : « Vous connaissez la liste des personnes aujourd’hui prioritaires pour accéder aux tests. Il s’agit des personnes présentant des symptômes du covid-19, des cas contacts de malades avérés, des personnels soignants et des aides à domicile qui peuvent être en contact direct avec des personnes vulnérables. Nous ne pouvons pas élargir cette liste aux personnes amenées à voyager ».

La puissance de l’assimilation à la France

La position du ministre indique donc qu’aucun aménagement n’est possible. Cette position s’appuie sur le principe de l’assimilation de La Réunion à la France. La Réunion est un département français, donc pour Paris, ce sont les mêmes lois qui s’y appliquent, même si des adaptations sont possibles, à condition qu’elles viennent de Paris.
Cette assimilation est inscrite même dans la langue parlée à La Réunion, avec quelques mots ou expression traduisant la victoire idéologique de cette politique. Ainsi, au lieu de dire que l’on voyage en dehors de La Réunion, il est commun de dire que l’on est « hors département ». De la même manière, c’est le mot « Métropole » qui est utilisé pour désigner la France, et « métropolitains » pour nommer ses résidents.

Exil organisé de la jeunesse réunionnaise en France

L’assimilation a facilité la politique de non-développement de La Réunion. Cette politique visait à organiser l’exil de la jeunesse réunionnaise au profit du développement de la France des « 30 Glorieuses » qui avait besoin d’une main d’œuvre immigrée bon marché. Cet exil avait aussi pour but d’éloigner de La Réunion ses forces vives, jugées susceptibles d’adhérer aux idées du Parti communiste réunionnais. C’était l’époque de la Guerre Froide, et La Réunion abritait une antenne de guidage des bombardiers de l’US Air Force patrouillant en permanence chargés de bombes atomiques. C’était également la période de la répression des forces démocratiques, par la violence et la fraude électorale organisée en haut lieu.

Pont aérien de 10.000 kilomètres

Cette politique vise donc à intégrer La Réunion à un autre pays distant de plus de 10.000 kilomètres. La démocratisation du transport aérien va alors entraîner un renforcement du lien, allant même jusqu’à la mise en place de dispositifs dit de continuité territoriale entre 2 pays séparés par le continent africain. Avec une fréquence de 30 allers-retours hebdomadaires, cela signifie que chaque semaine, plus de 12.000 personnes quittent La Réunion, pour un nombre équivalent d’entrées. Ce pont aérien de 10.000 kilomètres concerne en moyenne chaque semaine l’équivalent de 3 % de la population de La Réunion.
Ce trafic s’explique par une forte émigration réunionnaise car quasiment chaque famille a désormais au moins un parent vivant en France. Il découle aussi de l’intégration économique et administrative à la France, avec d’importants transferts de main d’œuvre.

L’impasse de l’assimilation encore démontrée

Il a suffi d’un simple virus pour désorganiser ce système bien huilé. En conséquence, de nombreux Réunionnais sont piégés. Philippe Naillet évoque des conditions de vie typiques de celles qui sont imposées aux réfugiés, à savoir patienter des journées dans des halls d’aéroport ou s’endetter pour dormir dans des conditions dignes. Cette situation n’émeut pas le gouvernement français qui manifestement à d’autres priorités.
Elle est pourtant le résultat d’une politique que la France décline depuis plus de 50 ans à La Réunion : l’intégration et l’assimilation.

M.M.