Les questions du temps présent
21 juillet, parCeux qui n’ont que la France comme horizon indépassable tournent en rond
Di sak na pou di
13 mars 2006

Les médias du 9 mars font état des résultats de l’enquête de séroprévalence du virus du chikungunya. Les experts affirment sans états d’âme que "c’est un outil largement utilisé qui nous permet d’avoir une bonne représentativité de la population adulte" (J.-P. Boutin) ou que "l’enquête ne repose pas sur une population représentative mais nous donne une estimation fiable" (P. Hervé).
Cette dernière affirmation surréaliste est digne de figurer dans tous les manuels d’apprentis statisticiens pour illustrer la plus grossière manipulation statistique qui puisse être commise. L’enquête a été réalisée sur les prélèvements de sang de 567 femmes enceintes. Or, bon an, mal an, il y a un peu moins de 15.000 femmes enceintes dans l’île. Cet échantillon ne représente donc, au mieux, que ces 15.000 personnes. Or, près de 780.000 habitants peuplent le département, on est donc loin du compte. Près de 765.000 personnes ne sont pas représentées dans l’échantillon, soit 98% de la population, rien que ça !
Qu’est-ce qui permet d’affirmer que la présence d’anticorps dans le sang est la même pour les femmes que pour les hommes ? Aucun prélèvement de sang de personnes de sexe masculin n’est dans l’échantillon. Pas plus que de jeunes, de personnes âgées, de femmes stériles ou de femmes non enceintes.
Tirer des conclusions d’un échantillon qui porte sur une population qui elle-même ne représente que 2% de l’ensemble est aberrant : du jamais vu en statistique. En déduire et affirmer doctement que 80% de la population risque d’être contaminée est une tromperie énorme. En tous cas, cela n’a rien de scientifique et jette la suspicion sur tout ce qu’on nous "sert" comme chiffres sur l’épidémie.
Au fait, par quelles méthodes "scientifiques" sont établies les statistiques de personnes atteintes par la maladie. La ou les méthodes de 2005 ? La ou les méthodes de 2006 ? On l’ignore totalement : c’est probablement trop compliqué à comprendre par nous autres, autochtones, ignares par définition...
Après un Premier ministre qui compare des données sous-estimées en 2005 avec des données rectifiées en 2006 pour démontrer une soi-disant explosion imprévisible, nous voici maintenant avec des échantillons non représentatifs, mais fiables !
Mesdames et Messieurs les experts et autres dirigeants en tous genres, vous perdez toute crédibilité en manipulant ainsi les informations de base. Je n’ose pas imaginer ce qu’il en est pour les autres données médicales, toxicologiques, entomologiques ou autres. Vous vous moquez des Réunionnais ! Après nous avoir menti pour nous rassurer, vous nous mentez pour nous faire peur. Arrêtez de nous prendre pour des enfants.
Charles Durand
statisticien en retraite,
Le Brûlé - Saint-Denis
Ceux qui n’ont que la France comme horizon indépassable tournent en rond
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