Un triple anniversaire de portée mondiale
18 juillet, par4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
Les actionnaires des alcooliers craignent une hausse de 8 euros du prix du litre de rhum en vente libre
17 décembre 2025, par

À La Réunion, l’alcoolisme détruit des vies. Face à ce fléau, la hausse d’une taxe sur les alcools forts, qui augmenterait le prix du rhum d’environ 8 euros par bouteille, constitue une mesure de santé publique indispensable. Pourtant, les industriels du rhum s’y opposent et appellent à la mobilisation pour défendre leurs profits, au mépris de l’intérêt général.
À La Réunion, l’alcoolisme est une réalité quotidienne, visible dans les familles brisées, les violences, les accidents et les drames sanitaires. L’île paie un lourd tribut à la consommation excessive d’alcool, qui touche de plus en plus tôt les jeunes générations. Dans ce contexte, la hausse annoncée d’une taxe sur les alcools forts dans le projet de loi de finances 2026 est une mesure de salubrité publique attendue.
Concrètement, cette taxation entraînerait une augmentation d’environ 8 euros sur le prix d’une bouteille de rhum vendue localement. Un signal clair : l’alcool n’est pas un produit ordinaire. Partout dans le monde, la hausse des prix est reconnue comme l’un des moyens les plus efficaces pour réduire la consommation, notamment chez les jeunes et les publics les plus exposés.
Sans surprise, les patrons de la filière du rhum montent au créneau. Le syndicat professionnel La Réunion des Rhums parle d’un « choc fiscal », d’une « explosion de la fiscalité » et appelle à la mobilisation pour défendre la filière. Derrière les discours alarmistes sur l’emploi et la survie des entreprises, une réalité demeure : il s’agit avant tout de protéger des intérêts économiques particuliers.
La filière explique que cette taxe menacerait les TPE et PME locales et les quelque 1 200 emplois directs et indirects. Mais jamais ces mêmes acteurs ne parlent du coût humain et social de l’alcoolisme : hospitalisations, décès prématurés, violences familiales, échecs scolaires, vies brisées. Qui paie ces dégâts ? Les familles, la société, les services publics, pas les actionnaires de l’industrie de l’alcool.
Le rhum est souvent présenté comme un « produit emblématique » de La Réunion. Mais l’identité culturelle ne peut servir d’alibi à l’inaction face à un fléau sanitaire. Défendre la population réunionnaise, c’est accepter de réguler, de taxer, de limiter l’accès à l’alcool, surtout lorsque celui-ci est consommé massivement et précocement.
Les industriels dénoncent une hausse plus forte pour la production locale que pour les alcools importés. Le débat mérite d’être posé, les alcools importés ne doivent pas être moins taxés, l’octroi de mer pourrait être utilisé pour taxer plus ces produits importés dangeueux pour la santé. Mais il ne doit pas masquer l’essentiel : réduire la consommation d’alcools forts est une urgence de santé publique.
À La Réunion, deux logiques s’affrontent. Celle du profit, qui appelle à la mobilisation pour préserver des marges. Et celle de l’intérêt général, qui place la santé, la jeunesse et la dignité humaine au-dessus des intérêts économiques.
Taxer davantage le rhum, ce n’est pas attaquer La Réunion. C’est au contraire protéger sa population. Face aux ravages de l’alcoolisme, reculer serait une faute. La mobilisation nécessaire, aujourd’hui, est celle pour la vie, la prévention et la justice sociale.
M.M.
4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
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