Santé

Une réforme ultra-libérale contestée

Témoignages.re / 18 juin 2004

Le projet du gouvernement ne s’appuie pas sur une analyse crédible, tel est en substance le point de vue de Pierre-Yves Chanu, administrateur de l’ACOSS, la ’banque’ de la Sécurité sociale. Quant au professeur André Grimaldi, chef du service de diabétologie d’un grand hôpital parisien, il estime qu’au delà du déficit, il est important que les patients puissent se soigner. Avec la réforme, ce droit fondamental sera-t-il accessible à tous ?

Dans son édition d’hier, “l’Humanité” revient sur le projet de réforme de l’assurance maladie adopté mercredi en Conseil des ministres. D’après les propos du ministre de la Santé, les différentes propositions doivent réduire le déficit important pour aller vers l’équilibre en 2007. Pour cela, tout le monde est mis à contribution de manière équitable : État, entreprises, assurés, professionnels de la santé. Pour “l’Humanité”, ces "deux affirmations (...) ne résistent pas à un examen un tant soit peu attentif".
Pour étayer son analyse, “l’Humanité” donne la parole à Pierre-Yves Chanu, économiste, administrateur CGT de l’ACOSS, la "banque" de la Sécurité sociale. Pour ce dernier, "le projet n’est en réalité pas financé. Le chiffrage des économies ne repose sur aucune justification sérieuse". Il évoque l’exemple de 3,5 milliards d’économies annoncées par le gouvernement avec le dossier médical personnalisé et du principe du "médecin traitant". "On ne nous pas présenté la moindre étude" pour appuyer cette hypothèse, précise l’économiste. Autre argument contestable présenté par le gouvernement : "la chasse aux arrêts de travail dits infondés rapporterait 800 millions d’euros". Ce qui représente une diminution de 20 % des indemnités journalières (IJ). Or, selon l’étude faite par la Caisse nationale d’assurance maladie, seuls 6% des IJ correspondent à des arrêts "médicalement infondés".

Efforts inégalement répartis

Les 10 milliards d’économies espérés par le gouvernement reposent sur un "changement des comportements", ce qui est "par définition aléatoire et inchiffrable", rappelle “l’Humanité”.
"Côté recettes, en revanche, l’injustice des contributions supplémentaires est parfaitement mesurable", poursuit notre confrère. D’après son analyse, "les salariés, les retraités, l’ensemble des assurés sociaux" sont ceux qui seront le plus mis à contribution avec "la hausse de la CSG, de la franchise sur chaque consultation et la hausse du forfait hospitalier".
Un oubli est signalé. Selon la lecture faite du projet gouvernemental, "les revenus financiers (160 milliards d’euros), jusqu’alors exonérés de toute cotisation sociale, le resteront".

1 euro, puis 2, puis 3

C’est d’une autre réforme dont a besoin le système de santé, estiment pour leur part de nombreux professionnels. L’interpellation du ministre Douste Blazy par le professeur André Grimaldi, chef du service de diabétologie à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris), lors d’un débat organisé par “Le Monde” est révélatrice. "Nous payons une réduction méthodique de l’offre de soins, et aujourd’hui, le cœur du système est touché", a-t-il lancé au représentant du gouvernement.
André Grimaldi avait également dénoncé le manque de médecin dans les hôpitaux en lançant une pétition en mars, signée par plus de 1.000 de ses collègues. "Toutes les spécialités ont un problème de relève. Il n’y a plus de chirurgiens en France", a-t-il dit au ministre.
Quant au projet du gouvernement, le directeur de service appelle à la vigilance : "Une franchise de 1 euro à chaque consultation est censée "responsabiliser" le patient, mais on se doute que cela sera bientôt 2, voire 3 euros". Et de conclure : "Certes, il y a un déficit, mais l’essentiel est que les gens soient soignés".