Témoignages - Journal fondé le 5 mai 1944
par le Dr Raymond Vergès

Accueil > Politique > Santé

Variant Omicron : quarantaine, un tabou à La Réunion ?

Coronavirus : quand l’idéologie prend le pas sur la réalité des faits scientifiques

mardi 30 novembre 2021, par Manuel Marchal


De nombreuses inconnues sont liées à la découverte d’un variant très différent de la souche originale. Il est d’ores et déjà présent sur plusieurs continents et à La Réunion chez une seule personne pour le moment. Si des mesures drastiques ne sont pas prises, des porteurs de ce variant pourront se mêler à la population s’ils viennent d’un vol en provenance de la France.


Il sera bien difficile d’en finir avec l’épidémie de coronavirus à La Réunion en maintenant l’aéroport ouvert, ou tout du moins sans imposer une quarantaine stricte de 14 jours pour tout passager arrivant à La Réunion. C’est ce que vient de rappeler l’annonce d’un premier cas de variant Omicron dans notre île, importé par un passager. La quarantaine de tous les passagers arrivant dans notre île fait l’objet d’un véritable tabou à La Réunion alors qu’elle a démontré sa totale efficacité pour protéger la population des cas importés. C’est la conséquence de décisions prises en fonction d’une idéologie et pas de faits scientifiques.

Ce voyageur revenait d’un voyage d’affaires, qui n’est pas un motif impérieux. Il était donc vacciné pour prendre l’avion sans motif impérieux. Puis il a présenté un test de dépistage négatif pour embarquer dans l’avion qui la conduit à La Réunion. Ensuite les versions divergent. Selon la préfecture, la détection a eu lieu le lendemain de l’arrivée du passager, suite au résultat positif au test pratiqué à l’arrivée. Selon Réunion Première, ce dernier test était négatif et c’est à la suite de symptômes que le passager s’est fait de nouveau dépister, avec cette fois un résultat montrant qu’il est porteur de la COVID-19.
Un médecin était invité du journal télévisé de la mi-journée de Réunion Première de ce 30 novembre. Il répondait aux questions des téléspectateurs sur ce sujet. Le contenu de ses propos interroge. Car manifestement, il ne découle pas d’une analyse scientifique.

La porte toujours ouverte aux variants

Premier extrait :

« On ne peut pas empêcher un variant d’entrer dans l’île »

Comment alors ce médecin peut-il expliquer que tant que les frontières de Maurice ou de la Kanaky Nouvelle-Calédonie étaient fermées, le coronavirus n’y circulait pas alors que pendant ce temps, La Réunion a connu l’arrivée du variant Beta puis du variant Delta ? Ces deux pays sont des îles, comme La Réunion.

Plus loin dans le journal, ce médecin donne son point de vue sur la stratégie de dépistage des cas importés de coronavirus :

« On ne peut pas tout détecter avec le test PCR fait avant l’embarquement, d’où la nécessité de renforcer le test qui va être fait notamment entre J5 et J7 pour être sûr que le virus ne circule pas »

Le médecin reconnaît donc qu’un seul test n’est pas suffisamment fiable et qu’il est nécessaire de pratiquer un nouveau dépistage une fois le passager arrivé à La Réunion… mais 5 à 7 jours plus tard. Durant ce délai, il n’est pas question d’isolement du passager, mais de « bien respecter les gestes barrière ». Autrement dit, une personne qui peut potentiellement importer un nouveau variant du coronavirus peut se mêler à la population jusqu’à ce qu’un test positif lui signifie la nécessité de s’isoler.

« Le variant Omicron dans plusieurs régions du monde »

Il est à noter que dès que l’Afrique du Sud et le Botswana ont annoncé la découverte du variant Omicron, tous les vols en provenance de l’Afrique australe ont été suspendus. Pareille précaution n’a pas été prise quand le premier cas de coronavirus est arrivé d’Europe. L’arrivée des variants Beta et Delta n’ont pas été suivies d’une suspension des vols venant d’Europe alors que ce continent était l’épicentre de l’épidémie.
L’OMS a fustigé ces mesures ciblant les pays africains :

« Maintenant que le variant Omicron est présent dans plusieurs régions du monde, la mise en place d’interdictions de voyage visant l’Afrique constitue une attaque de la solidarité mondiale »

Les Européens moins contagieux que les Africains ?

Les choses sont donc claires. Les interdictions de voyage doivent concerner tous les continents ou alors aucun. Toute autre décision est discriminatoire. « La COVID-19 profite continuellement de nos divergences. Nous ne prendrons le dessus sur le virus que si nous travaillons ensemble sur les solutions », a d’ailleurs souligné l’OMS.
Mais voici quelques jours, toujours au journal de la mi-journée de Réunion Première, un autre médecin avait jugé très bien que les passagers en provenance de notre région soient systématiquement testés, mais que cette procédure était superflue pour les voyageurs venant de France, car « la situation est meilleure là-bas que chez nous », avait-il dit en substance. Peu de temps après cette intervention, la réalité s’est imposée et tous les passagers en provenance de France doivent présenter un résultat négatif à un test de dépistage pour embarquer pour un vol pour La Réunion.
C’est malheureusement la persistance d’un discours idéologique qui ne se base pas sur la science. En effet, un Européen infecté par la COVID est-il moins contagieux qu’un Malgache, qu’un Mauricien ou qu’un Sud-Africain ?
C’est ce discours idéologique qui est à l’origine de la catastrophe sanitaire à La Réunion.

L’idéologie prend le pas sur la science

Or, il est manifeste que compte-tenu de l’interdiction des vols en provenance d’Afrique à La Réunion, le seul moyen pour le nouveau variant d’entrer en masse à La Réunion sont les vols en provenance de la France. Il ne fait guère de doute que dans ce pays, des personnes ont probablement déjà importé le variant Omicron. Il est très contagieux et est devenu le variant dominant en quelques semaines en Afrique du Sud. Un tel scénario est envisageable en France. Mais pour le moment, il n’est pas question de fermer l’aéroport.
Reste une seule possibilité pour protéger les Réunionnais : la mise en quarantaine dans un centre dédié sous surveillance pendant deux semaines de tous les passagers arrivant à La Réunion. Pour qu’elle puisse s’appliquer, il est nécessaire d’interdire tout voyage d’agrément afin de limiter le trafic passager à l’entrée dans notre île.
Mais cette mesure de bon sens fait l’objet d’un véritable tabou à La Réunion alors qu’elle a démontré sa totale efficacité. C’est la conséquence de décisions prises en fonction d’une idéologie et pas de faits scientifiques.

M.M.



Un message, un commentaire ?

signaler contenu

Messages

  • Effectivement l’ouverture des frontières c’est la porte ouverte à l’épidémie , notamment dans les îles .L’exemple le plus frappant c’est le cas de l’île Maurice où les frontières sont été ouvertes au début octobre dernier mais où on a enregistré des milliers de contaminations au début Novembre et des centaines de morts en fin novembre à tel point que les autorités mauriciennes ont été obligées de solliciter l’aide de la France pour avoir de l’oxygène .
    A mon avis le contrôle de l’état de santé de ceux qui entrent dans les îles et notamment à la Réunion devrait être plus sévère que le contrôle effectué sur les départements métropolitains .L’adaptation des lois françaises aux situations spécifiques des département d’outre mer devrait pouvoir les autoriser à prendre eux mêmes las dispositions les mieux adaptées pour la protection de leur population . Et si nous voulons nous protéger contre la dangerosité du variant OMICRON à la Réunion , l’interdiction d’entrée en provenance de certains pays et la quarantaine pour ceux qui entrent me parait souhaitable .


Facebook Twitter Linkedin Google plus