Sciences politiques

Diego Garcia : une base militaire americaine au cœur de l’ocean Indien

Conférence jeudi à 17 heures à l’Université

Témoignages.re / 19 février 2019

Ce 21 février, le Professeur André Oraison tiendra une conférence placée sous l’égide du Comité Solidarité Chagos La Réunion (CSCR) présidé par Georges Gauvin. Elle aura lieu à 17 heures, à l’Amphithéâtre Elie de l’Université de La Réunion à Saint-Denis. Elle évoquera la base de Diego Garcia, cause de la déportation de la totalité du peuple chagossien à Maurice et aux Seychelles. Voici la présentation de cette conférence.

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Au milieu de l’océan Indien, la base militaire de Diego Garcia est le point de départ de bombardiers qui sèment la mort à plusieurs milliers de kilomètres.

Dans un accord anglo-américain conclu en 1961, les États-Unis s’engagent a installer une base militaire dans l’océan Indien pour défendre les intérêts du Monde libre a condition que le territoire anglais retenu pour l’abriter échappe au processus de décolonisation et que sa population en soit évacuée. C’est dans ce contexte que le Gouvernement de Londres a créé par un décret-loi du 8 novembre 1965 - sous le nom de British Indian Ocean Territory (BIOT) - une nouvelle colonie de la Couronne qui comprenait essentiellement l’archipel mauricien des Chagos. Par la suite, pour faire face a la menace soviétique croissante dans l’océan Indien, les États-Unis et la Grande-Bretagne ont signé a Londres, le 30 décembre 1966, un traité portant cession a bail stratégique des territoires inclus dans le BIOT pour une période de 50 ans, un traité tacitement renouvelé le 30 décembre 2016 pour une période additionnelle de 20 ans.

C’est dans ces circonstances que l’atoll de Diego Garcia est devenu une base militaire en vertu d’un nouveau traité anglo-américain, signé a Londres le 25 février 1976. Cette base a joué un rôle déterminant lors des opérations « Tempête du désert » et « Liberté immuable » déclenchées par les Nations Unies, contre l’Irak en 1991 et l’Afghanistan en 2001. En dépit de la dissolution de l’Union soviétique en 1991, Diego Garcia abrite l’une des plus grandes bases américaines situées a l’extérieur du territoire national des États-Unis et en raison des incertitudes qui prévalent au Proche-Orient, dans le golfe Arabo-persique et sur les « routes des hydrocarbures » qui traversent l’océan Indien, il en sera encore ainsi, au moins jusqu’à la nouvelle date butoir fixée au 30 décembre 2036.

C’est dire aussi que le concept de « zone de paix » dans l’océan Indien conçu par les États riverains depuis 1971, la rétrocession des îles Chagos a l’État mauricien ainsi que le retour des Chagossiens dans leurs îles natales ont peu de chance d’être concrétisés au cours des deux prochaines décennies.

La lutte des Chagossiens

La conférence qui sera donné par André Oraison – Professeur des Universités et Conseiller juridique du Comité Solidarité Chagos La Réunion (CSCR) – a pour objectif d’aborder une thématique à plusieurs facettes concernant – pêle-mêle – le problème de la décolonisation inachevée de Maurice (cette affaire est actuellement pendante devant la Cour internationale de Justice de La Haye qui doit prochainement rendre un avis consultatif à la demande de l’Assemblée générale des Nations Unies), le problème également très important de la raison d’être au double plan politique et géostratégique de l’atoll de Diego Garcia, l’île principale de l’archipel des Chagos, qui abrite une importante base militaire américaine, en principe, jusqu’au 30 décembre 2036, sans oublier la question douloureuse et incertaine d’un éventuel retour de la communauté chagossienne dans son pays d’origine ainsi que le problème plus général qui intéresse tous les États riverains de l’océan Indien et est relatif, depuis 1971, à l’hypothétique création d’une « zone de paix » dans ce que le professeur André Oraison appelle l’océan Afro-asiatique.