Réaffectation de 34,6 milliards d’euros de la politique de cohésion vers les « priorités stratégiques » de l’UE : des conséquences à La Réunion

La fin de l’argent facile se confirme : le soutien aux régions sous-développées n’est plus une priorité stratégique de l’Europe

26 mars, par Manuel Marchal

Le 25 mars 2026, la Commission européenne annonce la réaffectation de 34,6 milliards d’euros de la politique de cohésion vers les « priorités stratégiques » de l’UE : compétitivité, guerre, logement, eau, énergie. Pour des territoires comme La Réunion, c’est un signal d’alarme : l’argent destiné au rattrapage et aux services publics locaux se réduit. Trois jours après les municipales, l’avertissement est clair : la fin de l’argent facile se confirme.

Le communiqué publié ce 25 mars 2026 par la Commission européenne marque un tournant politique majeur. Les États membres ont reprogrammé 34,6 milliards d’euros des fonds de la politique de cohésion 2021-2027 vers des priorités jugées plus urgentes : compétitivité économique, renforcement de l’industrie de guerre et de la préparation civile, logements abordables et durables, résilience de l’eau, connectivité énergétique.

Des dizaines de milliards changent d’affectation

Officiellement, il s’agit de répondre à « l’évolution rapide du paysage géopolitique » depuis le lancement des programmes en 2021. Déjà en avril 2025, la Commission avait invité États et Régions à revoir leurs plans d’investissement pour les aligner sur ces nouvelles priorités stratégiques. La décision est désormais actée :.

Mais derrière les éléments de langage bruxellois, une réalité s’impose. La politique de cohésion a été conçue pour réduire les inégalités entre les territoires européens, soutenir les régions les plus fragiles, financer les infrastructures de base, l’emploi, la formation et les services publics. Pour les régions ultrapériphériques, et notamment La Réunion, ces fonds constituent un levier vital de développement.

Moins d’argent de l’Europe à La Réunion

Concrètement, à La Réunion, la politique de cohésion finance la construction d’écoles, l’amélioration des réseaux d’eau potable, l’assainissement, les équipements publics structurants. Chaque euro européen compense partiellement les retards accumulés et les surcoûts liés à l’éloignement. Réaffecter 34,6 milliards d’euros au niveau européen signifie mécaniquement une pression accrue sur les enveloppes régionales.
Trois jours après les municipales, le communiqué du Parti communiste réunionnais résonne avec force : l’époque de l’argent facile pour les Mairies touche à sa fin. Ce que Bruxelles appelle « reprogrammation stratégique » se traduira localement par des arbitrages plus durs, des projets retardés, des promesses revues à la baisse. Les nouveaux maires sont prévenus : les marges de manœuvre financières dépendront davantage de choix politiques européens sur lesquels ils n’ont qu’une prise indirecte.

La population doit être informée

La population doit être informée. Car une baisse ou une redirection des fonds de cohésion, c’est moins d’argent pour les communes, donc moins d’investissements dans les quartiers, moins de chantiers, moins d’emplois induits, moins d’argent pour les promesses électorales. C’est aussi le risque d’un ralentissement du rattrapage social et infrastructurel.

La question politique est posée. Trois députés réunionnais siègent au Parlement européen. Leur capacité à défendre les intérêts spécifiques d’un territoire ultrapériphérique est une nouvelle fois mise à l’épreuve. Face à une Europe qui privilégie la compétitivité et la guerre, qui porte la voix des régions éloignées ?
La cohésion n’était pas un luxe : c’était un engagement de solidarité. En la reléguant derrière d’autres priorités, l’Union européenne envoie un message clair : le temps de l’argent facile se termine.

M.M.

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