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Vigilance sanitaire : une épidémie en latence
16 juillet 2004

Bien que l’épidémie de dengue soit considérée comme éteinte depuis le début du mois de juillet, la DRASS appelle les Réunionnais à prévenir activement son éventuelle résurgence. Supprimer les œufs disséminés dans nos jardins et maisons par l’“Aedes Albopictus” représente la seule alternative pour éliminer les foyers de transmission active. Ce virus mortel n’est pour l’heure qu’en latence jusqu’à l’été, sa saison d’attaque.
Suite au premier signal d’alerte, le 22 avril, une chaîne sanitaire s’est rapidement organisée afin de recenser les cas suspects, d’étendre la surveillance du phénomène et surtout d’informer la population grâce au travail conjoint du Service de lutte anti-vectoriel, des associations de quartiers et des communes les plus touchées (La Possession, Le Port, Saint-Paul).
L’épidémie aura touché 247 personnes, principalement des femmes (59% contre 41% pour les hommes) et contrairement aux caractéristiques habituelles, ce ne sont pas les enfants ou adolescents qui ont séduit le moustique Aedes Albopictus, mais bien les adultes (70% des cas avaient plus de 30 ans). "L’épidémie est heureusement apparue à la fin de l’été", souligne le docteur Christian Lassalle, médecin général de santé publique à la DRASS (Direction régionale des affaires sanitaires et sociales), pour justifier sa faible importance.
"Nous informons de la fin de l’épidémie mais insistons sur les actions préventives à mener pour empêcher un nouveau phénomène d’ici l’été", insiste le docteur Lassalle. La fin de l’épidémie peut toujours être marquée par des cas sporadiques, et plus inquiétant encore, des œufs infectés attendent dans nos jardins que les premières chaleurs se manifestent pour réactiver l’épidémie.
En effet, l’Aedes est une espèce particulière et ses œufs survivent même lorsque l’eau de leur ponte (dormante et plutôt claire) s’est évaporée. Ils se retrouvent aussi bien dans des gîtes naturels (ravines, points d’eau), que domestiques, autour des maisons, dans des amoncellements de déchets, etc. C’est pourquoi, afin de prévenir une montée en force de la densité vectorielle du virus, il faut que dès à présent chaque Réunionnais vide tous récipients contenant de l’eau dormante (vase, coupelle, autre objet ou déchet extérieur et intérieur) et le brosse activement pour éliminer les œufs en latence, car "le virus ne va pas disparaître comme ça. Chacun devra observer cette vigilance de façon régulière, car l’Aedes est un moustique très lié à l’homme, sédentaire et qui durant ses deux mois de vie, pond tous les 10 à 12 jours".
"Si le virus se développe fortement, nous n’avons aucune arme", précise Vincent Pierre, épidémiologiste. Le docteur Lassalle rappelle quant à lui qu’en cas de formes d’épidémie graves, c’est l’île tout entière qui risque d’en souffrir, dans sa situation sanitaire, son écosystème et son économie. Ce n’est pas de l’alarmisme dont il s’agit, mais bien de réalisme et d’anticipation. "Une situation de crise n’existe que par rapport à ce que l’on a pas l’habitude de voir, et dans le cas de la dengue, même si le phénomène est rare, le mot est inscrit dans le langage populaire", déplore le docteur Lassalle.
C’est pourquoi, pour Julien Thiria, Ingénieur du Génie sanitaire à la DRASS, "il nous faut convaincre car si chacun fait son travail, on pourra limiter les risques". Il s’agit donc bien d’une lutte communautaire, d’un appel à la responsabilité individuelle, mais aussi collective. Ainsi épidémiologistes et Service de lutte anti-vectoriel vont poursuivre leur mission d’information, de prévention et de recherche. "Nous allons poursuivre la diffusion de messages, former à l’écologie du moustique au niveau scolaire, car on le sait, les enfants interpellent leurs parents", affirme Julien Thiria.
Les contrôles sanitaires aux frontières vont se poursuivre. Certaines compagnies aériennes, en plus des affichages dans les aéroports, diffusent déjà des consignes de précaution et vont désinsectiser les avions en partance pour la Métropole. Un projet entomologique destiné à mieux connaître le moustique va se mettre en place et les épidémiologistes souhaitent importer les techniques de biologie moléculaire visant à déterminer la typologie du virus, afin de gagner du temps.
Enfin, comme souligné par le docteur Philippe Renault, il serait judicieux de mettre en place avec l’aide des communes un contrôle localisé afin de procéder à des alertes rapides dès la détection du virus (au même titre que les alertes cycloniques). Bien que les communes de l’Ouest soient prioritairement touchées, le virus n’est pas ancré à cette zone et se déplace avec l’homme. Vigilance, vigilance et vigilance.
Estéfany
La dengue est un virus et pas une grippe
Il est important d’insister sur le fait que la dengue n’est pas une mauvaise grippe, mais un vrai phénomène épidémiologique pour lequel il n’existe aucun traitement spécifique, ni aucun vaccin. Le mot dengue est localement galvaudé, utilisé communément pour désigner un rhume important, voire toute forme de pathologies se rapprochant d’un état grippal. Il n’est pas rare d’entendre dire de la bouche d’un Réunionnais : "J’étais malade, j’ai eu la dengue".
Des cas sporadiques sont toujours possibles, mais la dengue n’est pas un phénomène courant ni banal. Personne n’est immunisé face ce virus qui, en cas de dengue hémorragique, peut entraîner la mort. La dengue qui a sévi dernièrement est un virus de type DEN 1 (parmi les quatre formes recensées), dont le vecteur de transmission est l’Aedes Albopictus, un moustique d’autant plus dangereux que l’on sait peu de choses de lui.
À noter que la dernière épidémie diagnostiquée sur l’île remonte à 1977-1978, qu’elle a connu deux pics d’intensité séparés par l’hiver austral et que les épidémiologistes, sur la brèche actuellement, craignent que le même phénomène ne se reproduise d’ici la saison chaude, en octobre. Un virus de type DEN 2 ou 3, associé au DEN 1 que l’on vient de connaître, pourrait avoir des conséquences catastrophiques et conduire à un véritable chaos sanitaire à La Réunion, avec les répercussions économiques et environnementales que l’on peut imaginer.
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