Conférence annuelle au CHD Félix Guyon à Saint-Denis

Alzheimer : comment aider les malades et leurs proches

23 septembre 2005

700 à 800 mille personnes atteintes d’une des maladies les plus sournoises et les plus graves des ces dernières années. Aider ces malades et leurs proches, voilà en substance le contenu de la conférence annuelle sur la maladie d’Alzheimer qui s’est tenue mercredi 21 septembre dans l’amphithéâtre du centre de formation infirmier du CHD Félix Guyon à Saint-Denis.

À l’initiative de Réunion Alzheimer (Association affiliée à France Alzheimer) et de sa présidente Suzelle Lebihan, dans le cadre de la journée mondiale se rapportant à cette pathologie, a été organisée une visioconférence triangulaire entre le professeur Jacques Touchon, éminent neurologue au CHU de Montpellier, le centre de formation infirmier de Saint-Pierre et le centre de formation infirmier de Saint-Denis.
C’était une première pour cette association qui, pour cette occasion, a bénéficié du savoir-faire et des compétences du "GIE Médecine de La Réunion". Jusqu’à ce jour, le professeur Touchon venait sur notre île régulièrement pour échanger avec ses confrères de l’océan Indien sur les avancées des chercheurs. Son impossibilité de se déplacer et sa volonté de continuer malgré tout à vouloir partager ses réflexions avec La Réunion, ont permis d’innover en matière de conférence et ceci en mettant en avant les nouvelles technologies mises à la disposition de la Région Réunion grâce au câble SAFE auquel nous sommes reliés.
Une cinquantaine de personnes tant à Saint-Pierre qu’à Saint-Denis ont participé à cette visioconférence. Parmi les participants, on a pu noter dans la capitale du Sud de notre île la présence des docteurs Charlain et Massat, à Saint-Denis étaient présents entre autres les docteurs Serveaux et Catteau. Le professeur Touchon en direct de Montpellier a commencé la conférence par un exposé sur les ravages causés par la maladie d’Alzheimer et sur la nécessité d’un diagnostic précoce. Il a poursuivi sur les symptômes précurseurs de la maladie, mais les informations les plus intéressantes de son exposé ont porté sur les thérapies et les médicaments actuels ou à venir permettant de ralentir l’avancée du développement des plaquettes dégénératives du patient.

Pas seulement chez les personnes âgées

Pour faire simple, en plus des thérapies en rapport avec le travail de la mémoire ou celles qui font appel aux travaux manuels, il existe 2 batteries de médicaments : la première série pouvant être prescrite au malade en début de développement de la pathologie et l’autre pour les formes plus sévères. Le professeur Touchon a néanmoins déclaré qu’il serait souhaitable dès le début d’associer ces 2 batteries de médicaments, mais il semblerait d’après ses dires, qu’il y aurait un frein pour de pures raisons économiques.
Il est à noter, de l’aveu même du neurologue, que cette maladie, si elle affecte plus particulièrement les personnes âgées, trouve également un terreau encore plus favorable dans la population en situation de grande pauvreté et de misère intellectuelle. Non pas que les riches ne seraient pas touchés, mais à l’évidence, cette maladie qui dépend en partie de l’intellect, se trouve freinée dans les milieux où le malade est mieux entouré, et où sont favorisés de multiples rapports humains car plus de convivialité permet au cerveau de travailler.

Bilan et espoirs

Après un échange de questions-réponses, où des parents de malades ont exprimé par la même occasion leur désarroi face à ce fléau, est venu le temps de parler du bilan et des espoirs. Le professeur Touchon s’est voulu optimiste au sujet des recherches en cours, et si le vaccin n’a pas encore été trouvé, une expérience de ce type a été tentée aux États-Unis avec un résultat mitigé certes, mais qui peut permettre d’espérer, si ce n’est de trouver un remède miracle, au moins d’ici 7 à 8 ans de se servir de thérapies de nouvelles générations qui permettront de bloquer l’évolution de la maladie.
De nos jours, l’espérance de vie d’un malade atteint d’Alzheimer est de 10 ans pour ceux qui ont développé la maladie entre 65 et 70 ans et de 5 ans pour ceux qui l’ont développé à partir de 80 ans. Le professeur s’est par ailleurs insurgé contre ceux qui suspendent le traitement d’un malade lorsque celui-ci se retrouve placé en institution. En effet, certaines personnes pensent que, n’ayant plus rien à faire pour stopper la maladie, il n’est pas utile de poursuivre le traitement du patient une fois que celui-ci est devenu grabataire. D’après le professeur Touchon, c’est un non-sens, car même si cela n’arrête pas la maladie, les médicaments empêchent les souffrances et donnent un meilleur confort à l’entourage et au personnel soignant. Je dois avouer qu’une certaine interrogation s’est faite sentir dans l’assistance : est-ce que de telles pratiques sont courantes ? Est-ce une mesure d’économie ?

Qu’en est-il des aides ?

Pour terminer cette conférence, le docteur Catteau a posé la question qui fâche. il a demandé au professeur ce qu’il en était des aides à la recherche suite au rapport sénatorial conduit par le sénateur About sur la maladie d’Alzheimer et auquel le professeur Touchon a participé. Le neurologue s’est montré dubitatif quant aux suites qui seront données à ce travail. Cependant il nous a donné l’exemple dans sa région d’une maladie qui touchait un nombre 100 fois inférieur de malades que ceux atteints d’Alzheimer et pour laquelle à force de lobbying, les associations qui soutenaient la recherche ont pu obtenir de l’État et des services de santé un budget substantiel. Ce qui a permis au spécialiste de cette affection d’obtenir, pour un nombre considérablement moindre que les malades Alzheimer, 4 fois plus de personnel. Il a précisé que les médecins et les parlementaires ont donné un outil, c’est maintenant aux associations de faire pression sur le gouvernement.
Il a été également question du déremboursement d’un médicament très important dans le traitement de la maladie d’Alzheimer, le Tanakan. Le professeur Touchon nous a fait part de son incompréhension à ce sujet. Pour résumer, si vous êtes pauvres et marginalisés, vous avez beaucoup moins de chance de survivre à cette maladie. Rien de nouveau en ce qui concerne l’égalité des soins, c’est pourquoi il faut rendre hommage aux bénévoles de "Réunion Alzheimer" qui font un travail formidable sur le terrain, mais qui malheureusement doivent le faire avec très peu de moyens.
Je termine ce papier en disant que ce mercredi, j’ai vu des parents de malades et des médecins qui sont repartis gonflés à bloc, mais il n’en reste pas moins que les coups de sape du gouvernement dans le système de santé font peur surtout quand on sait que d’ici à une vingtaine d’années, on aura tous un proche atteint de cette maladie.
Les coordonnées de Réunion Alzheimer : 35, rue du bois de Nèfles à Saint-Denis 0262-94-30-20

Philippe Tesseron

http://www.espaceblog.fr/teletesseron/


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