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Soigner les malades du SIDA dans l’Océan Indien
9 novembre 2006

Le Colloque sur le VIH SIDA était l’occasion pour les professionnels de santé de faire le point sur les moyens de traitement de la maladie dont dispose chaque île. Des médecins de Maurice, des Seychelles, de Madagascar et des Comores ont exposé leurs difficultés à prendre en charge les patients. Outre les besoins en équipement médical, ce sont les moyens d’approvisionnement en médicaments qui sont à améliorer.
En découvrant la possibilité d’associer 3 molécules pour réduire le risque d’apparition de complications liées à l’infection du VIH, les chercheurs ont donner un espoir au malades du SIDA. La trithérapie depuis 1996 permet d’abaisser au maximum la charge virale, c’est-à-dire la quantité de virus dans le sang. Les pays de l’océan Indien ont-ils accès à ces traitements rétroviraux ? Ont-ils les moyens de prendre en charge les patients ? Les médecins ont fait le bilan pour chaque île.
A Maurice, il existe depuis 1999 un hôpital de jour pour le traitement des femmes enceintes, pour prévenir la transmission du virus de la mère à l’enfant. Depuis 2000, les traitements sont accessibles à tous les malades. 224 patients sont actuellement sous trithérapie. Mais le nombre de personnes séropositives ne cesse d’augmenter. L’année dernière, 928 cas ont été dépistés, en majorité chez les usagers de drogue. Toutefois, pour les 6 premiers mois de cette année, 272 cas ont été dépistés, dont 60% à Port-Louis. Actuellement, 7 enfants de 2 à 14 ans suivent un traitement. Les tests et les traitements sont gratuits à Maurice. Le lait en poudre est aussi mis à disposition des mères pour éviter la transmission.
Aux Seychelles, 300 cas ont été dépistés. Sur les 2.000 naissances par an, environ 7 femmes sont séropositives. 7.000 tests sont réalisés par an, mais ce n’est pas suffisant car les gens arrivent à l’hôpital à un stade avancé de la maladie. Le pays n’a eu accès à la trithérapie qu’à partir de 2002. Avant, l’association RIVE de La Réunion donnait des médicaments. Pour analyser la charge virale des patients, les Seychelles doivent acheminer les échantillons de sang à La Réunion. Le pays n’a pas d’hôpital de jour, contrairement à Maurice.
A Madagascar, les traitements rétroviraux sont gratuits, ainsi que la prise en charge des maladies dites opportunistes (tuberculose, maladies de la peau, du sang, myopathie, etc...), maladies que le patient peut contracter avec la baisse des défenses immunitaires. Depuis 1987, 500.000 cas ont été dépistés et les médecins espèrent proposer le test à 400.000 personnes cette année, en allant dans les villages. Dans les 50 prochaines années, Madagascar veut mettre en place les équipements nécessaires pour la prise en charge des patients. Notamment l’amélioration des centrales d’achat et la gestion des stocks afin d’éviter que des malades se retrouvent sans traitement.
Ce problème d’acheminement des médicaments est central. Madagascar n’est pas le seul à en souffrir. Aux Seychelles, la centaine de patients traités ont besoin de petites commandes passées avec des laboratoires différents. Et s’il existe des prix préférentiels pour les produits rétroviraux, ce n’est pas le cas pour le traitement des maladies opportunistes. Pour recevoir les médicaments, il faut attendre entre 15 jours et 2 mois aux Seychelles. Pour expliquer en partie ce retard d’approvisionnement, il a été évoqué les mauvaises prévisions de besoin en médicaments de certains. Des commandes sur-restimées qui sont à l’origine des ruptures de stocks et qui entraînent des difficultés de production.
Les médecins comoriens ont aussi évoqué ce problème d’approvisionnement. Les anti-rétroviraux sont gratuits, et le pays commence à former ses médecins. Le premier cas de VIH a été détecté en 1988. En 2005, ce sont 88 personnes touchées par le SIDA. Les moyens de prise en charge sont encore faibles aux Comores. Trois personnes ont commencé leur traitement à La Réunion et une autre à Maurice, mais les médecins comoriens sont confrontés à la nécessité d’adapter un traitement anti-rétroviral à ces patients. Les Comores n’ont pas accès aux mêmes molécules et n’ont pas sur place de compteur de CD4, ces cellules sanguines chargées de détruire les maladies.
Enfin, les médecins se sont interrogés sur l’utilisation d’une molécule dans le traitement du VIH, la triomine. Une molécule jugée « dépassée » par les spécialistes présents, qui n’est plus utilisée dans les pays du Nord. Les pays de la zone devraient ainsi réfléchir aux alternatives de traitement, d’autant plus qu’ils seront confrontés à une rupture de stocks de la triomine à cause des nouveaux médicaments. Les médecins comoriens ont tenu à appeler à la coopération régionale pour améliorer l’accès des pays aux molécules de traitements.
E.P.
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