Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
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5 septembre 2008

Les inégalités sociales de mortalité ont été multipliées par deux en trente ans chez les hommes, révèle une étude statistique menée par l’Institut de veille sanitaire. Le phénomène est moins marqué chez les femmes.
Les Français ne sont pas égaux devant le cancer. On s’en doutait, voilà que confirmation est faite, chiffres à l’appui.
Publié hier dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire de l’Institut de veille sanitaire (InVS), l’étude, qui s’appuie sur des données de l’INSEE, montre « l’importance des inégalités sociales de mortalité par cancer en France et leur accroissement au cours du temps - entre 1968 et 1990 - à la fois chez les hommes et les femmes ». Voire, insistent les auteurs, ces résultats « soulignent l’ampleur et l’actualité de ce problème ». « Ceci est aussi observé dans d’autres pays européens, la France n’est pas une exception », précise Gwenn Menvielle, de l’INSERM, qui a participé à l’étude, la première « sur un échantillon aussi large-1°% de la population française-et sur une longue période ».
Le phénomène est le plus criant chez les hommes. Pour eux, la contribution des inégalités sociales au cancer est ainsi multipliée par deux, « passant d’un peu plus de 20°% à presque 40°% » entre 1968 et 1996. Le document relève que des différences particulièrement marquées pour les cancers du poumon et des voies aérodigestives supérieures (VADS, soit larynx, pharynx et cavité buccale). Chez les femmes, ces inégalités sont nettement moins tranchées. Avec le cas particulier du cancer du sein : les femmes de catégories socioprofessionnelles élevées présentent une incidence plus élevée, mais un meilleur taux de survie. La raison ? « Les femmes ayant une situation sociale défavorisée ont eu en moyenne leurs grossesses plus tôt et ont eu plus d’enfants, deux facteurs protecteurs pour le cancer du sein ». A quoi s’ajoutent « un meilleur accès aux soins » et « un recours au dépistage plus important » pour les femmes de catégories socioprofessionnelles élevées.
Reste à expliquer ces inégalités face aux différents cancers. Concernant les cancers VADS des hommes, les auteurs avancent une plus forte consommation d’alcool et de tabac dans les couches populaires. « Mais ces deux facteurs n’expliquent pas tout », ajoute Gwenn Menvielle. « Sans doute faudrait-il prendre en compte l’exposition à des facteurs cancérigènes dans le cadre professionnel ».
Les auteurs de l’étude concluent en mettant en garde contre des politiques de santé ne prenant pas en compte ces inégalités sociales de mortalité : « Pour l’avenir, il serait important de comprendre l’ensemble des effets liés à des améliorations de traitement ou à la mise en place de dépistage systématique du point de vue des inégalités sociales de santé, y compris les effets potentiellement négatifs ».
Vincent Defait
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