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55ème session du Comité régional OMS-Afrique
29 août 2005

Parmi les questions abordées la semaine dernière lors de la rencontre internationale organisée par l’OMS, la fuite des cerveaux africains.
Pour la quatrième fois consécutive, les ministres africains de la Santé ont dénoncé mardi dans la capitale mozambicaine, à l’occasion de la 55ème session du Comité régional OMS-Afrique, la migration du personnel qualifié de la santé vers les pays développés.
"L’Afrique a toujours donné des matières premières - coton, café thé, cacao - que nous avons payées plus tard 20 fois plus cher que nous ne les avions vendues aux pays riches", a déclaré le ministre ougandais de la Santé, Jim Muhwezi, ajoutant que "c’est cette tendance qui se poursuit avec le départ des professionnels de la santé".
"Jusqu’à quand cela va durer ?", s’est interrogé M. Muhwezi, intervenant mardi, au cours d’un débat passionné de la 55ème session du Comité régional OMS-Afrique. "Les pays d’accueil doivent nous dédommager et nous devons négocier ce dédommagement". Son homologue zimbabwéen, David Parirenyatwa, qui soutient que son pays a perdu en moins d’une semaine 27 pharmaciens partis en Grande Bretagne, a noté que même si le débat sur la fuite des cerveaux en Afrique a "toujours attiré l’attention des ministres, celui sur l’indemnisation est toujours renvoyé".
70.000 professionnels perdus en une année
Rien qu’en 2003, quelque 5.880 permis de travail pour le Royaume-Uni ont été accordés à des travailleurs de la santé dont 2.825 Zimbabwéens, 1.510 Nigérians et 850 Ghanéens. Les rapports de l’OMS indiquent aussi qu’en 2004, il y avait 329 médecins pour 100.000 malades en France, 166 pour le Royaume Uni, 69 pour l’Afrique du Sud, 29 pour Nigeria, 9 pour le Ghana et 6 pour le Zimbabwe.
Rien qu’en une année, l’Afrique a perdu quelque 70.000 travailleurs de la santé au profit des pays développés, une situation qui a fragilisé davantage les systèmes sanitaires du continent.
Durant leurs interventions, les différentes délégations dont celles du Malawi, du Kenya et de la Guinée Bissau ont insisté sur la nécessité d’entreprendre des négociations bilatérales pour apporter une solution à cette question.
Comment inverser la tendance ?
Elles ont aussi lancé un appel à l’OMS et aux autres organisations internationales comme l’Organisation internationale du travail, la Banque mondiale et le FMI en faveur d’efforts visant à réduire l’exode des cerveaux et des compétences africains.
La délégation malawite, tout en dénonçant la "migration interne" des travailleurs de la santé, a noté que le compromis trouvé entre les pays de l’Afrique australe et la Grande Bretagne qui a abouti à une hausse de 52% des salaires des travailleurs de la santé, n’a pas permis de mettre un terme à la fuite des cerveaux. Puisqu’il est peu probable de mettre un terme à la migration, les pays d’accueil doivent aider à former davantage de personnels pour compenser les départs. Les pays africains doivent aussi, pour leur part, créer des conditions favorables pour arrêter la tendance.
Fuite des cerveaux : quelles compensations ?
Sur la migration du personnel médical qualifié africain vers les pays développés, le directeur général de l’OMS a qualifié ce problème de complexe, déclarant qu’il bénéficie d’une attention prioritaire de la part de l’OMS et des autres partenaires concernés.
"En plus de la migration internationale, il existe aussi une migration interne à l’intérieur de l’Afrique. Ce ne sont pas seulement le mouvement du Sud vers le Nord et les facteurs Push and Pull qui doivent être résolus", a-t-il déclaré. "La charte de l’ONU garantit aussi la liberté de circulation et on ne peut pas empêcher les gens de se déplacer d’un pays à un autre pour trouver un bon emploi", a-t-il dit.
Le problème de la fuite des cerveaux continue à dominer les débats lors des réunions annuelles du Comité régional de l’OMS. Certains ministres africains ayant préconisé une indemnisation de la part des pays développés récipiendaires pour les pays qui perdent des travailleurs de la Santé qualifiés. Alors que les défenseurs de cette migration évoquent les transferts de devises dans leurs pays par ces travailleurs émigrés comme un avantage possible de ce phénomène, ses détracteurs estiment que les pays qui perdent du personnel médical qualifié et les pays récipiendaires de cette main-d’oeuvre doivent négocier une solution pour limiter le véritable impact d’une migration effrénée des ressortissants des pays pauvres aux systèmes de Santé défaillants.
950 millions de dollars pour l’OMS Afrique en 2006-2007
Le Comité régional de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), en réunion dans la capitale mozambicaine, a adopté mardi dernier un budget de 946,5 millions de dollars pour l’année 2006-2007 pour la région africaine contre 774,7 millions de dollars dans l’exercice biennal 2004-2005.
Le directeur régional, Luis Gomes Sambo, a proposé le budget aux ministres de la Santé qui prennent part à la rencontre de ce comité qui regroupe plus de 46 pays.
Selon lui, 203,6 millions de dollars, soit 21% de la somme totale représentent le budget ordinaire, tandis que les 745,8 millions de dollars, soit 78,6%, sont des fonds volontaires. "Les chiffres montrent une forte dépendance sur les volontaires comparée au financement du budget durant l’exercice biennal", a déclaré le directeur régional dans son rapport. S’adressant lundi dernier aux participants de la conférence régionale, le directeur général de l’OMS, Jong Wook Lee, a révélé qu’OMS-Afrique recevra une augmentation de près de 30% dans le budget de l’agence onusienne dans l’exercice biennal 2006-2007, soit la plus grande hausse accordée aux six régions du monde.
La hausse portera le budget ordinaire de la région africaine à environ 204,7 millions et ciblera des "secteurs émergents qui ont un enjeu mondial", y compris une alerte et une réponse aux épidémies, une surveillance, une prévention et une gestion des maladies chroniques transmissibles.
Sur l’ensemble des 949,5 millions de dollars approuvés pour l’année 2006-2007, quelque 784,3 millions seront investis dans le cadre des priorités régionales, représentant une hausse de 177,3 millions, soit 29,2%, comparé au budget du programme 2004-2007.
La décentralisation, l’intégration et les interventions, le renforcement de la présence de l’OMS aussi bien dans les pays que le cadre de la gestion et de la surveillance sont, selon lui, les principes directeurs pour la mise en œuvre du budget proposé.
Certains ministres ont proposé dans leurs interventions, de légères modifications dans la mise en œuvre du programme qui a été suggéré par le Secrétariat du bureau OMS-Afrique basé au Congo Brazzaville.
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