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PILS : la lutte contre le SIDA à Maurice a 10 ans
2 décembre 2006

En 1994, Nicolas Ritter apprend sa séropositivité. Il porte alors un nouveau regard sur la vie et sur ce qui l’entoure dans son pays, Maurice, à savoir le silence des autorités sur les ravages du SIDA. Avec l’aide de ses proches, le soutien de Catherine Gaud, il crée en 1996 PILS (Prévention, Information, Lutte contre le SIDA), aujourd’hui encore, la seule association mauricienne de lutte contre le SIDA. Rencontré jeudi au siège de l’association, Nicolas nous retrace le parcours d’un combat qui, entre déni et clandestinité, entre détresse des malades et rejets de la population, entre découragements et lueurs d’espoir, a permis certaines avancées. Mais beaucoup reste encore à faire.
En 1994, Nicolas Ritter apprend sa séropositivité. Il porte alors un nouveau regard sur la vie et sur ce qui l’entoure dans son pays, Maurice, à savoir le silence des autorités sur les ravages du SIDA. Avec l’aide de ses proches, le soutien de Catherine Gaud, il crée en 1996 PILS (Prévention, Information, Lutte contre le SIDA), aujourd’hui encore, la seule association mauricienne de lutte contre le SIDA. Rencontré jeudi au siège de l’association, Nicolas nous retrace le parcours d’un combat qui, entre déni et clandestinité, entre détresse des malades et rejets de la population, entre découragements et lueurs d’espoir, a permis certaines avancées. Mais beaucoup reste encore à faire.
Nicolas a la chance de posséder la double nationalité, française et mauricienne. Il nous rappelle qu’en 1994, à Maurice, « il n’y avait pas de soin, pas d’association, pas d’accueil... Ah, si, il y avait quelque chose... : un énorme silence ! ». C’est à La Réunion, sous la prise en charges du docteur Gaud, qu’il a pu suivre son traitement anti-rétroviral. Il y rencontre Adrien, fondateur de RIVE, et s’investit alors dans le Conseil d’administration de l’association réunionnaise. Mais Nicolas ne pouvait rester indifférent à la souffrance des Mauriciens.
« Le SIDA, on ne connaît pas... »
« Qu’est-ce que je vais faire de ce temps qui me reste ? », s’interrogeait-il alors. Et la réponse lui est apparue limpide et évidente : « Tu vas toi aussi te lancer dans la lutte contre le SIDA... Ton pays, c’est l’Ile Maurice ». Assuré du soutien de Catherine Gaud, Nicolas se tourne vers ses proches pour constituer ses troupes. « De suite, on a eu le soutien de la presse. La seule radio de l’époque, dirigée par Marie-Michèle Etienne, nous a ouvert ses ondes », se souvient-il. L’objectif était alors d’informer les gens sur la maladie, de faire de la prévention, mais aussi rapidement de permettre aux malades d’accéder au traitement (PILS veut aussi dire pilule en anglais). En 1997, alors que les trithérapies font reculer la morbidité en Europe, en Afrique et dans l’océan Indien, le SIDA continue de tuer à Maurice, dans l’indifférence la plus totale : « Le SIDA, on ne connaît pas... C’était la maladie des autres dont il ne faut pas parler ». Que répondre alors aux premiers patients qui font appel à l’association, leur dernier espoir ? Que répondre à ces dizaines de « au secours, je meurt ! » ?
Grâce à quelques mécènes mauriciens, les premiers patients sont envoyés à La Réunion où le docteur Gaud et RIVE se proposent de les accueillir. « Catherine sauve des vies », commente Nicolas. Personne cependant à Maurice pour assurer le suivi médical de ces patients jusqu’au jour béni où le docteur Joy Backory pousse la porte de l’association. Spécialisé dans les maladies infectieuses, diplômé en gestion de l’infection à VIH, le docteur Backory propose ses compétences au Ministère de la Santé pour qui le SIDA à Maurice, c’est toujours « pena problèm », il n’existe pas. Au sein de PILS, « il fait le suivi des patients en cachette pendant que nous nous démenons pour trouver les ressources financières capables de supporter le coût des traitements. À l’époque, 15.000 roupies par mois et par patient », explique Nicolas. C’est le combat dans la clandestinité.
Enfin la gratuité des traitements
Toujours en 1997, PILS ouvre SIDA Info Maurice, premier numéro gratuit d’information, d’écoutes et de soutiens autour du SIDA et de la sexualité qui, depuis, s’est professionnalisée. Ce n’est qu’en 1999 que le bras de fer avec les autorités commence à jouer en faveur des malades. La prévention de la transmission du VIH de la mère à l’enfant s’organise. Catherine Gaud intercède auprès du gouvernement mauricien qui finit par accorder la gratuité des traitements pour les enfants. Les adultes en sont toujours privés : « C’est pousser à la création d’orphelinat », commente Nicolas. Il faudra attendre le changement gouvernemental l’année suivante pour que la lutte se structure, qu’une stratégie se dessine, que les médecins mauriciens soient formés à la maladie. En 2001, le Vice-Premier ministre Paul Béranger se laisse convaincre de la nécessité d’un traitement gratuit pour tous.
Le 24 novembre, pour les 5 ans de PILS, il annonce officiellement que les anti-rétroviraux seront distribués gratuitement pour tous. Maurice devient alors, en 2002, le deuxième pays, à côté de l’Afrique, à dispenser gratuitement et de façon universelle les traitements. Une voie plus favorable dans la lutte semble se dessiner, mais en 2003, « l’arrivée des tests rapides révèle ce que nous craignons depuis longtemps : une épidémie galopante chez les usagers de drogue par intraveineuse et plus particulièrement chez les détenus ». Nicolas explique que ces détenus séropositifs sont isolés, et l’accès des prisons interdit aux ONG. « Face à cette violation des droits humains, à cette torture psychologique et cette ineptie, nous déterrons la hache de guerre ».
« Un peu de lumière apparaît... »
« Dès 1996, nous avons alerté les autorités en leur rappelant que l’île était ouverte aux voyages, que les toxicomanes partageaient la même seringue se transmettant déjà l’hépatite et que les jeunes n’étaient pas informés », poursuit Nicolas qui parle d’un plaidoyer engagé depuis 10 ans. Pour réduire les risques de transmission du virus par intraveineuse, les toxicomanes ont déjà besoin d’un traitement de substitution à la drogue, à savoir la Methanone.
Depuis le 8 novembre, cette préconisation est en cours d’exécution. Il faut aussi, comme le rappelle Nicolas, changer la loi mauricienne pour qui toute personne en possession d’une seringue est un criminel à enfermer, alors qu’il a avant tout besoin d’être reconnu comme un malade. Un projet de loi global, présenté mardi dernier, passe actuellement en première lecture au Parlement, mais déjà, PILS craint une rédaction trop rapide pour être totalement cohérente. « Il nous reste encore un travail colossal à accomplir, mais il semblerait néanmoins qu’à travers les gros nuages que représentent la toxicomanie intraveineuse, la pauvreté grandissante ou la stigmatisation encore bien réelle, un peu de lumière apparaît dans ce combat contre le VIH-SIDA », se convainc Nicolas.
Avec 8 salariés, 25 volontaires, 200 adhérents et 150 bénévoles, PILS poursuit sa route et ses projets, dont un très important visant à structurer une coopération régionale entre les ONG de la zone océan Indien avec la mise en place d’un numéro Vert et un programme de formation pour les journalistes. PILS poursuit localement un important travail en direction des jeunes, population vulnérable qui ne font pas les tests et qui utilisent avant tout le préservatif comme un moyen de contraception. « Beaucoup meurent encore à Maurice en silence, explique encore Nicolas. Le gros problème reste la stigmatisation, et par honte, beaucoup de séropositifs préfèrent ne pas se soigner ».
Nous avons rencontré jeudi une équipe formidable qui vous accueille avec la chaleur des gens simples et généreux. Une équipe qui, malgré les peaux de bananes semées sur son chemin, malgré les difficultés constantes, voire grandissantes à travailler avec les autorités, tient bon le cap, car elle croit en la justice de son combat. A Maurice, tout le monde connaît PILS et Nicolas Ritter. Tout le monde connaît donc le SIDA. Reste alors à monter la garde, à lui faire barrage en se protégeant, en adoptant des attitudes responsables car on ne le répétera jamais assez : la maladie ne fait aucune différence d’ethnie ou de culture, elle ne fuit pas devant le déni, mais s’installe confortablement dans le silence, premier vecteur de contamination.
Stéphanie Longeras
An plis ke sa
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Nous aurions voulu vous faire partager ce témoignage hier, mais Maurice est, depuis 3 jours, privé de connexion Internet, du moins le Nord de l’île où nous nous situons. Le seul opérateur local, Télécoms Mauritius a à l’évidence des difficultés à délivrer le haut débit sur l’ensemble de l’île. Un seul opérateur qui n’a pas laissé de place à la concurrence qui voulait s’installer dans l’île, il y a peu. Le monopole domine, les autorités laissent faire et les Mauriciens paient le prix fort.
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