Les pesticides attaquent notre système hormonal

3 janvier 2007

Le Dr Philippe Presles, médecin, tabacologue et diplômé du MBA (Master of Busines Administration) du groupe HEC, est également rédacteur en chef du site www.e-sante.fr. Il a écrit deux livres importants : “Prévenir Alzheimer”, “les cancers”, “l’infarctus” et “vivre en forme”, avec Catherine Solano, et “Grippe aviaire, comment s’y préparer” ?
A l’occasion des 26èmes Journées françaises d’endocrinologie clinique, nutrition et métabolisme, qui se sont tenues à Paris en décembre 2006, il a fait paraître les résultats d’études alarmantes sur l’usage excessif des pesticides en France.

La France est le pays européen utilisant le plus de produits phytosanitaires par habitant. Or pesticides, insecticides, herbicides, fongicides, provoquent des perturbations du système hormonal, démontrées chez les agriculteurs. De tels troubles endocriniens pourraient affecter la fertilité, le bon déroulement de la grossesse et être à l’origine de certains cancers.

Trop de pesticides en France

La France est un des pays qui utilise le plus de produits phytosanitaires (pesticides, insecticides, herbicides, fongicides). Elle se situe au 4ème rang mondial et au premier en Europe. Cette pratique est condamnable car 25 à 40% de ces substances sont ensuite retrouvées dans l’atmosphère, mais aussi dans les eaux de pluie, de surface ou souterraines.

Les agriculteurs sont en première ligne

Les agriculteurs étant les premiers exposés, de nombreuses études épidémiologiques ont déjà montré une relation entre l’exposition aux pesticides et les troubles du développement. Aujourd’hui, ces perturbations sont attribuées à un dysfonctionnement du système hormonal. En effet, par rapport à la population générale, les agriculteurs sont plus fréquemment atteints de maladies impliquant le système hormonal. C’est le cas des troubles de la thyroïde et du cancer de la prostate, semble-t-il.
Inversement, la fréquence du cancer du sein dans la population agricole est plus faible. Mais les chercheurs attribuent cette constatation à une activité physique plus importante et à une moindre exposition aux facteurs de risque chez les femmes travaillant dans le milieu agricole. A noter cependant que la mortalité par cancer du sein est plus importante dans les aires de culture de pommes de terre, ce qui s’explique sans doute par l’emploi d’exfoliants.

Répercussions sur la fertilité et la grossesse

L’allongement du délai de conception, en corrélation avec l’utilisation intensive de pesticides, est aujourd’hui bien documenté. Selon une étude américaine, la fertilité des couples exposés baisse de 20%. Le spermogramme des hommes exposés présente des anomalies et les femmes ont des cycles plus longs.
Concernant la grossesse, plusieurs effets délétères ont déjà été répertoriés : retard de croissance intra-utérine, prématurité, petit poids de naissance, fausse couche.
Et enfin, certains rapports suggèrent une hausse des troubles du développement de l’appareil reproducteur masculin et une réduction du sex-ratio après exposition aux pesticides (dans le sens d’une diminution du nombre de garçons).
En France, une étude portant sur les femmes enceintes est en cours en Bretagne, région où les pesticides sont fortement employés. Les résultats sont attendus pour l’année prochaine.
D’ores et déjà, cette revue des effets délétères des produits phytosanitaires est particulièrement effrayante. Il convient de renforcer les mesures préventives et d’informer les populations les plus exposées.


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