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XVIème Conférence internationale sur le SIDA
Hommage à une figure emblématique de la lutte contre le SIDA au Burundi : Jeanne Gapiya-Niyonzima
21 août 2006

Le thème choisi à l’occasion du XVIe Congrès international sur le SIDA est un appel à la mobilisation et à la solidarité : ’Passons aux actes.’ En marge de ce congrès, la diaspora burundaise a souhaité rendre hommage à une femme exceptionnelle qui, rejetant l’étoffe de la victime, est véritablement ’passée aux actes’, devenant ainsi un symbole mondialement reconnu de la résistance contre le SIDA.
Jeanne Gapiya-Niyonzima a personnellement été frappée par le SIDA. Séropositive depuis 21 ans, elle a aussi perdu son premier mari, son fils de 18 mois, sa soeur et son unique frère, tous emportés par le SIDA. De cette expérience terrifiante est née une formidable capacité de résilience qui l’a poussée à affronter le SIDA plutôt que de le subir.
Lutter contre le silence et la honte
En 1995, une époque où le SIDA était encore un sujet tabou au Burundi, une époque où les malades du SIDA, particulièrement les femmes, étaient assimilés à la honte, Jeanne fut la première personne à déclarer publiquement sa séropositivité. Elle mit sur pied l’Association nationale de soutien aux séropositifs et aux malades du SIDA (ANSS), dont le rôle fut déterminant dans la défense des droits des personnes vivant avec le VIH.
En 1999, grâce au partenariat avec l’ONG française Sidaction, Jeanne mit sur pied le Centre Turiho, qui signifie en kirundi : "Nous, personnes vivant avec le VIH, sommes vraiment vivantes et déterminées à défendre nos droits." Le Centre Turiho est devenu une référence nationale en matière de soins, de conseils et de traitements contre le SIDA. Il assure les traitements antirétroviraux à environ 1.700 patients. Quand on sait qu’à l’échelle nationale, le nombre total de personnes qui reçoivent ces traitements se situe autour de 5.000, on comprend mieux l’importance de ce centre.
Les orphelins du SIDA, une tragédie nationale
Le taux de séroprévalence du SIDA au Burundi est évalué à 11%, ce qui classe ce pays au 16ème rang des pays d’Afrique subsaharienne les plus sévèrement affectés par le SIDA. Cette triste réalité en cache d’autres, car les conséquences du SIDA dépassent de loin le cadre médical ou clinique ; elles concernent aussi la manière dont la pandémie affecte socialement et économiquement les différentes catégories de la population. De ce point de vue, la situation des orphelins du SIDA est une véritable tragédie nationale.
En 2001, ONUSIDA dénombrait 231.000 orphelins du SIDA au Burundi, des orphelins dont un nombre considérable vit avec le VIH, des orphelins-mineurs contraints aussi de remplir le rôle de chefs de ménage. D’après le bureau du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) au Burundi, le pourcentage d’enfants âgés de 7 à 14 ans qui, en 2002, étaient obligés de travailler afin de subvenir un tant soit peu aux besoins de leurs frères et sœurs s’élevait à 30,6%.
Une situation d’une telle ampleur laisse évidemment des marques indélébiles sur les enfants eux-mêmes mais aussi sur leurs proches, qui assistent, souvent impuissants, au sacrifice d’une génération, le Burundi de demain.
"Nous unir contre le SIDA"
Ayant elle-même vécu avec traumatisme la perte de son fils, ayant été témoin de cette douleur inqualifiable de voir souffrir l’innocence, de voir des enfants naître pour mourir, de voir les enfants rompre dans une extrême brutalité avec l’enfance, Jeanne a décidé de consacrer ses énergies à la défense des orphelins du SIDA. Grâce à Sidaction toujours, elle a mis sur pied un projet de prise en charge globale des orphelins qui ont perdu leurs parents à cause du SIDA. Actuellement, le projet répond aux besoins essentiels de 300 orphelins. Il leur assure frais de scolarité, matériel scolaire, sécurité alimentaire, habillement et soins de santé, y compris les traitements contre le SIDA.
Dans un pays pauvre comme le Burundi, prendre en charge 300 orphelins du SIDA est un véritable exploit qui mérite d’être souligné. Cependant, cela ne devrait pas faire oublier que dans cette course contre la montre, des milliers d’autres enfants sont sans secours ni assistance. C’est pour accroître le nombre des enfants bénéficiaires mais aussi pour améliorer leur qualité de vie qu’il est demandé à tous les hommes et à toutes les femmes de bonne volonté d’appuyer cette noble cause que Jeanne défend depuis une décennie. (...) De passage à Paris, où elle était invitée le 15 juin dernier à parler des orphelins, Jeanne a terminé son allocution par un appel : "Tous, médecins, chercheurs, décideurs, activistes, associations, travailleurs sociaux, nous avons la responsabilité morale de travailler pour rendre le sourire aux enfants de la Terre. En aidant les enfants, on reçoit bien plus qu’on ne donne. Aujourd’hui plus qu’hier, il est urgent de nous unir pour les enfants, de nous unir contre le SIDA."
Françoise Nduwimana
Chargée de cours à l’Université du Québec en Outaouais et consultante en développement international
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