Lutte contre l’anorexie en France

Projet de loi ’anti-ana’ : halte à l’éloge de la maigreur

24 avril 2008

Valérie Boyer, députée UMP des Bouches-Du-Rhône vient de proposer une loi contre le mouvement ’pro-ana’, ou “pro-anorexie”. La députée vise particulièrement les sites qui font l’apologie de l’anorexie, une maladie qui touche principalement les jeunes filles de 15 à 25 ans. En effet, par l’intermédiaire d’Internet, un mouvement ’pro-ana’ s’est propagé parmi les jeunes filles qui en sont atteintes. Elles se partagent leurs expériences et s’échangent des conseils pour maigrir ou ’ne pas craquer’ face aux ’tentations de la faim’. A l’heure où les campagnes contre l’obésité ont pris d’assaut les médias, le problème de l’anorexie ne va pas passer sous silence.

"Deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende" pour "le fait de provoquer une personne à rechercher une maigreur excessive en encourageant des restrictions alimentaires prolongées". La proposition de loi vise à protéger les personnes contre l’influence néfaste que peuvent exercer certaines anorexiques qui font l’éloge de leur maladie en utilisant le web. Ce qui provoque le tôlé chez les jeunes filles concernées. Elles l’appellent déjà “la loi "anti-ana"” et se présentent comme les victimes d’un rejet de la société. On trouve sur des blogs "pro-ana", des commentaires où les jeunes filles, bien que lucides sur leur maladie, détournent le problème et se victimisent.
« Non, être pro-ana n’est pas un hobby (...)., déclare l’une d’entre elles. Etre pro-Ana signifie "je souffre de TCA et je dois faire avec". » « Je n’aime pas mon corps, je veux en changer et aucun discours ne me fera voir mon apparence autrement que comme mon miroir me l’impose ». Etre "anti pro-ana" signifie selon elle “je n’ai aucune connaissance des troubles psychologiques que je dénonce et je montre du doigt une victime déjà écrasée par son poids, son image, son esprit”. (...) Etre anti pro-ana signifie que je n’aime pas les personnes malades.
Même si les anorexiques intellectualisent constamment leur situation, il n’est pas rare de voir de tels contradictions dans leur raisonnement. Prisonnières de leur image, elles la défendent cependant envers et contre tout. C’est d’autant plus dangereux que leur lucidité les maintient paradoxalement dans l’inconscience. Leur refus de s’alimenter peut conduire rapidement à la mort. Face à leur comportement, parents et même médecins sont souvent démunis.

Valérie Boyer propose donc ici de punir l’incitation à la maigreur.
Cependant, comme le souligne Jacqueline Fraysse (PCF) : « Le renforcement du code pénal ne saurait tenir lieu de politique de santé ». La gauche reproche en effet à la parlementaire UMP de n’utiliser que la répression pour freiner la maladie. Encore une fois cette mesure dénote une tendance de la droite à préférer punir plutôt qu’éduquer en matière de politique sociale.
L’anorexie touche particulièrement les adolescentes, qui sont des sujets facilement influençables. Il s’agit ici de la première mesure gouvernementale mise en place pour freiner ce nouveau fléau du XXIème siècle.

Nathalie Caumes


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