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L’école des sages-femmes de La Réunion a cent ans
15 décembre 2005

Le jeudi 8 décembre dernier, l’école de sages-femmes de La Réunion célébrait le centième anniversaire de sa naissance à Saint-Denis, au Centre hospitalier de Bellepierre, où elle est actuellement située. Aurore Delgard, la directrice de cette école, avait invité de très nombreuses personnalités, consœurs sages-femmes et médecins pour donner le caractère le plus solennel possible à cette journée souvenir. Notre amie Simone Biedinger, sage-femme retraitée, a participé à cette commémoration et a fait parvenir à “Témoignages” un compte-rendu, dans lequel elle témoigne du haut niveau de cet établissement.
C’est avec un immense plaisir que j’ai suivi la célébration du centenaire de la création de l’école de sages-femmes de La Réunion jeudi dernier au CHD, où j’ai notamment eu le grand bonheur de retrouver d’anciennes collègues de l’école et des maternités où j’ai travaillé.
Je suis moi-même une ancienne élève de cette école et toutes mes années professionnelles de sage-femme, je les ai vécues à La Réunion. Je mesure donc de l’intérieur tous les efforts et les obstacles qu’il a fallu franchir pour faire de cette école un lieu d’études et de solide pratique professionnelle, de réflexion, un espace d’apprentissage incontournable et rayonnant de cette belle profession. Et quel dynamisme, et que de projets encore en cours ici à La Réunion et dans l’océan Indien pour améliorer les conditions des accouchements !
La sage-femme en première ligne
Catherine Gaud, qui était venue nous saluer en tant que vice-présidente de la Région, l’a bien soulignée : cette école est un pôle d’excellence qui permet la progression de la santé dans l’océan Indien en développant l’accès aux soins pour tous et la formation des professionnels de santé. La sage-femme est en première ligne pour articuler une politique de santé apportant le bien-être dont ont besoin les mamans et leurs bébés.
Depuis cette année 2005, par transfert de compétences au titre de la formation, la Région est devenue le nouveau partenaire de l’école, c’est elle qui est juge en matière d’agrément de l’établissement et de gestion financière.
L’histoire d’une école
C’est ensuite le professeur d’université Prosper Ève qui est venu apporter sa contribution à notre connaissance de l’histoire de cet établissement de formation.
L’ordonnance du 3 mars 1819 prévoit la création d’une école de sages-femmes à l’île Bourbon, mais elle restera sans effet. En 1905, un nouveau décret daté du 11 mai ordonne un cours d’obstétrique de deux années pour les sages-femmes. En 1940, le docteur Raymond Vergès, directeur du service de Santé, réitère la demande d’ouverture de cette école.
Ce n’est qu’en 1950, par l’arrêté du 11 mai, que l’école est agréée pour la préparation du diplôme d’État de sage-femme ; elle est alors rattachée à la Faculté de médecine d’Aix-Marseille. Le diplôme local devient le diplôme d’État.
Une profession qui a évolué
La durée des études passe successivement de deux à trois années puis à quatre. Pour être admis à l’école, le baccalauréat est à présent obligatoire ainsi que la première année commune aux étudiants en médecine. Les perspectives d’avenir des élèves incluent des projets universitaires et peuvent évoluer vers un master professionnel ou un master recherche.
La profession a beaucoup évolué : anciennement paramédicale, elle est devenue une profession médicale, avec la possibilité de prescrire des soins et des médicaments et bien sûr davantage de responsabilités.
En 1962, on comptait 60 sages-femmes à La Réunion pour 16.500 naissances par an. Actuellement, il y en a 287 pour 14.500 naissances.
"Une expérience humaine unique, inoubliable"
Le docteur Michel Imbert intervenait en tant que médecin obstétricien. Il s’adressait aux sages-femmes en leur disant : "votre profession est belle, exercez-la avec passion. Travaillez en collaboration avec les médecins, ce ne sont ni vos ennemis, ni vos concurrents... et continuez à défendre votre profession. Conservez à l’accouchement le caractère émouvant d’une expérience humaine unique, inoubliable. N’oubliez pas que pour la femme qui accouche, l’antidote de l’angoisse c’est votre présence complice".
Le docteur Michel Turquet, pédiatre, témoignait des longues années de lutte pour éradiquer les infestations parasitaires, le rhumatisme articulaire, la malnutrition et le paludisme qui ont pratiquement disparu grâce à une solide politique de santé et le travail sur le terrain de très nombreux éducateurs de la santé.
Il a mis l’accent sur le travail d’information à la santé, la prévention. Il souligne que les médias ne présentent pas assez de reportages concernant la prévention, l’éducation sanitaire, la diététique : "La prévention de l’obésité se fait dès la naissance et commence par l’allaitement maternel".
Des témoignages poignants
D’autres personnalités étaient également présentes : Frédérique Lebon, déléguée aux droits des femmes, Jean-Jacques Morel, représentant du Conseil général, Huguette Bello, députée et présidente de l’Union des femmes réunionnaises (UFR).
Les témoignages les plus poignants furent peut-être ceux de ces trois sages-femmes évoquant leur pratique quotidienne.
Marie-Hélène Maillot, sage-femme hospitalière, a exercé de longues années dans une petite maternité de Saint-André et elle a intégré, comme beaucoup d’autres sages-femmes, une structure plus grande, réunissant toutes les compétences : "J’apprécie le travail d’équipe du CHD, on ne peut pas aller contre la modernité... Je regrette néanmoins les relations de proximité et tous les contacts amicaux avec les habitants du quartier de Saint-André".
Nicolas Boyer : "je veux ici témoigner de ma profession en tant qu’homme sage-femme. Je n’avais pas, au départ, “la vocation”. Elle est venue tout doucement au cours des accouchements que j’ai pratiqués et ma profession est devenue ma passion. Je n’ai jamais eu de problèmes avec les mamans que je suivais pendant leur travail ; jamais, ni ici ni en métropole où j’exerce depuis 6 ans. J’aimerais dire également que notre école ici est une très bonne école ; j’ai pu voir dans ma pratique quotidienne l’étendue des connaissances pratiques et théoriques que j’ai acquises et qui m’aident considérablement, je n’ai pas à rougir de mon enseignement, il est bien solide et supporte largement les comparaisons avec les autres écoles".
Notre avenir
Enfin, Corinne Doro, sage-femme libérale : "être sage-femme, c’était mon rêve et je réalise que c’est une grande chance de pouvoir réaliser ce pour quoi on est fait. On entre petit à petit dans la profession, on naît un peu plus sage-femme à chaque naissance. Il faut rester humble devant le grand mystère de la vie et ne rien prétendre connaître".
Pour conclure, j’aimerais dire ceci : notre profession continue à progresser dans sa diversité et sa valorisation ; la salle d’accouchement reste un endroit d’accueil et de parole pour le couple, pour les mamans et leur famille, et un lieu de ressource où le don de soi est omniprésent et la tendresse donnée à profusion.
Allons continuer à agir pour aider les femmes à donner la vie, passer le témoin dans les meilleures conditions possibles avec le maximum de chances pour toutes et pour tous les enfants, notre avenir...
Simone Biedinger
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