Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
6 juin, parIEDOM : « Un premier trimestre favorable avant l’impact de la crise au Moyen-Orient »
Entretien exclusif avec le docteur Catherine Gaud, membre de la délégation française
23 août 2006

Bilan mitigé. Tel est le sentiment du docteure Catherine Gaud, vice-présidente du Conseil Régional, présidente de l’association RIVE et membre de la délégation française au XVIème Congrès international sur le SIDA qui s’est clôturé vendredi dernier à Toronto au Canada. Certes, cette manifestation permet de nombreuses rencontres, de faire un point sur l’avancée des traitements, de la prévention, mais ’l’argent ne va pas où il devrait aller.’
Impossible d’assister aux centaines voire aux milliers de communications sociales, politiques, relatives à la législation, à la discrimination... qui ont animé les 6 jours de congrès. Particulièrement avisée et intéressée par le sujet, le docteur Gaud souligne que "la demi-journée consacrée aux avancées scientifiques fut très intéressante", même si elle n’a peut-être pas suffit à alimenter son expertise en la matière.
Des interventions courageuses
Le traitement "anti integrate", objet de nombreuses études, qui empêche l’infection de la cellule humaine par le virus, s’avère extrêmement prometteur, tout comme l’inhibiteur de maturation qui freine le potentiel infectieux des bébés virus. Si la recherche avance à grands pas, "un vaccin n’est cependant pas à attendre avant plusieurs années." Comme beaucoup de spécialistes du SIDA, le docteure Gaud consciente de cet état de fait explique qu’elle a particulièrement apprécié "le courage" de Françoise Barré-Sanoussi, co-découvreur du virus du SIDA avec Luc Montagnais, qui l’a clairement rappelé en séance plénière.
Elle retient aussi l’engagement important, "toujours des mêmes personnes" : Bill Clinton, Bill Gates, très présent, et qui eux aussi ont été "assez courageux pour critiquer la politique de Bush, qui prône l’abstinence ou de la fidélité conditionnant ainsi les aides américaines au SIDA."
La France elle aussi a su réaffirmer son engagement en faveur de la lutte et des malades. "La France est vraiment un pays qui se conduit bien, affirme Catherine Gaud. Il y en a tellement peu qui prennent en charge le traitement à 100%. La politique de la France est tout à fait exemplaire."
"Il y a beaucoup d’argent mais..."
Le volet prévention a occupé une large part des échanges. De nombreuses études menées en Afrique ont par exemple démontré que la transmission du virus serait moindre chez les hommes circoncis. De même, les crèmes spermicides à appliquer dans le vagin pour empêcher la contamination offrent de bons résultats, mais se confrontent à une limite éthique car sans préservatif, l’exposition au virus reste entière. Limite éthique également pour les essais du traitement Viread qui permettrait à un séronégatif d’avoir des rapports avec un séropositif en prenant un comprimé par jour. "Il y a eu énormément de communications sur le droit, l’éthique, la sexualité des jeunes ou encore le "suggar daddy", croyance très répandue en Afrique qui laisse entendre qu’un rapport avec une jeune fille vierge guérirait du SIDA." La présidente de RIVE retient également la présence de Michèle Bachelet, présidente du Chili, des ministres de la santé français, mauricien, du secrétaire exécutif malgache.
Si ce congrès est l’occasion de rencontres nombreuses et intéressantes, Catherine Gaud déplore le coût élevé de la participation (300 euros l’inscription), constate avec une certaine ironie que des représentants des pays en voie de développement séjournent dans des hôtels 4 étoiles... "Il y a beaucoup d’argent, mais il ne va pas où il devrait aller."
"On y entend toujours les mêmes choses"
Finalement avec le recul et l’expérience de 10 congrès internationaux, le docteur Gaud compare une peu cette manifestation à une grande foire. "Il faut militer pour le droit des prostituées, il faut militer pour le droit des transsexuels, il faut, il faut... Je suis peut-être blasée par tous ces congrès, mais l’on y entend toujours les mêmes choses, retrouve toujours en séance inaugurale, le séropositif d’un pays en voie de développement qui sera là pour dénoncer ce qui se passe dans ce pays, l’activiste homosexuel américain avec toujours les mêmes percing, tatouage, tee-shirt blanc et jean..." En clair, une espèce de mascarade orchestrée qui ne fait pas avancer les choses. Comme chaque année, les activités de Act Up ont saccagé les stands des labos et particulièrement celui de Abbot qui a encore augmenté le prix de ses gélules. Une habitude qui, elle, est nécessaire.
Stéphanie Longeras
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