Conflits et insécurité

46,7 millions d’enfants menacés de malnutrition, de déplacement, de mauvaise santé et de perte d’éducation en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale

23 décembre 2023

L’UNICEF lance un appel d’urgence de 1,89 milliard de dollars US pour fournir, entre autres, des produits nutritionnels vitaux, de l’eau potable, des services d’éducation et de protection de l’enfance.
Selon les prévisions, 46,7 millions d’enfants sont confrontés à une nouvelle année de besoins humanitaires en Afrique de l’Ouest et du Centre, principalement dus aux conflits et à l’insécurité actuels, notamment dans la région du Sahel central et en République démocratique du Congo, et au déplacement massif de femmes et d’enfants du Soudant vers le Tchad.

L’UNICEF dans la région lance un appel urgent de 1,89 milliard de dollars US dans le cadre de l’Action humanitaire pour les enfants (HAC) pour 2024, ce qui permettrait d’atteindre environ 24,1 millions d’enfants en Afrique de l’Ouest et du Centre, contre 23,5 millions en 2023.

« L’Afrique de l’Ouest et du Centre abrite un grand nombre de situations d’urgences qui sont gravement sous-financées, et certaines des crises humanitaires les plus négligées au monde pour les enfants », a déclaré la Directrice régionale de l’UNICEF pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, Félicité Tchibindat. « Les enfants ne sont pas à l’origine des conflits, mais ils sont impuissants à y mettre fin. Nous devons faire plus pour construire une solution durable pour les enfants de la région et leur donner de l’espoir alors qu’ils grandissent au milieu de crises chroniques et oubliées ».

Plus d’un tiers des besoins de financement en 2024 est destiné à lutter contre la malnutrition dans la région, vu le taux de prévalence de l’émaciation chez les enfants de moins de cinq ans qui reste élevé. Les pays du Sahel sont les plus touchés, plusieurs zones du Burkina Faso, du Mali et du nord-ouest du Nigeria présentant des niveaux d’urgence de l’émaciation des enfants supérieurs à 15 %. Au cours de l’année jusqu’à fin octobre 2023, 1,9 million d’enfants de moins de cinq ans ont été admis pour un traitement contre l’émaciation sévère dans neuf pays du Sahel, ce qui représente une augmentation de 20 % par rapport à la même période en 2022. Cette augmentation est en partie due à l’élargissement de la couverture des services de traitement de l’émaciation chez l’enfant, rendu possible par le financement des partenaires donateurs.

Le manque de financement reste un obstacle majeur à l’intervention humanitaire dans la région de l’Afrique de l’Ouest et du Centre, les deux appels de l’UNICEF les moins financés au niveau mondial provenant de cette région. L’appel de l’UNICEF en 2023 pour répondre aux besoins humanitaires au Burkina Faso (227 millions de dollars) n’a été financé qu’à hauteur de 11 %, tandis que l’appel de 2023 pour la République démocratique du Congo (862 millions de dollars) n’a été financé qu’à 13 %.

Les situations d’urgences humanitaires en Afrique de l’Ouest et du Centre incluent parmi d’autres les suivants :

La population du Burkina Faso continue de vivre une crise humanitaire multidimensionnelle qui s’est aggravée depuis 2019. Plus de 2 millions de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays. Les populations sont privées de libre circulation et d’approvisionnements nécessaires à cause du blocus de fait par des groupes armés dans des zones où plus d’un million de personnes vivent ou ont trouvé refuge.

Au Cameroun, 4,7 millions de personnes (dont 2,5 millions d’enfants) ont besoin d’une aide humanitaire d’urgence en raison de crises complexes et multiformes : un conflit armé entraînant des déplacements internes et transfrontaliers, des violences intercommunautaires, des épidémies (notamment de choléra et de rougeole) et des inondations saisonnières.
La violence, les mouvements de population et les catastrophes naturelles continuent de peser lourdement sur les enfants de la République centrafricaine. Malgré une certaine diminution de l’insécurité et de la violence liée aux conflits, 2,8 millions de personnes (près de la moitié de la population du pays) auront besoin d’une aide humanitaire en 2024. Parmi elles, 1,3 million d’enfants.
Parmi les crises récentes au Tchad figure l’afflux important de réfugiés soudanais et de rapatriés tchadiens depuis avril 2023. Le Tchad accueille près de la moitié des réfugiés d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale (1 million sur 2,2 millions). Les crises multidimensionnelles prolongées et à évolution rapide, aggravées par le changement climatique, ont créé une situation humanitaire difficile pour le peuple tchadien, et 7,6 millions de personnes auront besoin d’une aide humanitaire en 2024.
La République démocratique du Congo est le pays qui compte le plus grand nombre de violations graves contre les enfants vérifiées par les Nations unies. C’est également l’un des pays qui comptent le plus grand nombre de personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays. L’augmentation du conflit armé dans le pays a de graves répercussions sur 14,9 millions d’enfants qui souffrent des épidémies récurrentes, de violences sexuelles endémiques et de difficultés d’accès croissantes, autant de facteurs qui exacerbent la vulnérabilité et augmentent la mortalité infantile. L’intensification des opérations militaires en 2024, ainsi que les hostilités attendues après le retrait de la mission de maintien de la paix des Nations unies, augmenteront les risques pour les enfants.
Le Mali connaît des besoins humanitaires croissants et sans précédent. On estime que 8,8 millions de personnes, soit plus de 40 % de la population, auront besoin d’une aide humanitaire en 2024. Le départ de la mission de maintien de la paix des Nations unies au Mali (MINUSMA), qui devrait s’achever le 31 décembre 2023, a eu un impact sur la dynamique du conflit et a entraîné de nouvelles hostilités.
Le Niger reste confronté à une combinaison de crises : conflits armés persistants, catastrophes d’origine climatique, urgences nutritionnelles et épidémies, toutes exacerbées par l’instabilité politique qui a suivi un coup d’État militaire à la fin du mois de juillet 2023. En 2024, on estime que 4,3 millions de personnes, dont 2,4 millions d’enfants, auront besoin d’une aide humanitaire.
Le conflit armé dans le nord-est du Nigeria continue de nuire à la vie et aux perspectives d’avenir de 7,7 millions de personnes, dont 60 % d’enfants. En outre, 474 000 personnes dans le nord-ouest du pays et 489 000 dans l’État de Benue ont été déplacées en raison de la violence armée, y compris la violence entre agriculteurs et éleveurs.
Dans quatre pays côtiers d’Afrique de l’Ouest (Bénin, Côte d’Ivoire, Ghana et Togo), les enfants et les adolescents des régions au nord de ces pays sont confrontés aux conséquences humanitaires du débordement de la crise du Sahel, y compris les déplacements de population. Dans ces quatre pays côtiers, le nombre de personnes déplacées, de rapatriés et de réfugiés est aujourd’hui estimé à 123 000, dont 36 000 enfants. Ces chiffres pourraient augmenter en raison de la dynamique politique et des conflits au Burkina Faso, au Mali et au Niger.

Grâce à l’appel de 2024 en Afrique de l’Ouest et du Centre, l’UNICEF a pour objectif d’atteindre :

6,1 millions d’enfants avec des vaccins contre la rougeole
3,5 millions d’enfants de 6 à 59 mois avec un traitement contre l’émaciation sévère
5,6 millions de personnes pour leur permettre de disposer de canaux sûrs et accessibles pour signaler l’exploitation et les abus sexuels commis par le personnel qui fournit une assistance aux populations touchées.
5,8 millions de personnes pour leur permettre d’accéder à une quantité et une qualité suffisantes d’eau potable.
266 500 ménages pour leur permettre de bénéficier de transferts monétaires humanitaires financés par l’UNICEF.

Face à l’insécurité croissante et aux menaces qui pèsent sur les travailleurs humanitaires dans la région, l’UNICEF travaille par l’intermédiaire d’un grand nombre d’intervenants locaux qui jouent un rôle crucial dans la négociation de l’accès aux populations touchées par les crises et aux intervenants humanitaires et dans la promotion de l’acceptation de l’aide par ces populations.

Réfugiés

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Messages

  • Merci pour cet article fort documenté et globalement vrai . la situation est dramatique, surtout pour les enfants . vous citez 1,9 millions d’enfants accueillit dans des structures. Mais probablement plus ne le sont pas, par manque de moyens, ou de signalement
    Cependant je me permets 2 remarques.
    Sur la forme : une légende indiquant à quoi correspondent les différentes couleurs de la carte, serait bien utile .
    Sur le fond ; bien sur, les guerres, les conflits internes, les blocus des groupes armées, , le climat avec la sècheresse, la situation économique , les épidémies, l’instabilité politique sont parmi les causes principales de cette situation.
    Mais j’ajouterai 2 autres causes : D’une part la corruption de nombreux dirigeants locaux . il faudrait être aveugle pour le nier.
    D’autres part les exigence de certaines sociétés privées ou d’état venant de plusieurs pays étrangers :occidentaux , russes, du moyen orient et surtout chinois.
    Ces personnes profitent de la situation du pays pour s"’enrichir, en exploitant honteusement la main d’oeuvre locale, adulte ou enfant.
    Que faire ?
    Bien sûr, vu la situation, l’aide humanitaire est indispensable.
    A plus long terme ,c’est plus complexe . cela dépend de plusieurs "intervenants. dirigeants des pays concernés (à tous les niveaux) , entreprises qui investissent (moins de profit et plus d’humanité), instances internationales, la population elle m^me( savoir réclamer aupres de leurs responsables) .De plus, une diminution de la démographie ne peux être que bénéfique, m^me si ce n’est pas le seul facteur d’amélioration.
    Un exemple près de nous .il y a quelques années l’exploitation du pétrole à Madagascar, n’a profité , en aucune façon, à l’ensemble de la population ...