Droits humains

8 mars : appel des femmes réunionnaises à libérer Ahed Tamimi

Un rassemblement sous le signe de la solidarité avec les femmes en lutte à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes

Manuel Marchal / 9 mars 2018

La Ligue des droits de l’Homme, l’association Réunion-Palestine et la France insoumise avait répondu hier à l’appel des Femmes communistes de La Réunion à un rassemblement de solidarité avec les femmes en luttes à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes. Un appel à la libération de Ahed Tamimi sera adressé à l’ONU en tant que « Contribution des femmes réunionnaises à la lutte des femmes et des peuples dans le monde ».



Plusieurs dizaines de personnes étaient rassemblées hier sur la Place des droits de l’Homme à Champ Fleury. Elles ont répondu à l’invitation des Femmes communistes de La Réunion à célébrer la Journée internationale des droits des femmes, placée cette année sous le thème de la solidarité avec les femmes en lutte, notamment pour demander la libération d’Ahed Tamimi, Palestinienne de 16 ans menacée de plusieurs années de prison pour avoir giflé un soldat israélien.

La Ligue des droits de l’Homme et l’association Réunion-Palestine se sont associés à l’événement, auquel s’est joint une délégation de la France insoumise. De nombreux militants venus de différentes Sections communistes de l’île étaient également présents.

Julie Pontalba a accueilli les participants en rappelant le thème du rassemblement, et l’action proposée pour lui donner suite : adresser à l’ONU un texte intitulé « Contribution des femmes réunionnaises à la lutte des femmes et des peuples dans le monde ».

Combat de société

Firose Gador est ensuite intervenue pour donner le message des Femmes communistes de La Réunion. Son discours a notamment évoqué l’aspect historique en revenant sur l’origine de la célébration du 8 mars, et sur la place importante des Réunionnaises dans les luttes dans notre pays. Elle a souligné que malgré ces avancées, les femmes restent discriminées. Elle conclut en rappelant que le féminisme est un combat de société pour l’égalité.

Daniella Schussler a ensuite pris la parole au nom de l’association Réunion-Palestine. Son discours a été un plaidoyer pour la libération d’Ahed Tamimi, emprisonnée pour avoir osé. « Ahed Tamimi est un symbole de la résistance » face à Israël qui méprise la paix et le peuple palestinien. « La force du geste d’Ahed a fait trembler Israël » qui veut maintenant se venger de manière exemplaire. « Ahed Tamimi a montré que David peut vaincre Goliath ». « Ahed Tamimi a osé », qu’elle permette à toutes les femmes d’oser elles aussi pour dire stop aux violences, dit en substance Daniella Schussler. Elle conclut son discours en annonçant que la commune de Sainte-Suzanne va faire une demande de jumelage avec la ville palestinienne de Jéricho.

Pour l’abolition du patriarcat

Christiane Sudnikowicz (Ligue des Droits de l’Homme) a constaté que « trop souvent les femmes s’effacent au profit de la masculinité ». « Des droits acquis commencent à être émiettés », en raison notamment de l’asphyxie financière des associations de luttes contre les violences en raison de la baisse des subventions. « Trop souvent les femmes dans notre région sont empêchées d’agir sous le poids de la culture et de la religion », poursuit-elle en appelant à « changer les regards » car « la femme n’est pas un corps, une ressource économique ».

Gaëlle Antoine, de la Section communiste de Saint-Pierre, a rappelé quelques faits statistiques. « Les femmes représentent 51 % de la population dans le monde, créent 66 % de la richesse mais n’en possèdent que 10 % et ne sont propriétaires que de 1 % des biens ». « Les femmes sont sous-représentées dans la décision politique », tout ceci est la conséquence du « système du patriarcat, exacerbé par le capitalisme ». Elle a précisé que le féminisme a pour objectif principal « l’abolition du patriarcat ». Ces derniers mois a vu l’intensification des dénonciations par les femmes des agressions qu’elles subissent, « la révolte est trop forte pour être stoppée ».

Appel à la libération d’Ahed Tamimi

Le rassemblement s’est poursuivi par la lecture de l’appel « Contribution des femmes réunionnaises à la lutte des femmes et des peuples dans le monde ». Ce texte demande la libération d’Ahed Tamimi. « Jeune militante, engagée dans la lutte pour la libération de son pays, elle n’a que 16 ans et elle a été mise en prison depuis plusieurs mois pour avoir giflé un soldat Israélien. Quand le soldat porte des armes avec lesquelles il peut ôter la vie, ses armes à elle sont ses mains et pour ça elle risque des dizaines d’années de prison. Peut-on imaginer une telle ineptie : emprisonnée pour avoir donné une gifle ? », souligne l’appel. Ses signataires le transmettront à l’ONU et s’engagent aussi à signer et faire signer « les pétitions en ligne, car les petites rivières font les grands fleuves et c’est ensemble que nous serons plus forts et que nous vaincrons ».

Le rassemblement s’est terminé par des prises de parole. Gélita Hoarau a dénoncé les assassinats de bébés tués parce que ce sont des filles, « juste pour éviter les dépenses ». En Inde, « des échographies sont pratiquées pour découvrir le sexe du bébé à naître » ce qui entraîne des avortements.

M.M.

Daniella Schussler (Association Réunion-Palestine), Julie Pontalba et Gaëlle Antoine (Femmes communistes de La Réunion), Christiane Sudnikowicz (Ligue des Droits de l’Homme) et Firose Gador (Femmes communistes de La Réunion).