La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République française comme La Réunion
5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
Incroyable, mais vrai !
25 mai 2013

L’ancienne ministre de la Culture du Mali n’est pas autorisée à passer par la France pour se rendre à une conférence en Allemagne. Aminata Traoré n’a jamais caché son opposition à l’intervention de l’armée française au Mali, et elle a à plusieurs reprises dénoncé la recolonisation de son pays. D’après elle, elle est sanctionnée pour cela.
Ancienne ministre de la Culture du Mali, auteure de livres à la portée retentissante, notamment "Le viol de l’imaginaire", Aminata Traoré s’est vue refuser par la France un visa d’entrée. Aminata Traoré ne partage pas l’analyse présentée par les dirigeants occidentaux au sujet de la guerre au Mali et de l’intervention de l’armée française, c’est le moins que l’on puisse dire. D’où cette question : est-elle sanctionnée pour délit d’opinion ? Et par qui ?
Invitée par la fondation Rosa-Luxemburg, AfricAvenir et la fraction "La gauche" au Bundestag pour se rendre à Berlin au mois d’avril pour divers entretiens politiques et un Forum de Dialogue "Mali entre-temps - après l’intervention militaire, avant les élections", la France avait opposé son veto contre l’octroi d’un Visa Schengen pour Aminata Traoré ainsi qu’Oumar Mariko. L’Allemagne avait fini par autoriser Madame Traoré à entrer sur son territoire directement, mais avait refusé cette option à Oumar Mariko.
Autrement dit, elle bénéficie d’un visa restreint. Elle peut quitter le Mali pour se rendre en Allemagne, mais elle n’a pas le droit de passer par la France.
Pour sa part, le Ministère français des Affaires étrangères invoque un « imbroglio administratif entre la France et l’Allemagne » pour expliquer la non-délivrance d’un visa permettant à Aminata Traoré de traverser la France pour se rendre en Allemagne.
| « On est considéré comme des pays en faillite » Répondant à “Mali Actualité”, Aminata Traoré propose une explication pour son interdiction de séjour en France : Vos prises de position contre l’intervention militaire des forces étrangères au Mali et notamment celle de la France ne seraient-elles pas la cause de cette interdiction ? -- Certainement, sinon je ne comprends pas pourquoi la France et surtout les membres de ce gouvernement de gauche qui m’ont reçue et qui me connaissent parfaitement le feraient. En principe, nous partageons les mêmes idées. Sauf que la France considère son intervention au Mali comme une réussite politique et militaire, c’est le Premier ministre Jean-Marc Ayrault qui l’a dit, et ce success story , de leur point de vue, exige certainement un verrouillage, qu’il n’y ait pas de critiques, puisque l’unanimité leur réussit si bien ! Vous vous souvenez bien que toutes les résolutions concernant cette guerre ont été adoptées à l’unanimité au Conseil de sécurité des Nations unies, et avant-hier (mardi 23 avril-NDLR) , ils viennent aussi de voter à l’unanimité à l’Assemblée nationale et au Sénat français pour la prolongation de l’Opération Serval au Mali. Le pouvoir politique a changé de main en France voilà bientôt un an et on peut constater, pour le déplorer, avec cette opération que la politique africaine de la France demeure toujours la même. Nous l’apprenons peut-être à nos dépens, parce qu’on se disait aussi que les temps ont changé et puisqu’ils sont confrontés aux mêmes difficultés que nous, liées au même environnement économique international, avec les questions d’aide, de chômage, de pauvreté, etc. Mais à la lumière de ce qui se passe, il y a une grille de lecture qui s’applique à l’Afrique, on est considéré comme des pays en faillite, pas d’États, pas d’armées, ils peuvent faire la pluie et le beau temps et ne tolèrent pas de voix discordantes. |
| La voix discordante du Mali Dans un entretien accordé à France 24 au lendemain de l’annonce de son interdiction de séjour en France, Aminata Traoré expliquait sa position vis-à-vis de l’arrivée de l’armée française dans son pays. « Les extrémismes religieux se nourrissent, au Mali comme ailleurs, de la misère humaine. Il ne suffit pas de donner des armes et de l’argent au pays pour le faire sortir de la crise », s’indigne l’essayiste africaine dans un entretien accordé à France 24. « Pour que le Mali retrouve son équilibre, il ne faut pas faire la guerre au Djihad, mais la guerre au chômage et à la misère », résume-t-elle. Si l’intellectuelle malienne n’était pas favorable à l’intervention militaire française au Mali, elle ne l’est pas davantage en ce qui concerne la tenue en juillet d’une élection présidentielle, annoncée mardi 14 mai par l’actuel président malien de Transition, Dioncounda Traoré. Pour la militante, il y a mille raisons de s’opposer à la tenue de ce rendez-vous électoral. « On veut démocratiser le Mali sans lui donner les moyens et le temps de comprendre et de se poser les bonnes questions », s’insurge-t-elle. D’après elle, la France presse le pas dans le but de faire coïncider les élections maliennes avec son emploi du temps militaire. « C’est une ingérence humiliante », confie-t-elle. Aminata Traoré estime que sa parole dérange. Si les Européens n’ont jamais fait appel à ses services pour envisager l’avenir politique du Mali, « c’est parce qu’ils ont préféré s’entourer de béni-oui-oui » , explique-t-elle. |
| Lettre ouverte au Président de la République française Un collectif a adressé une lettre à François Hollande pour protester contre l’interdiction de séjour. En voici le contenu. Monsieur le Président, Docteur en psychosociologie, enseignante à l’Institut d’ethnopsychologie d’Abidjan, Ministre de la Culture du Mali entre 1997 et 2000, puis démissionnaire, Aminata Traoré, c’est une des plus grandes voix de l’Afrique. Féministe, auteure de "L’étau" et du "Viol de l’imaginaire" où elle décortique les rapports entre les puissances occidentales et l’Afrique. Elle occupe une place fondamentale dans la vie sociale, culturelle et politique du continent africain. Elle est souvent venue en France où elle a pu intervenir. Invitée tout récemment par une revue allemande, elle vient de se voir refuser son visa d’entrée dans l’Espace Schengen, car son analyse des événements au Mali aujourd’hui en guerre et qu’on a auparavant étranglée pour la mettre à genoux ne convient pas au gouvernement de Paris. La France officielle a pourtant bataillé dans les années 1970 pour inscrire, entre autres dans le Traité d’Helsinki, le principe de « la libre circulation des hommes et des idées ». Aurait-elle soudain peur de confronter ses opinions avec celles de citoyens libres des pays où elle envoie ses troupes ? Ou les principes de liberté mis de l’avant à l’époque sont-ils à géométrie variable, en fonction de qui estime avoir le droit de les imposer ici ou de les interdire là ? Y compris en voulant faire taire une des plus grandes voix de la francophonie vivante, celle des peuples libres pour lesquels le français est aussi la langue des Droits de l’homme et du citoyen, et pas seulement la langue d’un ancien colonisateur. Signataires : Bruno Drweski : Maître de conférences, Directeur de La Pensée libre, Jean-Pierre Page : Syndicaliste, Samir Amin : Économiste, Président Forum des Alternatives, Bernard Gerbier : économiste, Professeur Université Grenoble, Elisabeth Gauthier : Enseignante retraitée, Charles Hoareau : Syndicaliste, Michel Collon : Journaliste, écrivain, Annie Ibrahim : Professeur de philosophie, Christian Raffaelly : Enseignant retraité, Kamal Ibrahim : Écrivain, Tamara Kunanayakam : Économiste, diplomate, Quim Boix : Syndicaliste espagnol, Jean Bricmont : Professeur Université Louvain, Stefano Garroni : Philosophe, Jacques Bidet : Universitaire, Alain Ruscio : Historien, Jean-Louis Martinoty : Metteur en scène, Jean Magniadas : Membre honoraire du Conseil Economique et social, Roland Diagne : Porte-parole des sans papiers, Yves Vargas : Philosophe, Ismahane Chouder : Présidente du collectif Féministes pour l’égalité, Nicolas Plagne : Historien, docteur de l’Université, Karim Lakjaa : Docteur en droit international, Catherine Samary : Universitaire, Christine Delphy : Auteure et chercheuse au CNRS, Claude Karnoouh : Anthropologue, philosophe, écrivain, Smaïn Bédrouni : Réalisateur et chercheur à l’Observatoire International pour la Paix, Raphaël Berland : Fondateur du Cercle des Volontaires, Raoul Weiss, Professeur agrégé |
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