Retour sur la Journée internationale des droits des femmes à La Réunion

Dr Anne Christelle Richauvet reçoit le prix Thérèse Baillif

11 mars

« Avec tout mon cœur, je dédie ce premier prix Thérèse Baillif à Ingrid Torpos, aux victimes de féminicide et à toutes nos gramounes, nos mères, nos sœurs, nos amies et zot marmailles dont la vie est assombrie par les violences ». C’est avec une vive émotion que Dr Anne Christelle Richauvet a prononcé ces mots à la fin de son discours lors de la remise du prix Thérèse Baillif qu’elle a reçu des mains du Président du Département.

Cyrille Melchior a rappelé les raisons et l’objectif de la création de ce prix : « En ce 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, le Département met traditionnellement à l’honneur la femme réunionnaise. Depuis 20 ans, nous organisons le Prix Célimène qui récompense l’expression artistique. J’ai souhaité cette année donner une nouvelle dimension à l’hommage que nous leur rendons à travers l’instauration d’un prix de l’engagement féminin, tout particulièrement sous le prisme de la lutte contre les violences faites aux femmes (…) Les violences intrafamiliales sont le plus grand danger de notre société créole, car elles brisent des vies, des familles, et mettent en péril, plus que jamais, le bien-vivre ensemble réunionnais. Le lancement de ce Prix porte celui d’un visage connu et reconnu, un visage de l’engagement, de la détermination, du courage et de l’abnégation, celui de Thérèse Baillif ».

Du haut de ses 93 ans et de ses 4 décennies de militantisme au sein de nombreuses associations, Thérèse Baillif, figure de proue de lutte contre les violences intrafamiliales a chaleureusement félicité la lauréate du prix portant son nom : « Je suis heureuse que des jeunes femmes de La Réunion, extrêmement capables et compétentes prennent aujourd’hui la relève et continuent le travail sur le terrain ».
Pour cette première édition — qui s’est déroulée le 8 mars, journée internationale des Droits des Femmes au Palais de la Source en présence de Thérèse Baillif, des militants associatifs, des acteurs majeurs de la lutte contre les violences intrafamiliales (VIF) et de nombreux élus du Département dont Flora Augustine-Etcheverry, vice-Présidente déléguée à la prévention des VIF ; les vices-présidents Sophie Arzal et Eric Férrère ainsi que des Conseillers départementaux Aurélien Centon, Inelda Leveneur Beaussillon, Jeanne Hoarau, Fabiola Lagourgue et Alexandra Clain — le Département a donc décerné le Prix Thérèse Baillif au Dr Anne Christelle Richauvet, « en raison du caractère remarquable de son parcours ainsi que de son engagement à venir en aide aux femmes et aux familles en difficulté » comme l’a précisé Cyrille Melchior.
En effet, cette mère de famille, médecin à La Rivière-Saint-Louis, a fait de la lutte contre les violences intrafamiliales, son combat, à travers les études scientifiques qu’elle a menées sur le sujet, les formations qu’elle dispense ainsi que de l’accueil bienveillant qu’elle réserve à ses patientes victimes de ce fléau.

Après la projection d’un extrait du film « Thérèse Baillif, de la colonie aux honneurs de La République » réalisé par Jarmila Buzkova, et d’une interview d’Anne Christelle Richauvet à son cabinet médical, la cérémonie s’est achevée en musique avec Loana Clain qui a composé une chanson spécialement dédiée pour l’occasion. La jeune et talentueuse artiste était accompagnée par les élus du Conseil départemental des Jeunes qui ont repris en chœur un refrain, porteur d’espoir adressé aux femmes victimes de violences : « Tu mérites mieux ! Alors avance ! »

« Vingt ans après le cyclone de ma vie… »

Ingrid Torpos, jeune étudiante qui venait de fêter son 20e anniversaire a été tuée par son ex-compagnon le 14 octobre 2004, sur le parking de l’école de commerce de Saint-Denis. Ce drame a bouleversé la vie d’Anne Christelle Richauvet qui était à ce moment-là en 3e année de médecine et dont Ingrid Torpos était la sœur de lait. Elle a décidé de prendre le sujet des VIF à bras-le-corps : après une formation de Victimologie et psycho-traumatologie, elle présente en 2013 un Mémoire de DES de médecine générale sur le thème : « Lutte contre les violences conjugales à l’île de La Réunion. Rôle et place du médecin généraliste ». Sa Thèse de médecine générale obtenue en 2015 avec la mention très honorable et les félicitations du jury s’intitule : « Les violences conjugales sur l’île de La Réunion. Déterminants, état des lieux et propositions de préventions ». Elle est en contact permanent avec les associations et tous les acteurs de la société qui, selon elle, ont un rôle important à jouer.
Dans le cadre de son activité professionnelle, à son cabinet médical ouvert en 2019, Dr Richauvet écoute, accompagne de façon quotidienne les femmes et les enfants victimes de violences — orientés par les services de la PMI (Protection maternelle et infantile) ou par le bouche-à-oreille — bien plus à l’aise avec un médecin pour parler de leurs problèmes. Lors de la remise du prix Thérèse Baillif, Dr Anne Christelle Richauvet a déclaré : « Ce prix que je reçois 20 ans après le cyclone de ma vie est pour moi un symbole fort ». En effet, c’est à l’âge de 20 ans qu’elle a perdu Ingrid Torpos sa sœur de lait, il y a tout juste… 20 ans.
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