Triplement de la fréquentation de la Boutique solidarité de Saint-Denis depuis 3 ans

Pauvreté : indice de la dégradation de la situation depuis 2021

19 mars, par Manuel Marchal

Le triplement de la fréquentation de la Boutique solidarité de Saint-Denis au cours de ces trois dernières années apporte un éclairage sur l’évolution de la situation depuis 2021, date des données les plus récentes en termes de pauvreté à La Réunion. Les jeunes et les femmes isolées constituent la part de la plus importante de cette augmentation du nombre de personnes accueillies dans la Boutique solidarité.
Face à cette hausse de la précarité sociale, la Fondation Abbé Pierre a rappelé les solutions légales permettant de mobiliser une partie des 34 000 logements vacants à La Réunion. Cette application des textes existants ne dispense pas les pouvoirs publics d’un effort conséquent afin de relancer la construction de logements sociaux à La Réunion.

Le 11 mars dernier, la Boutique solidarité de Saint-Denis de la Fondation Abbé Pierre célébrait son 10e anniversaire. A cette occasion a été rappelé un indicateur de la pauvreté à La Réunion : au cours des trois dernières années, le nombre de personnes accueillies à la Boutique solidarité a été multiplié par trois. Les jeunes et les femmes isolées sont les principales composantes de cette augmentation, ce sont deux nouveaux visages de la pauvreté à La Réunion.

3 fois plus de personnes accueillies en 3 ans

Cette réalité vécue complète les statistiques dans ce domaine qui intègrent les données jusqu’à 2021. En 2021, le taux de pauvreté s’établissait à 36 % à La Réunion selon l’INSEE, en baisse de 11 points entre 2007 et 2019. L’INSEE observait qu’en 2021, le taux de pauvreté n’avait pas diminué dans notre île.
Le triplement de la fréquentation de la Boutique solidarité indique que la situation s’est aggravée, sinon comment expliquer une telle augmentation ?
La Fondation Abbé Pierre œuvre principalement dans le respect du droit au logement. A La Réunion, le mal-logement concerne plus de 100 000 personnes. 40 000 demandes de logement social sont en attente. Selon la FRBTP, à peine 1 000 logements ont été construits en 2023. D’un autre côté, le nombre de logements vacants est estimé à 34 000. Ce sont des logements déjà construits mais qui ne sont pas occupés pour diverses raisons.

Mobiliser une partie des 34 000 logements vacants

La Fondation Abbé Pierre propose des pistes pour mobiliser une partie de ces logements déjà existants et donc potentiellement disponibles pour les Réunionnais victimes de la crise.
Tout d’abord, le montant de la taxe sur les logements vacants va augmenter. C’est un moyen d’inciter les propriétaires d’un bien répondant aux normes de confort et de salubrité à louer.
Ensuite, si le logement nécessite des travaux pour être mis en location, il existe des aides pouvant couvrir 80 % du montant de la remise en état. Ces aides sont fournies par l’État et le Département et les communes. Pour en bénéficier, le propriétaire doit signer une convention avec l’Agence nationale de l’habitat. Cette convention plafonne le loyer qui doit être le même qu’un logement social équivalent. De plus, un logement privé sous convention avec l’ANAH est considéré comme faisant partie du parc des logements sociaux. Cette disposition permet à ces biens d’entrer dans le quota SRU d’une commune. Rappelons qu’à La Réunion, la majorité des communes ne respecte pas la loi SRU qui impose que 20 % des logements du territoire communal soient des logements sociaux.

Droit à l’hébergement opposable

Enfin, la Fondation Abbé Pierre rappelle qu’en plus du droit au logement opposable, la loi garantit un droit à l’hébergement imposable. Elle oblige le préfet à trouver une solution d’hébergement à une personne jugée prioritaire par une commission ad-hoc sous peine d’astreinte. Le représentant a en effet une obligation de résultat.
Ces propositions apportent une première réponse à l’urgence. Mais l’effort pour construire des logements sociaux doit s’intensifier à La Réunion afin d’apporter des réponses durables à une crise qui touche plus de 100 000 Réunionnais.

M.M.

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