Enquête sur les violences faites aux femmes

Battues, violées et humiliées

27 mai 2004

À La Réunion, les femmes (l’autre moitié du ciel selon la sagesse ancestrale chinoise) ne sont en sécurité ni dans la cellule familiale, ni sur leur lieu de travail, ni dans la rue. C’est ce qu’indique l’Enquête nationale sur les violences envers les femmes en France (ENVEFF). Ainsi 15% des femmes réunionnaises subissent régulièrement des violences conjugales.

La DRASS (Direction régionale des affaires sanitaires et sociales) a présenté hier les premiers résultats de l’enquête ENVEFF. Elle a été déclinée à La Réunion afin de recueillir des données statistiques et quantifier le phénomène. Réalisée entre septembre et octobre 2002, l’étude montre qu’il existe un grave problème de violence envers les femmes.
L’enquête montre dans un premier temps que la cellule familiale, sensée être un havre de paix, est en fait un lieu de danger pour les femmes. En effet, 5% des femmes vivant en couple sont victimes de violences conjugales (9% en France). 29% des femmes réunionnaises âgées entre 20 et 24 ans déclarent avoir été violentées par leur conjoint (12% en France). Cette violence conjugale revêt plusieurs formes : pressions psychologiques, agressions physiques, pratiques sexuelles imposées, agressions verbales. À cela s’ajoutent parfois les violences exercées par des ex-conjoints. À noter que dans les cas de violences sexuelles, 29% des agressions sont perpétrées par le père ou le petit père.
Le lieu de travail est également peu sûr pour les femmes. Dans ce domaine ce sont le plus souvent des pressions psychologiques qui sont perpétrées. 16% des employées interrogées disent en subir ou en avoir subi. Viennent ensuite les insultes et les menaces verbales. 45% de ces menaces et insultes sont le fait de clients et 16% des collègues de travail. Les supérieurs hiérarchiques représentent une part de 10%.
Évidemment, les femmes n’échappent pas non plus aux agressions commises dans la rue. Plus d’une femme sur 5 a subi une forme de violence dans un espace public (rue, grands magasins, restaurants, boîtes de nuits, plages, jardins publics, transports en commun...) soit 21,5%, un peu plus qu’en France (19%). Être suivie ou avoir affaire à un exhibitionniste sont des situations qui se répètent plus fréquemment.
L’enquête met également en exergue que la prise d’alcool est un facteur important dans le passage à l’acte. 27% des femmes interrogées indiquent que leur agresseur était ivre, et 19% déclarent que celui-ci était sous l’emprise d’une drogue. À La Réunion comme en France métropolitaine, le conjoint et l’ex-conjoint sont responsables de la moitié des agressions perpétrées sous l’emprise de l’alcool. Ces violences regroupent aussi bien les tentatives de meurtre, les menaces avec armes, les viols et les tentatives de viols.
Par peur des représailles notamment, les femmes réunionnaises, quels que soient les milieux dont elles sont issues, hésitent encore à porter plainte contre leurs agresseurs et même à parler des agressions qu’elles subissent. Cela se vérifie notamment pour les crimes et délits sexuels. Seulement 13% des femmes ayant subi des attouchements et 7% des femmes violées ont osé porter plainte.
Notons que cette enquête est la première du genre à avoir été réalisée tant en France que dans l’île.


La domination de l’homme

L’enquête ENVEFF-Réunion est une enquête quantitative réalisée par téléphone suivant la méthode CATI (Collecte assistée par téléphone et informatique). Au total, entre septembre et octobre 2002, 1.200 femmes âgées entre 20 et 59 ans ont été interrogées sur la base d’une enquête de plus de 500 questions.
Une enquête qualitative a été conjointement menée. Elle avait pour but de réaliser des entretiens approfondis avec des femmes de différents milieux socio-économiques et de classes d’âge diverses. Les questions centrales étaient de savoir comment ces femmes percevaient la violence faite aux femmes, les relations hommes-femmes, la place de la femme dans le couple, la famille et la société.
Les résultats de cette analyse ont permis de faire plusieurs constats. Il y a une méconnaissance des femmes des phénomènes de violences et des organismes susceptibles de leur venir en aide. Il ressort également une difficulté d’évoquer les violences dans leur vie sexuelle. L’étude montre aussi que la place de l’homme au sein du couple et au niveau de la sexualité est dominante. Enfin l’analyse met en relation précarité sociale et économique, violence et alcoolisme.


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