La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République française comme La Réunion
5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
Témoignage
24 juillet 2007

Nicolas Arel, tu es fils et petit-fils de Chagossien, comment vis-tu cette histoire ?
- Nicolas Arel : la première chose que j’ai envie de dire, c’est que je ne suis pas capable de dire que je suis déporté. Je n’ai pas la même souffrance que mes parents et mes grands-parents.
Parce que vous êtes né à Maurice ?
- Oui je suis né à Maurice, et cette souffrance, je ne la connais qu’à travers mes parents. A chaque fois qu’ils avaient un moment, ils me racontaient comment étaient Diego et Peros, et les problèmes qu’ils rencontraient à Maurice. A l’école, je savais que ma mère était chagossienne, mais elle m’interdisait de le dire.
Pourquoi donc ?
- Parce qu’elle le vivait mal. Parce qu’à chaque fois qu’elle racontait qu’elle venait de Diego, les gens l’appelaient îloise, lui disaient qu’elle n’avait pas sa place à Maurice. Elle avait peur que je rencontre les mêmes problèmes. Jusqu’à l’âge de quinze ans, je l’ai tenu secret. Moi, j’avais envie de le dire, parce que je pensais que c’était plutôt une fierté. En tant qu’étranger, on peut partager sa culture, même si je ne la connaissais pas vraiment. Mais à travers ma mère, ma grand-mère, je pouvais quand même partager avec mes camarades, pour montrer ce qu’était la culture chagossienne. Parce que c’est un peuple qui a une culture différente. Bon ! disons que côté langue, c’est à peu près pareil, mais il y a des plats différents, et puis il y a aussi le côté vestimentaire qui se distingue. J’avais envie de partager avec mes camarades.
Le mode vestimentaire était différente, comment ?
- C’est vrai qu’avec l’évolution de nos sociétés, aujourd’hui ils auraient sûrement les mêmes habits que nous. Mais à l’époque, ils vivaient simples. Les hommes ne portaient qu’un morceau de toile. Tous les hommes vivaient comme cela. Toile rouge ou bleu. Tout le monde s’habillait comme cela. Pour moi, c’était vivre dans la simplicité.
Comment les Mauriciens accueillaient les Chagossiens ?
- Moi je ne peux pas parler de racisme, parce que je n’ai pas vécu cela. Quand on se retrouvait entre copains, l’un disait je viens de Rodrigue, l’autre de France, alors pourquoi je ne pouvais dire que je venais des Chagos ? Comment les autres seraient plus que les Chagossiens ? Pourquoi les Chagossiens auraient moins de reconnaissance que les autres ? J’aurais voulu partager ce que j’avais appris de mes parents, et de mes grands-parents. Mais ça, c’était interdit par ma mère.
Et votre grand-mère vous racontait des histoires sur les Chagos ?
- Oui, mais là on trouve la vraie souffrance. Le fait qu’ils aient rencontré des problèmes pour se nourrir, se loger, tu les entends se plaindre. « Et si j’étais encore dans mon île... » « Si j’étais encore à Peros... » « Je n’ai pas à manger, je n’ai pas plus de maison... » « Là-bas, je n’avais pas besoin d’acheter », donc, c’est à travers cela que nous les enfants nous souffrions. Parce que nos parents se plaignaient non pas d’avoir quitté leur île, mais qu’on les ait arrachés de leur terre. C’est ça notre souffrance, quand notre famille vit difficilement parce que l’on a décidé que c’était comme ça. Ils n’ont pas dit « allons vivre à l’île Maurice, nous y vivrons mieux ». On ne leur a pas donné la chance de choisir. Ils étaient obligés de faire selon l’injonction de quitter l’île. Je n’ai pas souffert du racisme, bien au contraire, à l’école les gens s’étonnaient surtout de trouver un Arel noir. Moi, je n’ai pas ressenti de racisme, mais je dirais que c’est au travers de leurs souffrances, que nous souffrions nous-mêmes.
Rapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
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