Droits humains

Chagos : Un peuple pacifique sacrifié pour pouvoir faire la guerre

Numéro spécial Solidarité Palestine

Témoignages.re / 3 juillet 2020

Les Chagossiens ont été arrachés de leurs îles et abandonnés par les Britanniques pour que les USA installent une base militaire à Diego Garcia

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Les Chagossiens ont été arrachés de leurs îles natales de l’archipel des Chagos par la Grande Bretagne, pour permettre aux USA d’installer une base militaire à Diego Garcia. Les Chagossiens ont été littéralement abandonnés à l’île Maurice et aux Seychelles. Face leur détresse, le directeur de la prison seychelloise a accepté d’ouvrir des cellules pour qu’ils puissent dormir à leur arrivée ! Alors que chez eux ils vivaient, simplement mais confor-tablement, de pêche, d’élevage, de cultures et de récolte du coprah, désormais déracinés et sans ressources, ils vivront misérablement dans des bidonvilles, souvent en proie au désespoir, à l’alcoolisme, à la toxicomanie, à la prostitution…

Abandonnés, certains Chagossiens ont « la chance » de pouvoir dormir dans la prison

Au mépris des règles internationales (comme la France l’a fait avec Mayotte aux Comores), la Grande Bretagne a séparé les Chagos des îles Maurice et Rodrigues avant d’accorder à ces deux dernières l’indépendance, et de céder Diego Garcia aux USA (bail de 50 ans).
Les revendications de la commu-nauté chagossienne pour un retour sur leur archipel s’organisent au début des années 1980 s, sous l’impulsion courageuse des femmes chagossiennes. Ce qui poussera l’État britannique à leur donner une allocation (et un petit lopin de terre à certains) pour faire cesser les manifestations (sitting, grèves de la faim…) en 1982. En 1983 le Groupe Réfugiés Chagos (GRC) est fondé par Olivier Bancoult et Lisette Talate.

“Tout être humain a le droit de vivre sur sa terre natale”

En 1998, la lutte prend un tournant juridique. Entre 2000 et 2008, la Haute Cour de Londres fait droit, par deux fois, aux Chagossiens de retourner chez eux (notamment contre un décret royal). Toutefois, la Chambre des Lords, statuant en dernière instance, considère que le litige est clos par les « indemnisa-tions de 1982 » et rejette toute possibilité de retour sur les îles. Le GRC porte alors l’affaire devant la Cour Européenne des Droits de l’Homme, qui n’examine même pas le dossier au fond, au prétexte fallacieux de la « compensation financière pour solde de tout compte de 1982 ». Fin 2012, pressé par une pétition à se prononcer sur le sujet, la Maison Blanche s’aligne sur ces mêmes arguments.
3 ans avant la fin du bail des USA, un colloque international organisé par le GRC obtient un audit sur la réinstallation des Chagossiens. Le rapport conclut favorablement à la faisabilité de cette réinstallation. De fait, des milliers de personnes vivent et travaillent aux Chagos. Mais en septembre 2015, la Grande-Bretagne pose aux Chagossiens des conditions inacceptables à la réinstallation (pas d’accès à la terre, droit de visite codifié comme en milieu carcéral…). À la grande manifestation des Chagossiens devant l’ambassade britannique à Port-Louis (Ile Maurice), on lit sur les pancartes : “Tout être humain a le droit de vivre sur sa terre natale”. 7 Prix Nobel de la Paix plaident la cause des Chagossiens auprès de Obama, qui ne semble pas opposé à leur retour sur les îles. Olivier Bancoult sera également reçu par le Pape François en mai 2017.
Mais, en 2016, le Royaume Uni renouvelle le bail des USA en confirmant l’exil des Chagossiens.

Des milliers de personnes vivent et travaillent aux Chagos, pas les Chagossiens

Le GRC change de stratégie juridique et, avec le soutien de la République Mauricienne qui réclame la souveraineté sur l’archipel au motif d’une “décolonisation inachevée”, porte le débat à l’ONU et à la Cour Internationale de Justice de la Haye (CIJ).
Validant l’avis du 25 février 2019 de la CIJ, la résolution de l’ONU du 22 mai 2019 confirme l’appartenance de l’archipel des Chagos à Maurice et exige du Royaume-Uni le retrait de son Administration avant fin novembre 2019. Ce que cette dernière a refusé de faire à ce jour.

rédigé avec l’aimable participation du
Comité Solidarité Chagos-Réunion