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Reconduites à la Frontière
7 septembre 2005

Mlinda Ahamada, jugée sans avocat, ni interprète, a été reconduite à la frontière hier matin avec sa fille de six mois, Karima. Suite à notre article d’hier, nous avons recueilli des réactions d’indignation et nous publierons toutes celles qui nous parviendrons.
o M’bae Issa, secrétaire général du collectif d’associations pour l’amélioration des conditions de vie des populations de l’océan Indien Le Manguier
"Ces actions de reconduite à la frontière menées par la Préfecture de La Réunion sont scandaleuses et inhumaines. Nous sommes d’accord que nous sommes dans un pays, dans un territoire, dans un état de droit. Si la loi est faite pour punir, l’esprit de la loi doit être de reconstruire. On ne peut pas demander de détourner la loi, de régulariser des situations régularisables, mais nous demandons que la loi s’applique équitablement et humainement.
Présentée devant juge administratif, sans aucune présence, ni interprète ni avocat, elle ne comprenait rien. Est-ce que c’est une justice ? J’espère que nous ne sommes pas en train de vivre une parodie de justice. L’avenir nous le dira. Aujourd’hui des mesures sévères s’appliquent aux étrangers en France, je pense aussi à ce jeune arrêté en juin à l’hôpital, renvoyé sans aucune garantie sanitaire, sans que ses agresseurs ne soient identifiés, sans même une seule enquête."
o Hassan Hamadi, secrétaire général de l’Association de la Communauté comorienne de Saint-André
"C’est une histoire qui nous a bouleversé car ce n’est pas un problème particulier c’est une question générale qui provoque la consternation au niveau de la communauté. Je regrette qu’il n’y ait pas eu d’avocat, ni une association, personne pour assister cette jeune femme et son enfant alors qu’on prenait ne décision qu’elle ne comprenait même pas."
o Huguette Bello, députée et présidente de l’Union des Femmes réunionnaises
"Nous avons pris connaissance comme tout le monde de cette difficulté. Les règles sont de plus en plus appliquées avec une sérénité implacable. Le tribunal administratif est très dur, même avec des personnes qui sont à La Réunion depuis très longtemps et qui ne demandent qu’à refaire une carte d’identité. C’est une situation alarmant dans un contexte où les communautés montrées du doigt à La Réunion sont celles originaires de l’océan Indien, des pays les plus pauvres comme Madagascar, les Comores, le Pakistan..., en même temps elles sont de confession musulmane.
On va au-devant et au-delà de la loi, on l’applique avec un zèle incroyable, sans aucune considération pour les Droits de l’Homme, juste une considération de façade peu mise en application. La France n’est plus la terre généreuse. Ils montrent par ce comportement un réflexe primaire. Il est vraiment regrettable que la justice soit faite avec une telle brutalité, sans autre forme de procès. Voilà notre réaction devant cette malheureuse, seule au monde face à la justice de l’ex-puissance coloniale."
o Zaïnaba Ibrahim, association Wadja Leo (les nouveaux arrivants)
"J’ai suivi l’histoire, c’est triste, on est à trois heures de vol des Comores. On connaît les conditions de vie et les conditions sanitaires là-bas, et on y renvoie une petite qui a des problèmes. On la renvoie comme ça, sans diagnostic. C’est d’autant plus révoltant que cette femme ne cherchait pas à se maintenir dans l’irrégularité, elle cherchait à avoir un titre de séjour. Comment l’avocat pouvait-il être absent ? Tout être humain a droit à un procès équitable, sans défense comment faire ? Si la communauté avait été au courant plus tôt, nous aurions appelé à manifester dans la solidarité."
o Canda Swamy Pillay, président de la Ligue des Droits de l’Homme
"Nous tenons à faire part de notre soutien à Mme Ahamada et à sa petite fille frappées, ce jour, injustement d’une injonction à quitter le territoire.
La Ligue des Droits de l’Homme (L.D.H.) a été contactée trop tardivement par cette famille accablée et démunie de toute information juridique. Malheureusement, le temps nécessaire pour l’organisation de sa défense l’a placée hors délais de recours.
Cette affaire, comme toutes celles de même nature que nous accompagnons, est humainement défendue avec les mêmes égards de solidarité et de respect de la dignité humaine malgré le peu d’informations que la LDH n’arrive à recueillir que dans un temps très restreint. Nous maintenons notre engagement aux côtés de ces personnes.
Me Larifou, sur notre appel, s’est rendu disponible dès dimanche et nous informons qu’un recours auprès du Conseil d’État est déposé, ce jour, auprès de cette instance.
Nous croyons à une justice égalitaire et fraternelle qui concourt au respect des libertés dont sont aujourd’hui privées Mme Ahamada et sa petite fille, placées au centre de détention du Chaudron."
Eiffel
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