Droits humains

Débat sur l’immigration : Nous sommes en pleine dérive !

Communiqué du Parti communiste réunionnais

Témoignages.re / 24 septembre 2005

Dans un communiqué diffusé hier, le PCR dénonce l’irresponsabilité dont font preuve deux élus réunionnais. ’La proposition envisagée par l’actuel ministre de l’outre-mer constitue une diversion. Elle ne répond pas à la question de fond’, écrit le PCR pour qui ’il s’agit donc de faire taire les apprentis sorciers’.

A la suite de déclarations de deux élus réunionnais, le débat sur la proposition de réforme du droit du sol pour freiner l’immigration dans les territoires d’outre-mer -dont Mayotte- est en train de prendre à La Réunion une nouvelle tournure et se transformer en dérives telles que nous l’avions pressenti dès le départ.
Dans un amalgame douteux, ces deux élus dénoncent une immigration venue de Mayotte et des Comores non contrôlée et qui serait, selon eux, la cause de nombreux problèmes sociaux, dont celui du manque de logements.
Ces deux élus jouent aux apprentis sorciers.
En déclarant que l’immigration est une des causes des problèmes de La Réunion, ces deux hommes -qui cherchent essentiellement à cibler les immigrants provenant de notre environnement immédiat-, n’empêcheront pas l’opinion publique de poser le débat de l’impact et des conséquences des immigrations de toutes origines sur les problèmes réunionnais (emploi, logement, développement culturel...)
Par leurs propos, ils apportent la preuve que la réforme envisagée ne concernera pas un nombre limité de territoires d’outre-mer mais vise bien à maîtriser les flux migratoires sur d’autres parties de la République et, en définitive sur toute son étendue.

Ce faisant, ces élus font la preuve de toute leur irresponsabilité. Car, ce qu’ils disent et veulent faire est d’une extrême gravité.
La grande majorité des personnes considérées comme étant en situation irrégulière à Mayotte sont des anjouanais. Il y a quelques années, des responsables politiques réunionnais et français avaient poussé et soutenu le projet de sécession des Comores d’Anjouan et de sa transformation en un territoire français. Si cette solution avait abouti, où en serait-on aujourd’hui ? Aurait-on proposer une réforme du droit du sol, voire du droit du sang au motif de protéger Mayotte et La Réunion d’une immigration non-contrôlée venant essentiellement d’Anjouan ?
A la fin des années 80, le maire d’une commune de l’Est de La Réunion, se sentant électoralement affaibli, avait organisé avec le concours d’un parlementaire de Mayotte appartenant au même groupe politique que lui, une filière d’immigration de Mayotte vers La Réunion. Cela est aujourd’hui un secret de polichinelle. Depuis au moins 10 ans on peut retrouver dans cette commune de l’Est les traces de ce trafic : nombreuses inscriptions sur les listes électorales communales de mahorais ; nombreuse population immigrée enfermée dans de véritables ghettos -dont des logements sociaux en plein centre-ville- et souvent victime de marchands de sommeil. Dans cette commune, la communauté mahoraise et comorienne n’aurait pas été l’objet de trafics de toutes sortes si son maire n’avait pas organisé pour de bas motifs électoraux leur arrivée.

Lors de la polémique ouverte à propos de la réforme constitutionnelle proposée par le gouvernement en 2002 et de l’amendement dit “Virapoullé”, Jean-Luc Poudroux, président du Conseil général et de la fédération réunionnaise de l’UMP, avait été porteur d’une proposition qui lui avait été suggérée par le gouvernement. Pour faire taire les débats, il était proposé d’envisagé comme une grande perspective pour La Réunion, la création d’une région française de l’Océan Indien comprenant notre île et Mayotte.
Cette solution est partagée par une partie des responsables de l’UMP ou de La Relève à La Réunion. Elle devrait être appliquée après une nouvelle consultation en 2010 de Mayotte sur un éventuel changement de statut. Dans une telle situation, les flux migratoires en provenance de l’île aux parfums vers La Réunion se développeront nécessairement.
Mais quelles que soient les évolutions à venir, un fait demeure, incontournable : dès aujourd’hui et dans ses perspectives d’avenir, La Réunion doit tenir compte de Mayotte, du choix politique fait par sa population et, choix soutenu par les dirigeants actuels de l’UMP-Réunion et de La Relève.

Nous avons pris l’habitude ici de raisonner sur la perspective d’une population d’un million d’habitants en 2025. Si nous additionnons les populations actuelles de Mayotte et de La Réunion, le million d’habitants est déjà atteint : il est là.
A plusieurs reprises nous avons rappelé cette donnée fondamentale. Nous avons interpellé, à Paris, les gouvernements qui se sont succédés au cours de ces dernières années. Nous leur avons demandé quelles solutions ils envisagaient et quels moyens il se donnaient pour faire face. Aucun d’entre eux n’avait encore apporté de réponse. La proposition envisagée par l’actuel ministre de l’outre-mer constitue une diversion. Elle ne répond pas à la question de fond.
La Réunion est appelée à vivre avec Mayotte à ses côtés. Pour de multiples et légitimes raisons, les mahorais, citoyens français de plein droit, ont tendance à venir chercher chez nous la réponse à plusieurs de leurs problèmes qu’ils ne trouvent pas chez eux (meilleure proection sociale, emploi, éducation des enfants...). Nous ne pouvons ni fermer les yeux devant les défis que cela nous pose ni tenter de les exorciser en jetant l’anathème sur nos voisins. Nous devons aborder cette question de manière responsable et digne. En concertation avec nos amis mahorais, les gouvernements français et comoriens. Toute autre attitude serait irresponsable, car notre cohésion sociale en dépend.
Il s’agit donc de faire taire les apprentis sorciers.

Port le 23 septembre 2005