Droits humains

Enfants de la Creuse : Qu’on leur rende justice !

Enfants de la Creuse

Témoignages.re / 15 juillet 2005

Dans l’histoire récente de La Réunion, la tragédie des Enfants réunionnais de la Creuse marque l’opinion. Journalistes, cinéastes, romanciers, sociologues ou une organisation comme l’UNICEF ont participé à la révélation d’un fait sur lequel on fait peser une chape de plomb depuis 40 ans. La raison et les secrets d’État pèsent pour que le silence demeure et pour qu’on ne rende pas justice aux victimes. Un Comité de soutien a été créé mercredi à Saint-Denis. Avec l’opinion, il attend la décision que rendra dans une semaine le Tribunal administratif dans un dossier des Enfants réunionnais de la Creuse.

Le scandale des Enfants de la Creuse est, dans l’histoire moderne de La Réunion, l’une des traces les plus significatives du passé colonial de l’île. Il est en effet marqué par un comportement des représentants des pouvoirs publics (préfets, ministre, responsables de la DDAS) qui est la manifestation, à l’égard des victimes et de leurs parents adoptifs, du mépris que les plus forts expriment généralement à l’encontre des plus faibles.
Ce mépris a trouvé un prolongement dans la volonté de faire peser une chape de plomb sur cette affaire.
Les orphelins qui souhaitaient avoir accès à leur dossier pour reconstituer leur passé et leur filiation ont eu du mal à le faire. Lorsque, au début des années 70, l’Union Générale des Travailleurs Réunionnais en France cherchera à enquêter, elle tombera sur un mur de silence. Lorsque, alerté par l’association des émigrés, “le Canard Enchaîné” interrogera Michel Debré, ministre des Armées, il aura droit à une réponse toute dilatoire. Les articles publiés à l’époque, tant dans la presse métropolitaine comme dans “Combat réunionnais” - organe de l’UGTRF - “Jeune Réunion” du FJAR ou “Témoignages” sont restés sans écho. Les journalistes et les chercheurs qui ont tenté de travailler ce dossier n’ont pas pu avoir accès aux archives. La majorité des témoins de l’époque ou des acteurs du transfert - côté administration - se taisent. Certains sont encore vivants. L’un d’entre eux est même un élu local. Interpellés par des Enfants de la Creuse, ils ne veulent pas parler.

Un silence accusateur

Plus que les faits et les témoignages des victimes que l’on peut contester au nom de l’objectivité historique, c’est ce silence qui pèse depuis près de 40 ans qui est le plus accusateur.
Que veut-on cacher exactement ? Pourquoi ce que l’on tente de présenter comme une œuvre de bienfaisance voire même de sauvetage humain est-il autant accompagné de silence ? La plupart des victimes auront attendu d’avoir atteint les 40 ans pour pouvoir se payer un voyage retour dans leur île natale. À aucun moment la générosité dont on voulait faire preuve à leurs égards n’était allé jusqu’à leur offrir un séjour chez eux !
Or, ce silence ne porte pas sur l’organisation du seul transfert - d’autres parlent de déportation - mais sur la totalité du processus. On ne sait pas, en dehors des témoignages des intéressés, le sort réservé par la suite aux orphelins. Si certains ont réussi leur vie, d’autres ont échoué et ont vécu un cauchemar. On ignore ce que sont devenus la plupart d’entre eux. On a littéralement perdu la trace de la majorité des déportés.
C’est le sort des filles qui reste le plus préoccupant. Des témoignages évoquent des cas de viols ou de filles-mères abandonnées ou encore enfermées en asile ou hôpital psychiatriques. On fait état, dans les rumeurs qui circulent, de rôles joués par des notables de province. On parle aussi de viols et de sévices avant le départ de La Réunion. Ces aspects scabreux du dossier sont-ils réels ou sont-ils pure invention de victimes qui dramatiseraient ? Doit-on mettre au même niveau de témoignages des enfants impliqués dans l’affaire d’Outreau, l’expression d’adultes pour contester leurs dires ?
Or, pourtant, cette affaire a interpellé au cours de ces dernières années l’opinion. Plusieurs journalistes, en France comme à l’étranger, un cinéaste, des chercheurs, un organisme comme l’UNICEF qui a édité le témoignage d’une victime s’y sont intéressés. L’affaire a fait l’objet d’une quinzaine de reportages télé ou radio. Elle est devenue objet de témoignages, d’essais et même de romans (voir encadré) .
Certains titres employés sont on ne peut plus éloquents : “Enfants de la Creuse : retour sur un mensonge d’État” (“JIR” du 14 février 2002 ; “Une histoire coloniale” (“Quotidien” 16 janvier 2004), “Réunionnais de la Creuse : cela ne va pas plaire à tout le monde” (“L’écho de la Creuse”, 29 mai 2004) ; “Déraison d’État” (“Le Canard enchaîné”, 3 mars 2004) ; “Orphelin de force” (“Express” du 30 octobre 2003) ; “Quand l’État enlève des enfants” (“Lire” 24 novembre 2003), “Les enfants volés de La Réunion” (“Nouvel Observateur” du 6 juin 2003 et “Pèlerin” du 11 mars 2004).

La responsabilité de l’État soulignée

Tous ces titres pointent à la fois le côté scandaleux de l’affaire mais aussi la responsabilité de l’État souvent à son plus haut niveau.
Saisi par plusieurs victimes qui demandent réparation, le Tribunal Administratif de Saint-Denis rendra sa décision vendredi prochain. Ce sera pour la première fois qu’une juridiction se prononcera. D’autres plaintes déposées en France au pénal sont en cours d’instruction. On saura donc si la raison et les secrets d’État continuent de l’emporter sur un sentiment largement partagé dans l’opinion : celui d’avoir affaire, à une profonde injustice sur laquelle pèse depuis 40 ans une chape de plomb.

J.M.


Une opinion très mobilisée

En dehors de la presse réunionnaise, les journaux et revues suivants ont consacré des articles aux Enfants de la Creuse :
o “L’Écho de la Creuse” (29 mai 2004)
o “La Montagne” (19 mai 1993, 13 novembre 2003 et 12 mai 2004)
o “Le Populaire” (21 mai 2004)
o “The Australian” (10 décembre 2002)
o “Le Canard enchaîné” (3 mars 2004)
o “La Dépêche du Dimanche” (2 novembre 2003)
o “Le Figaro” (5 novembre 2002, 8 février 2003 et 6 novembre 2003)
o “France-Soir” (8 février 2003)
o “L’Indépendant” (2 novembre 2003, 3 novembre 2003)
o “Libération” (4 juillet 2001)
o “Midi Libre” et “l’Indépendant” (26 octobre 2003)
o “La Presse de la Manche” (18 novembre 2003)
o “Elle” (24 novembre 2003),
o “L’Express” (30 octobre 2003)
o “France Dimanche” (9 novembre 2003, 24 novembre 2003)
o “Magazine maxi” (18 novembre 2002)
o “Le Nouvel Observateur” (6 juin 2002)
o “Le Pèlerin” (11 mars 2004)
o “Télé 7 jours” (13 mars 2004)
o “VSD” (6 septembre 2001 et 1er août 2002)
o “Lire” (24 novembre 2003)

Dans les médias audiovisuels, on peut noter les émissions suivantes :
o France Inter (journal du 7 juillet 1999)
o France Inter (émission “Interception” du 3 mars 2002)
o TF1 (“A la une” en 1993)
o Antenne 2 (“Bas les masques” en 1993)
o Antenne 2 (“Premières lignes” en 1994)
o Arte (“Imagine on a survécu” en 1995)
o France 3 (“Les dossiers de l’Histoire” en 1997)
o France 5 (“Arrachée à son île” en 2002)
o TF1 (“Sept à huit” en 2002)
o FR3 (“La Case manquante”, juillet 2002)
o France 3 Poitou-Charentes (“Racines en l’air” en 2003)
o France 3 (“On ne peut pas plaire à tout le monde” 2004)
On peut y ajouter la fiction TV de Francis Girod “Le pays des enfants perdus” qui est passé” sur France 3 en 2004.

À cela on peut ajouter deux essais :
o Élise Lemai “La Déportation des Réunionnais de la Creuse, Témoignages” (L’Harmattan, 2004)
o Gilles Ascaride, Corinne Spagnoli et Philippe Vitale : “Tristes tropiques de la Creuse” (K’A Pou larg langaz, 2004)

On note un mémoire de maîtrise d’Histoire
o Fanny Grondin “Le Déplacement des mineurs réunionnais vers la métropole 1960-1975” (Université de La Réunion 2003)

On compte aussi au moins un roman et plusieurs livres de témoignages dont
o Jean-Jacques Martial “Une enfance volée” (Les Quatre chemins, 2003)
o Jean-Pierre Gosse “La bête que j’étais” (2004)
o Brigitte Peskine, "l’Île de mon père" (Unicef -2002)

(Sources et bibliographie établies à partir des annexes de “Tristes tropiques de la Creuse”)



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Messages






  • Simon A-poi
    Jacques Dalleaud
    Lydie Cazanove Les rèunionnais de la Creuse .

    A genoux , avec une canne , puis la chaise roulante ,dans notre cercueil ( nos descendants ) nous nous battrons

    jusqu’au bout "corps et âme !....Ainsi la vèritè sera gravèe dans l’histoire de notre île la Rèunnion .

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  • en 1975 a marseille j ai du sois disant faire un avortement terapeutiques a 7 mois et demi je suis sure que mon fils etait vivant car j etais seule a la maternite celui ci serait ne a 17h30 a marseille l ayant entendu pleurer j avais 2 filles avec moi qui ont ete placees a mon insu dans un placement a la dass et le lendemain a 7 h 30 l on m as mis dehors ou j ai recu un appel de la directrice me disant que mes filles allaient etre places une a bordeaux et la deuxieme du cote oppose de venir a une certaine heure car la porte etait fermee jusqu au lundi les cuisses sanguinolentes je suis arrivee a temps pour les prendre et une assistante sociale m a fait avoir des billets de train pour un autre departement mais a la gare il y avait des policiers avec un chien me sentant en danger j ai demande a une dame de me prendre mon ainee pour pouvoir passer sans probleme je profite de dire merci a cette dame c etait un samedi 14 fevrier 1975 a la gare st charles j ai recherchee mon fis ou ma fille ne ou nee dans les environs du 10 au 20 fevrier 1975 depuis aucun acte de deces ni de naissance sur le registre a marseille serais susceptible d avoir ete adopte par un docteur j attends depuis et je veux leur dire que je ne les aient pas abandonnes c est mon dernier espoir merci

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  • si quelqu un se reconnait nous l accueillerons les bras ouverts nous l avons tellement attendus maman et papa

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