Droits humains

Esclavage à Mayotte : prison avec sursis pour des esclavagistes

Les conséquences de l’aventure comorienne de la France continuent de faire des dégâts

Manuel Marchal / 8 novembre 2019

Un procès à Mayotte a permis de rappeler une des principales raisons de la présence de nombreux immigrants clandestins dans cette île. En effet, des habitants de Mayotte n’hésitent pas à exploiter des travailleurs sans papier sans les payer, et à les rejeter comme un vieux meuble quand ils n’en ont plus besoin, ce qui rappelle bien l’esclavage. Une affaire de ce type a été jugée, verdict : prison avec sursis pour les esclavagistes.

JPEG - 53.1 ko
Embarcation de migrants interceptée par des militaires à Mayotte.

Quand en 1975, la France s’est lancée dans son aventure comorienne, son objectif était de diviser la République des Comores tout juste indépendante afin de garder d’une part un point d’appui pour soutenir l’apartheid, et d’autre part conserver une réserve de « voix » pour les élections présidentielles susceptibles d’être serrées. « Voix » car à l’époque, le gouvernement français couvrait la fraude massive dans ses anciennes colonies, ce qui permettait au pouvoir d’obtenir le résultat escompté. Il suffit de se rappeler des élections européennes de 1979 à Mayotte, où il n’était pas rare de recenser plus de bulletins dans l’urne que de votants, avec à la clé une quasi-égalité pour les deux listes de la majorité présidentielle de l’époque, loin devant les communistes.
La vengeance contre les Comoriens qui ont choisi l’indépendance fut rapide : un mois après la déclaration d’indépendance de Mayotte, un premier coup d’État avait lieu à Moroni. Il est en effet à noter que les putschistes comoriens sont bien souvent d’anciens soldats de l’armée française.

Des Mahorais exploitent les clandestins

La séparation en deux des Comores fut accentuée par l’obligation imposée aux Comoriens d’avoir un visa pour se rendre dans une île qu’ils considèrent comme faisant partie de leur pays. Compte-tenu des documents demandés par l’administration française pour obtenir ce laisser-passer, le nombre de personnes venues sans autorisation de la France à Mayotte a explosé. Ce visa obligatoire fut le point de départ de trafics humains en tous genres, avec en fond la tragédie des kwassa-kwassa : des milliers de personnes mortes noyées en traversant clandestinement le bras de mer entre Anjouan et Mayotte.
A Mayotte, officiellement, le rejet des autres habitants de l’archipel comorien est de mise. Les responsables politiques mahorais ne cessent d’implorer Paris de mettre plus de moyen pour empêcher les personnes d’entrer sans visa à Mayotte, ils ont peur de l’explosion sociale causée par la présence massive de personnes sans papier. Mais en fait, ils semblent être un certain nombre de Mahorais à profiter de cette situation. En effet, les personnes qui arrivent clandestinement à Mayotte sont sans ressources dans une île où le coût de la vie est aussi cher qu’à La Réunion, puisque les agents de l’État bénéficient de la sur-rémunération. Ces êtres humains sont taillables et corvéables à merci, une proie facile pour des exploiteurs sans scrupule.

Salaire égal au loyer perçu par l’exploiteur

C’est ce qu’a rappelée une affaire récemment jugée présentée hier dans « le Quotidien ». Deux Malgaches sans papier étaient employés à la garde d’un bateau dont le propriétaire participait à des barrages pour hurler sa haine des clandestins. Leur salaire était de 50 euros par mois, mais il correspondait au montant du loyer qu’ils devaient à leur employeur pour loger dans un bidonville, aux côtés d’autres Malgaches servant de « maîtresses » à des Mahorais. Autrement dit, ce que l’exploiteur versait d’un côté, il le récupérait de l’autre. Par conséquent, faire travailler toutes les nuits ces Malgaches ne lui coûtait rien, c’était donc de l’esclavage.
Et pour bien faire comprendre aux exploités leur statut d’esclave, l’esclavagiste et ses complices ont décidé de les mettre à la rue quand ils n’avaient plus besoin d’eux. Ils se sont présentés dans le bidonville avec des armes pouvant tuer à la main. Les Malgaches ont préféré fuir les mauvais coups.
Malgré tout, cette affaire a néanmoins été jugée et à en croire l’institution ne sera pas la dernière. Verdict : 6 et 4 mois avec sursis pour l’esclavagiste et sa complice. Il s’avère en effet que les faits n’ont pas été qualifiés d’esclavage.

M.M.