Droits humains

... et combien de Blancs, de Jaunes, de Gris, de multicolores... ?

56% des Noirs en France se disent victimes de discriminations...

Témoignages.re / 2 février 2007

Le CRAN (Conseil Représentatif des Associations Noires), qui s’érige en porte-parole des Noirs de France, a réussi une nouvelle opération médiatique en diffusant dans le journal “Le Parisien” de mercredi l’étude TNS réalisée à sa demande auprès de la population noire de France. Combat pour plus d’égalité en France ou surenchère au communautarisme ?

Mercredi matin, toutes les radios de l’Hexagone se faisaient l’écho de cette étude présentée de façon racoleuse par le CRAN comme le premier sondage jamais réalisé auprès de la population noire de France. Que nous apprend-t-il ? Que plus de la moitié des personnes sondées se disent victimes de discriminations. Une statistique qui, au fond, n’a rien d’un scoop.

« Les Noirs feront la différence dans l’isoloir en 2007 »

Réalisée du 3 au 23 janvier en France métropolitaine et dans les DOM auprès d’échantillons dits représentatifs, cette étude révèle que sur les 13.059 personnes sondées, 56% déclarent être « personnellement, dans leur vie de tous les jours, victimes de discriminations raciales ». 62% notent que ces atteintes interviennent prioritairement dans les espaces publics et les transports, et pour 42% au travail. Pour 40% des sondés, cette situation de discrimination n’évolue pas, mais, au contraire, s’aggraverait pour 37%.
Alors, à qui faire confiance pour changer les choses vers plus d’égalité ? Si les associations remportent 81% des opinions exprimées, les institutions ne parviennent pas à convaincre. Pour lutter contre les discriminations, 72% font confiance à l’école, 68% à la HALDE, 46% à l’Etat, 37% à la police et seulement 29% aux responsables politiques. « Ce chiffre montre l’ampleur du travail que les politiques ont à accomplir en matière de lutte contre les discriminations, déclarait mercredi le Président du CRAN, Patrick Lozes (UDF) au “Nouvel Observateur”. Une chose est sûre : les Noirs feront la différence dans l’isoloir en 2007, les politiques doivent entendre leur voix. Je n’oublie pas que seulement 200.000 voix séparaient Lionel Jospin de Jean-Marie Le Pen le 21 avril 2002. Il y a, en France, 1 million 865.000 Noirs ».

Stéphanie Longeras


Commentaire

On vit les mêmes discriminations, mon frère

1 million 865.000 Noirs en France, mais combien, au-delà de la couleur de peau, de victimes de discriminations ? Ces atteintes aux formes multiples qui, de la plus flagrante à la plus insidieuse, sont le marqueur d’une société plurielle, avec ses préjugés, qui doit encore trouver le chemin du vivre ensemble.
Combien de regards de mépris à l’égard de personnes sans papiers que l’on dit venues en France pour prendre le travail des Français, mais dont le seul tort est d’espérer une vie meilleure ? Combien de sans logis sur les trottoirs de la capitale, desquels on s’éloigne, car ils sentent mauvais, mais qui attendent juste un logement pour pouvoir se doucher ? Combien de familles entassées dans les bidonvilles du 21ème siècle qui n’auront jamais l’occasion d’être victimes de discriminations dans des lieux publics, car elles restent terrées dans leurs mouroirs ? Combien d’hommes à barbe pris pour des terroristes ? Combien de femmes en jupe pour des p...? Combien d’enfants mis au ban de la société, car issus de quartiers difficiles ? Combien de compétences laissées à la porte des entreprises, parce que Farida ou Mohammed sont des prénoms qui font taches sur un CV ? Combien de femmes aux postes de responsabilités ? Combien d’handicapés dans les bus ou avec un travail ? Combien de blondes jugées sans cerveau ? Combien de fumeurs, de érémistes, de chômeurs montrés du doigt ? Combien de femmes voilées vues comme des femmes soumises ? Combien d’ados raillés pour leur appareil dentaire, leur surpoids ou leur crise d’acné et qui seront marqués à vie ? Noirs, Blancs, on vit les mêmes discriminations, mon frère et aspire à la même égalité, au même respect. C’est ensemble qu’il faut construire la société de demain.

SL


An plis ke sa

Une diversité teintée de noire

Le CRAN a été créé le 26 novembre 2005, sous les flashs des médias qu’il aime à courtiser, à l’initiative d’une soixantaine d’organisations rassemblées dans une salle de l’Assemblée nationale. Au lendemain des émeutes des banlieues, son message avait une résonance toute particulière. Son objectif de l’époque : dresser un « bilan des discriminations ethno-raciales » pour faire avancer l’égalité et la justice sociale en France, et devenir à terme un interlocuteur institutionnel. Dans une interview accordée à Sovanny Chhun, mercredi, dans le “Nouvel Observateur”, son premier Président, Patrick Lozes (UDF), ne parle plus aujourd’hui de statistiques ethniques mais de statistiques de la diversité. Une diversité néanmoins teintée de noire.

Le CRAN n’est pas « représentatif »

Le 12 décembre 2006, le Collectif DOM a déposé devant le Tribunal de Paris une demande de dissolution du CRAN, en application des articles 3 et 7 de la loi sur les associations du 1er juillet 1901 qui disposent que toute association fondée sur une cause illicite est nulle et de nul effet. Selon le Collectif DOM, le CRAN n’est pas « représentatif » et « le fait de fonder une démarche associative sur un principe ouvertement racial est discriminatoire ». « L’existence même d’une fédération d’associations exclusivement "noires" est aussi choquante que pourrait l’être une fédération d’associations exclusivement "blanches", dont l’existence ne manquerait pas de provoquer un tollé ».


Interview exclusive

« Faire de la France une société raciale »

Joint par téléphone, Claude Ribbe, successeur de Patrick Karam à la présidence du Collectif DOM* - qui rassemble 130 associations de Martinique, Guadeloupe, Réunion et Mayotte -, ne cache pas son mécontentement. Le CRAN a selon lui une stratégie de communication très bien préparée dans le but de servir certains intérêts politiques. Chercherait-on à favoriser la montée du FN pour conduire à un vote par défaut, comme en 2001 ?

Tout d’abord, votre réaction quant à la réalisation d’un tel sondage ? Etes-vous favorable aux statistiques ethniques ?

- Le Collectif DOM est horrifié par la publicité donnée au sondage CRAN /SOFRES. Ce point de vue est partagé par le Comité de marche du 23 mai de Serge Romana qui s’est rapproché de nous. Le plus grave n’est pas tant le sondage que la publicité qui lui a été donnée. Il s’agit clairement de faire de la France une société raciale régie par les quotas, ce qui ouvre véritablement la voie à l’apartheid. Le CRAN sait parfaitement ce qu’il fait. On se demande où une jeune association qui ne réunit qu’une soixantaine d’adhérents a bien pu trouver l’argent. Certains parlent de lobbyistes qui chercheraient à déstabiliser la France. Bien sûr, ce n’est qu’une rumeur.

Pouvez-vous nous rappeler les raisons pour lesquelles vous remettez en cause la légitimité du CRAN ?

- Le Collectif DOM a demandé à son avocat, Maître Gilbert Collard, d’engager une procédure pour faire dissoudre judiciairement le CRAN, fondé sur un critère racial illégal. Le CRAN est une association qui n’accepte que les Noirs. C’est odieux et illégal. Imagine-t-on un seul instant une association qui serait interdite aux Blancs ?

Ce sondage intervient au moment de la diffusion sur Canal+ du documentaire “Dans la peau d’un Noir” où 2 familles, l’une blanche et l’autre noire, échangent artificiellement leur couleur de peau pour vivre le quotidien de l’autre. Coïncidence ou stratégie médiatique ?

- Ce n’est pas une coïncidence. La stratégie de communication mise en œuvre est remarquablement organisée, avec des complicités ou du moins des informations privilégiées à de très hauts niveaux. Le CRAN a organisé hier au Golf Country Club de Saint-Cloud un dîner à 250 euros de participation par convive. Nous avons affaire à des marionnettes manipulées par des mains invisibles.

Manipulation en lien avec les élections présidentielles ?

- Les conséquences de cette manipulation vont être une réaction déjà perceptible de la population française qui, effrayée par cette provocation communautaire, va se réfugier immanquablement dans le vote d’Extrême droite. Le CRAN agit délibérément dans ce sens. Nous avons affaire à une manipulation politique avec des moyens importants à la clé.

Envisagez-vous d’engager des actions dans les jours prochains ?

- Le Collectif DOM et le Comité de marche du 23 mai sont solidaires contre l’offensive menée par le CRAN contre l’Outre-mer. Il y aura un retour de boomerang pour le CRAN qui ne disposait pas d’une information capitale. Un sondage inédit démontre qu’il n’y a pas de communauté noire en France. Ce sondage sera rendu public au courant du mois de mars. J’avais pour ma part prévu ce qui est en train de se produire et j’en décris les mécanismes dans mon prochain livre “Les Nègres de la République”, qui sort en librairie dans 4 semaines. Tout est expliqué en détail, et chacun pourra se faire une opinion. Cela risque de faire quelque bruit. Au moins autant que mon précédent livre, “Le Crime de Napoléon”.

Entretien réalisé par SL

* Le Collectif des Antillais, Guyanais, Réunionnais et Mahorais (Collectif DOM), association ayant pour but de militer pour l’égalité des droits et contre les discriminations qui touchent les Français originaires d’Outre-mer, travaille déjà depuis plusieurs années sur des dossiers portant sur la continuité territoriale, les discriminations. Il contribue également à différentes actions pour la reconnaissance de la mémoire de l’esclavage. Il compte plus de 10.000 membres, des représentants en Outre-mer, des parlementaires domiens, mais aussi plus de 200 parlementaires nationaux de tous partis qui travaillent avec le Collectif.



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  • Patrick Lozès, président du CRAN, a parfaitement réussi son plan média. Pour bien comprendre les choses, à la clef de tout ceci, il y a, d’une part, le bouquin de Patrick Lozès sur les Noirs sorti début février en librairie et les prochaines échéances électorales.

    Acte 1 : Le 31 janvier 2007, le dîner mondain/annuel du CRAN (250 euros/personne où très peu de Noirs furent présents. Et pour cause !) a eu lieu dans un Luxueux restaurant de Saint Cloud. Véritable flop médiatique car en dehors de 3 lignes dans le monde aucun journal n’en a parlé.

    Acte 2 : coup de poker, véritable branlant d’As pour Patrick Lozès : le sondage Cran./SOFRES sur les Noirs ! A l’unanimité, les médias ont repris et commenté abondamment le sondage Cran/SOFRES.

    Acte 3 : une fois les médias mobilisés sur le sondage Le Cran/SOFRES et son nom abondamment évoqué à la radio, à la télé et dans les journaux, Patrick Lozès en profite pour faire la promo de son livre qui vient de sortir en librairie. Naturellement, cet opus parle des "Noirs de France" qui est en réalité son fond de commerce fort lucratif ! Comme si Patrick Lozès connaissait le bas peuple noir et comme s’il s’était rendu une seule fois à Clichy-sous-Bois ou au Val Fourré !

    Acte 4 : Dans le sondage CRAN/SOFRES, Patrick Lozès réclame 8 % de députés Noirs et de ministres noirs ! Nous y voilà car en vérité, c’est tout ce qui l’intéresse et absolument pas les offenses faites aux Noirs. Candidat malheureux aux dernières élections législatives dans le 4è arrondissement de Paris, il espère que son gros coup de com sensibilisera les politiques et lui permettra d’obtenir un strapontin à l’Assemblée ou dans le Gouvernement.

    Si tous ces stratagèmes ne s’apparentent pas à une instrumentalisation forcenée des Noirs et de leurs malheurs par Patrick Lozès, alors qu’est-ce que c’est ?

    Au fait, un sondage TNS/SOFRES coûte une fortune alors qui a payé ce sondage ? Certainement pas le CRAN, petite association sans envergure et sans le sous, alors qui ? Qui a intérêt à ce que la population noire soit dénombrée ? Et surtout dans quel but ? Qui a voulu ouvrir cette boîte de Pandore ?

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