Témoignages - Journal fondé le 5 mai 1944
par le Dr Raymond Vergès

Accueil > Social > Droits humains

Éthiopie : le PAM, le HCR et le RRS lancent un appel pour continuer à nourrir plus de 750 000 réfugiés

Les rations alimentaires ont diminué de moitié faute d’argent

vendredi 12 août 2022


Le Programme alimentaire mondial des Nations Unies (PAM), le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et le Service des réfugiés et des rapatriés du gouvernement éthiopien (RRS) ont lancé hier un appel. Ils ont besoins de 73 millions de dollars pour fournir des rations alimentaires à plus de 750 000 réfugiés en Éthiopie au cours des six prochains mois. Le PAM manquera complètement de nourriture pour les réfugiés d’ici octobre, laissant les familles vulnérables qui dépendent de l’aide alimentaire face aux risques de dénutrition, de carences en micronutriments, de vulnérabilité aux maladies/infections préviennent les trois agences. Cette situation est la conséquence de la plus grave sécheresse depuis 40 ans qui touche la région.


En raison de déficits de financement prolongés, le PAM a déjà été contraint de réduire les rations de 750 000 réfugiés enregistrés vivant dans 22 camps et cinq sites dans des communautés d’accueil dans les régions d’Afar, d’Amhara, de Benishangul-Gumuz, de Gambella, de Somali et du Tigré en Éthiopie.
Les rations alimentaires pour les réfugiés en Éthiopie ont été réduites pour la première fois de 16 pour cent en novembre 2015, de 40 pour cent en novembre 2021 et de 50 pour cent en juin 2022. L’insécurité alimentaire parmi les réfugiés a augmenté à la suite des coupes et est encore aggravée par les limitations mondiales actuelles de la disponibilité alimentaire, les chocs économiques, la hausse des coûts des aliments et de l’énergie, les retombées de la COVID-19, les conflits et l’insécurité.

Risques de conflits

Pour comprendre l’impact des coupures de rationnement sur la sécurité alimentaire et la situation socio-économique des réfugiés, le PAM, le HCR et le RRS ont mené une évaluation rapide en avril qui était basée sur 1 215 ménages résidant dans des camps situés à Afar, Beneshangul-Gumuz, Gambella.
Les résultats montrent que davantage de ménages ont continué à adopter des stratégies d’adaptation négatives en réduisant le nombre de repas consommés par jour, en consommant des aliments moins chers ou moins préférés ou en limitant la portion des repas servis. Davantage de ménages ont déclaré s’être livrés à des activités jugées dégradantes, notamment impliquer les enfants dans des activités génératrices de revenus, la collecte et la vente de bois de chauffage, tandis que plusieurs ont emprunté de l’argent, comptant sur des amis/parents pour se nourrir. Cela oblige les réfugiés à dépendre des ressources de la communauté d’accueil et de l’environnement dans lequel ils vivent, ce qui augmente également la probabilité de conflits liés aux ressources entre les réfugiés et les communautés d’accueil.

« Rien à manger dans quelques semaines à moins que nous ne recevions un financement immédiatement »

Davantage de ressources doivent être mobilisées de toute urgence pour répondre aux besoins alimentaires et non alimentaires immédiats des réfugiés afin d’éviter de nouvelles souffrances, tandis que des investissements similaires sont réalisés pour permettre des solutions alimentaires durables intégrées dans les engagements pris dans le cadre du Pacte mondial pour les réfugiés (GCR) et du Global Refugee Response Framework (CRRF) pour les réfugiés et les communautés d’accueil par le biais de programmes de subsistance et d’argent, conformément aux stratégies du HCR et du RRS. Comme mesure à court terme, le PAM et ses partenaires continuent de donner la priorité aux besoins des enfants âgés de 6 à 23 mois et des femmes enceintes et allaitantes dans le cadre du programme de prévention de la dénutrition (alimentation complémentaire de couverture).
« Trois quarts d’un million de réfugiés n’auront rien à manger dans quelques semaines à moins que nous ne recevions un financement immédiatement », a déclaré Claude Jibidar, représentant du PAM et directeur de pays pour l’Éthiopie. « La priorité pour nous tous doit être de rétablir l’assistance au moins aux niveaux minimums pour les réfugiés, qui dépendent tous uniquement de l’aide en espèces et alimentaire du PAM pour leur survie ».
« Nous avons un manque à gagner de 73 millions de dollars pour les besoins minimums des réfugiés et nous sommes profondément préoccupés par le fait que si les réductions de financement se poursuivent, ils pourraient envisager de retourner dans leur lieu d’origine même si ce n’est pas sûr ».
S’il y a une réponse immédiate des donateurs, le PAM pourra acheter de la nourriture disponible dans la région et la transporter pour répondre aux besoins alimentaires des réfugiés. Le PAM transférera également de l’argent aux réfugiés, ce qui leur donne le choix de la manière de répondre à leurs besoins immédiats et stimule les marchés locaux.

« La plus grave sécheresse depuis 40 ans »

« Nous sommes très préoccupés par le manque de nourriture pour les réfugiés. Le manque persistant de rations complètes pour les réfugiés, associé à l’impact de la plus grave sécheresse que le pays ait connue depuis plus de 40 ans, compromettra considérablement les progrès réalisés en matière de protection des réfugiés et risquera d’avoir un impact sur la coexistence pacifique entre les réfugiés et leur hôte », a déclaré la représentante adjointe du HCR en Éthiopie, Margaret Atieno. « Nous sommes reconnaissants pour ce que les donateurs ont fourni jusqu’à présent, mais plus de financement est nécessaire et rapidement ».
« L’Éthiopie, avec sa politique et ses engagements progressistes en matière de réfugiés, s’est efforcée d’assurer l’autonomie durable des réfugiés et des communautés d’accueil avec ses ressources limitées, aux prises avec des déficits de financement récurrents de la part de la communauté internationale. La déduction subséquente du fonds global d’aide humanitaire pour les réfugiés en Éthiopie au cours des dernières années a non seulement affecté les besoins fondamentaux immédiats des réfugiés, mais a également entravé l’autonomie et la coexistence durables prévues à long terme des réfugiés et des communautés d’accueil », a déclaré le directeur général du RRS, Tesfahun Gobezay.
« Les contraintes de ressources en cours créent des conflits et du stress en raison de la concurrence sur les rares ressources locales existantes. Les coupes budgétaires persistantes et la récente réduction de 50 pour cent de l’aide alimentaire et en espèces aux réfugiés par rapport à la norme minimale recommandée affectent gravement la vie des réfugiés, les exposant à la faim chronique, à l’anémie, à l’exploitation sexuelle et à la mort, car plus de 85 pour cent des réfugiés en Éthiopie dépendent entièrement des rations alimentaires mensuelles du PAM. Cela entravera le développement positif de l’Éthiopie en vue d’assurer l’autosuffisance et la coexistence des réfugiés et des communautés d’accueil et, surtout, rendra difficile l’ensemble des efforts de sauvetage ».

Plus d’un million de réfugiés et de demandeurs d’asile enregistrés

Le PAM, le HCR et le RRS continuent de donner la priorité aux besoins alimentaires des réfugiés et ont mis en place un système efficace pour identifier les besoins d’assistance alimentaire des réfugiés par le biais d’une vérification biométrique, garantissant la responsabilité et le droit à une aide alimentaire et en espèces mensuelle. Les trois agences appellent tous les partenaires à renforcer leurs efforts pour répondre aux besoins alimentaires à moyen et à long terme des réfugiés, conformément à la proclamation sur les réfugiés de 2019 du gouvernement éthiopien et aux engagements contenus dans le GCR et le CRRF.
L’Éthiopie accueille plus d’un million de réfugiés et de demandeurs d’asile enregistrés. La plupart d’entre eux viennent du Soudan du Sud, de Somalie, d’Érythrée et du Soudan. Parmi ceux-ci, environ 750 000 dépendent entièrement de l’aide alimentaire humanitaire. RRS gère la distribution de l’aide alimentaire et en espèces aux réfugiés d’une manière plus responsable et transparente conformément à la base de données biométriques. Le RRS continuera de veiller à ce que les demandeurs d’asile et les réfugiés aient accès à l’enregistrement biométrique pour répondre à leurs besoins d’assistance et de protection.


Un message, un commentaire ?

signaler contenu

Plan


Facebook Twitter Linkedin Google plus