Droits humains

Expulsion de Sri-Lankais : vers une plainte contre la France pour enlèvement et séquestration

60 personnes embarquées contre leur volonté dans un charter juste avant le rendu d’une décision de justice leur permettant de vivre libres à La Réunion

Manuel Marchal / 30 avril 2019

C’est hier à bord d’un vol d’Air Seychelles affrété par la France que 60 Sri-Lankais venus se réfugier à La Réunion ont été renvoyés dans leur pays d’origine hier matin, malgré une décision contraire de la justice, dans la quasi-indifférence de l’opinion. La Cour d’appel a décidé hier après-midi de libérer les 26 derniers prisonniers de la zone d’attente. Cette décision s’applique aussi aux Sri-Lankais embarqués de force qui avaient déposé le même recours, ainsi qu’à ceux qui en ont été empêchés. Mais ils n’ont pas eu droit à la justice à cause de l’empressement des autorités françaises à les expulser. Si la France était le pays des droits de l’Homme, ces personnes devraient donc revenir par le même avion à La Réunion sans poser le pied au Sri-Lanka. Les avocats des migrants n’excluent donc pas de poursuivre la France pour enlèvement et séquestration.

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Embarquement forcé de Sri-Lankais entourés par des policiers. Certains étaient menottés. (Extrait du journal télévisé de Réunion Première)

Un nouvel avion a été affrété hier par l’État pour expulser des Sri-Lankais venus chercher refuge à La Réunion. À son bord, 60 personnes entourées par 62 policiers et gendarmes à destination du Sri-Lanka. Elles ont été embarquées contre le gré dans cet aéroplane hier matin.

120 personnes étaient arrivées le 13 avril dernier à Sainte-Rose, accompagnés par 3 marins qui sont accusés d’être des complices d’un trafic d’êtres humains. Comme de très nombreux Syriens ou Irakiens qui ont donné des milliers d’euros à des passeurs pour échapper à la guerre en traversant clandestinement la Méditerranée, ces Sri-Lankais ont payé la même somme pour fuir un pays où ils se disent persécutés. Ceci met donc en évidence l’existence d’une filière qui prospère sur un sentiment d’insécurité vécu par des familles disposant d’un pouvoir d’achat important, mais qui préfèrent prendre le risque de tout perdre pour chercher un avenir en dehors de leur pays.

Prisonniers au mépris de la loi

Le premier incident est survenu à leur arrivée à Sainte-Rose. Les réfugiés ont posé le pied sur le territoire, ils avaient donc tous le droit de demander l’asile et aucune raison d’être enfermés. Mais ils ont été mis dans des bus, direction le gymnase de Duparc à Sainte-Marie, transformé en zone d’attente, une prison pour migrants.
Sur 120 personnes, seulement 34 ont été autorisés par la France à déposer une demande d’asile. Cela donnait donc la possibilité aux autorités françaises d’expulser 86 personnes sans autre forme de procès. Mais grâce à la résistance des réfugiés et à la pugnacité de leurs avocats, le projet français a échoué en partie.

Un recours suspensif a en effet été déposé par les Sri-Lankais. Les autorités étaient informées de cette procédure, ainsi que de la date du rendu de la décision de la Cour d’appel : l’après-midi du 29 avril. Pourtant, la France a affrété un avion d’Air Seychelles qui est arrivé hier matin à l’aéroport dans le but d’amener les Sri-Lankais dans leur pays d’origine. Aux aurores, 60 Sri-Lankais ont été exfiltrés de leur prison. Ils ont ensuite été embarqués contre leur volonté dans l’avion, entourés de 62 policiers et gendarmes. L’avion s’est envolé hier matin, alors que la décision de justice concernant 12 Sri-Lankais à bord devaient être rendue quelques heures plus tard.

Empressement coupable

Hier après-midi, la Cour d’appel a appliqué le droit et ordonné la libération de tous les réfugiés encore détenus à Duparc. Cette décision s’applique à 12 Sri-Lankais expulsés quelques heures plus tôt et pouvait donc être étendue à tous les autres.
En conséquence, les avocats des réfugiés envisagent de déposer plainte contre l’État français, pour enlèvement et séquestration, à moins que l’avion affrété par la France ne revienne avec les Sri-Lankais à bord.

L’empressement avec lequel les autorités françaises ont procédé à l’embarquement forcé de 60 personnes dont 3 femmes et 3 enfants en bafouant leurs droits, souligne combien l’idée selon laquelle la France serait le pays des droits de l’homme a du plomb dans l’aile. Être fidèle à cette valeur, c’est faire revenir immédiatement les Sri-Lankais dans le même avion afin que le droit s’applique.

M.M.



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Messages






  • Comme c’est drôle . Le Président De La RÉPUBLIQUE lors de son allocution suivi d’un échange avec les journalistes "déclare tout un propos sur le communautarisme et plus tard prononce deux mots : les limites et les frontières. Des expressions connus par les spécialistes de la vie politique comme étant des mots qui sont chers à la droite voir l’extrême droite .
    L’objectif du Président est de ne pas oublier les élections européennes et donc d’aller"chasser" sur la terre de la droite et en même temps donner des gages , des exemples .
    Et nous voilà !
    Moi j’ai remarqué qu’à aucun moment il a parlé de Notre Pèi ; Tous les observateurs honnêtes savent combien la première manifestations des Gilets jaunes au Péi a été "remarquée" .Cette manifestation a donné le là . Monsieur MACRON ignore cela comme il ignore cette vie difficile des chômeurs, des compatriotes qui vivent avec le RSA , la pension d’invalidité les petites retraites pour nos anciens . Il ignore cela pour mieux penser aux riches . Il nous ignore pour mieux donner des gages à ces électrices et électeurs de droite . ET ..limites, frontières , communautarisme..
    Ordre a été donné dans la précipitation pour expulser 60 amies, amis Sri-Lankais. Ignoble.
    Faut pas se laisser faire .Alon batail.
    Notre "arme" et la seule qui aujourd’hui et demain fera que plus jamais il y aura expulsions de ces femmes et hommes qui souffrent .Comment oublier ces enfants innocents qui ont faim et qui aimeraient jouer comme tous les enfants du monde. Jouer c’est interdit pour eux.. Oui comment oublier !
    Nous Réunionnaises, Nous Réunionnais qui avons sot la mèr . Oui nous savons qu’en votant pour notre compatriote JULIE nous sommes assurées, assurés que plus jamais , plus jamais d’expulsions.Demain nous saurons leur dire "Sois la bienvenue, femme.Sois le bienvenu, Homme" Marmaille alé jouè.

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